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Cotonou le, 10 novembre 2011

 

 

BENIN - Lettre ouverte du Député Comlan Léon AHOSSI à l'Ambassadeur du Bénin près le Vatican, Théodore LOKO

 

 

A quelques jours de la visite du pape Benoît 16 au Bénin, l'Ambassadeur du Bénin près le Saint siège en prend pour son grade. Sacrés Béni-noirs !!!

 

 

Comlan Léon AHOSSI

Inspecteur des Douanes à la retraite

BP 158 Godomey

COTONOU

 

A

 

Monsieur l’Ambassadeur

Théodore LOKO

Vatican (ROME)

 

 

J’espère que vous jouissez d’une parfaite santé, vous et votre famille à Rome. C’est le vœu que je forme pour vous.

 

Je vous écris ces quelques lignes afin de partager avec vous les sentiments qui m’animent depuis que vous ne cessez de répéter à nos compatriotes que vous recevez à la chancellerie ou aux délégations béninoises de passage à Rome, que: «Ahossi est un député sans niveau; il n’a même pas soutenu son mémoire de maîtrise; il est allé chez moi plusieurs fois pour me demander de lui arranger sa note; même mon épouse était ennuyée par ces incursions à notre domicile; j’ai fini par sortir les copies et ai constaté qu’il a obtenu la note 01; je lui ai dit que je ne fais pas ces choses là et pour finir, j’ai ajouté un point à tout le monde. Voilà les députés que nous avons et qui font aujourd’hui du bruit …»

 

J’espère que vous n’allez pas fouiller dans votre mémoire pour vous retrouver. Cher ami, ces propos que vous avez tenus pour me peindre en noir ne vous ont pas rehaussé, car parmi ceux qui vous ont écouté, il n’y en a qui pensent désormais que vous êtes influençable et pouvez faire des choses dont vous n’êtes pas convaincu.

Je me rappelle m’être rendu chez vous à Akpakpa une seule fois et sur votre demande.

 

Vous m’aviez dit au Port de Cotonou où j’étais en poste et où vous m’avez rencontré que vous aveiz l’intention de faire venir d’Europe par le biais d’un beau-frère (ou d’un parent) des pneus, des moteurs et pièces détachées d’occasion afin de «mieux arrondir les fins de mois». L’accueil que je vous ai réservé est celui que j’offre à tous les anciens camarades de collège dont j’ai gardé un bon souvenir, et c’est pour visiter le lieu de stockage de ces marchandises que je suis passé chez le frère franciscain que vous êtes. Nous avons beaucoup échangé à ce sujet et je m’en souviens comme si c’était hier. C’est au moment de me raccompagner que vous m’avez fait part de ce que vous rencontriez beaucoup de mes collègues sur le campus avant de me demander si j’avais fait mes études universitaires. Je vous ai répondu que j’étais en quatrième année de droit. Vous m’aviez alors dit avec une joie affichée. «Vous êtes mon étudiant». Nous avons rigolé et je vous ai fait part de mon plaisir de le savoir. Nous ne sommes plus revus avant longtemps et je ne vous ai plus été d’aucun soutien dans votre projet.

 

Voilà, monsieur LOKO, ce que me disent mes souvenirs. La vérité, ce n’est pas ce que nous disons des autres; ce n’est pas non plus ce que nous disons aux autres sur nous; c’est à coup sûr ce que nous savons sur nous-mêmes, et que nous n’avons pas toujours la force morale de partager avec les autres. Il en est ainsi également de la foi. En effet, les manifestations ostentatoires que nous affichons vis-à-vis de l’Eglise et nos liens très étroits avec les hommes d’Eglise ne sauraient être la jauge de notre foi. Nous devons avoir constamment à l’esprit qu’un jour, nous serons face à notre Dieu pour répondre de ce que nous avons fait de notre vie, justifier des espoirs suscitées dans l’accomplissement de sa volonté ou des tricheries comportementales que nous avons incarnées.

 

Même si nous avons servi avec le pape, il ne sera pas à ce rendez-vous pour témoigner. Je le dis, non pas pour vous faire une quelconque morale, loin du pauvre pécheur que je suis une telle prétention, mais c’est simplement la conviction du petit chrétien anonyme qui n’a pas côtoyé le Saint-Père.

 

Le 21 février 2009, vous avez présidé au Jury qui a connu des travaux de soutenance de mémoire de fin d’études de premier cycle de l’ENA de mon fils. Au sortir de cette séance, vous avez tenu des propos très élogieux à mon fils sur son père comme pour lui dire «sois le digne fils de ton père». Pourquoi alors ?

 

Mon cher, lorsque je suis revenu à l’Université Nationale du Bénin après plusieurs années d’abandon, j’ai mis huit années académiques (1986-1994) à faire ce que d’autres fonctionnaires, plus brillants ou plus habiles ont mis quatre années à faire, à savoir deux ans en première année, trois ans en deuxième année, un an en troisième année et deux ans en quatrième année. Rien ne me pressait au point de m’amener à des compromissions; j’étais à la recherche du savoir pour satisfaire ma curiosité de savoir; et si je devais me prêter à ce jeu, j’aurais eu recours aux amis, parents et camarades de promotion qui étaient nombreux dans le corps professoral. Je me souviens également que la plus mauvaise note que j’ai obtenue en année de maîtrise n’est pas la votre, mais celle d’une dame dont le couple est ami au mien, un couple avec lequel j’ai arpenté les couloirs du Département des Sciences Juridiques et Economiques (DSJE) de l’Université du Dahomey en Octobre 1973. Les archives de l’Université en témoigneront. C’est à l’affichage que j’ai pris connaissance de la note. Cela n’a pas influencé nos rapports et nous continuons, seize ans après de partager nos joies et nos peines. Je pense très humblement que je ne mérité pas la peinture que vous faites de moi et qui me rend méconnaissable aux yeux de ceux qui m’ont toujours côtoyé. Non, je ne me rappelle pas vous avoir harcelé pour me falsifier une note, et si tel avait été le cas, je ne devais pas être en possession de tous mes sens; je vous présente alors des excuses, car j’aurais ainsi contraint un homme aussi pieux et vertueux que vous à poser un acte contraire à la morale, puisque vous auriez fini par ajouter un point à tout le monde. Auprès de votre épouse que je suis incapable de reconnaître soyez mon interlocuteur, elle à qui j’aurais causé tant de désagréments.

 

Mais l’un de ceux qui m’ont rapporté avec peine vos propos répétés s’est interrogé de savoir pourquoi avoir attendu tant d’années pour organiser une telle publicité autour d’un comportement qui date de plus de quinze ans et que vous reprouviez déjà à l’époque !

 

Monsieur LOKO, moi je me mets en position de vous comprendre. Aujourd’hui, vous arrivez à «mieux arrondir les fins de mois» et vous avez choisi de plaire à ceux qui tiennent la décision. C’est votre droit, mais vous pouvez le faire sans afficher une telle hostilité à ma personne. Je ne suis pas en guerre avec votre (nouvelle) hiérarchie. Vous n’avez donc aucun besoin de recourir à ce que vous faites pour les rassurer de votre loyauté. Le travail bien fait, tel que je sais que vous en êtes capable suffira. C’est avec beaucoup de fair play que chacun de nous vit son expérience politique. Au-delà des choix, les hommes devraient continuer à s’efforcer de vivre en harmonie par rapport à l’essentiel. Je ne connais rien de la politique; je vous l’avoue et vos maîtres vous le confirmeront. Mais je sais que lorsqu’on cohabite dans cette jungle, on doit s’attendre à des coups et je me suis préparé à les recevoir. C’est le prix à payer pour rester dans le cadre de mes principes, des principes qui ne sont pas certes au dessus de ceux des autres, mais qui m’interdisent néanmoins de faire comme les autres. Je n’ai pas été très tôt au contact des civilisations polluées; j’ai été élevé par un brave cultivateur qui m’a appris à mettre les valeurs morales au dessus du bonheur matériel. Aucune vie, aucun parcours de mémoire d’homme, n’a été tout blanc, tout droit, tout réussi; je n’échappe pas à la règle, mais je m’efforce, avec beaucoup d’espoir et d’espérance. Si me serrer la main peut vous donner des urticaires ou me saluer vous compromettre, abstenez-vous sans masturbation intellectuelle.

 

Enfin, retenez que le niveau intellectuel n’intervient pas dans les critères d’éligibilité du député, et que pour le moment, notre hémicycle n’est pas un centre de recherche scientifique. Tous les niveaux y sont admis, même le mien. C’est bien cela «les députés que nous avons». Si la visite du Saint-Père au Bénin vous donne l’occasion d’être à Cotonou, je serais heureux de vous rencontrer pour échanger un peu plus sur ce qui dans mon attitude vous dérange; je ne vous en veux pas, j’affronte déjà autant, sinon pire.

 

Je termine en vous renouvelant mes vœux de Santé, mais aussi de maturité accrue pour le succès de votre délicate et noble mission qui ne saurait s’accommoder de commérage.

 

Bien à vous.

 

Comlan Léon AHOSSI


 


 

 
 
 
 
Tag(s) : #Politique Béninoise