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BENIN - Menaces islamiques et affaire Talon : L'Ambassadeur Monchau vide son sac et crache ses vérités à YAYI


19 juin 2013 par 


 

Son Excellence Jean-Paul Monchau, Ambassadeur de la France près le Bénin, a fait hier 18 juin 2013 ses adieux aux Béninois. Avant de partir, il a surtout tenu à faire des mises au point à ceux qui ont maladroitement porté sur lui des jugements de valeur dans deux dossiers : les conseils donnés par le Quai d’Orsay aux voyageurs qui se rendent au Benin au regard des menaces terroristes qui planent après l’intervention française au Mali et l’affaire Talon.


La page Jean-Paul Monchau est désormais tournée au Bénin. Comme un nomade, le diplomate français va poser ses valises dans un pays asiatique. Ainsi en ont décidé les autorités françaises, notamment le Chef de la diplomatie Laurent Fabius et le Président François Hollande. Dans certains milieux diplomatiques au Bénin, on continue de s’interroger sur ce qui pourrait être à la base de ce départ inattendu. Et comme on pouvait s’y attendre, les rumeurs ne cessent de s’enfler. Celle la plus répandue indique que c’est le Chef de l’Etat béninois, Dr Boni Yayi qui serait à la base de ce départ au motif que le diplomate français aurait adopté une attitude suspecte dans la gestion du dossier Talon qui empoisonne en ce moment les milieux politiques et judiciaires béninois. A ce départ, on associe également le point qu’aurait fait M. Monchau à ses supérieurs hiérarchiques sur les menaces terroristes au Bénin après l’intervention française au Mali.
C’est à ces deux rumeurs que le diplomate français en fin de mission au Bénin a apporté les mises au point qu’il faut. Le ton était solennel et ferme lorsque M. Jean-Paul Monchau était arrivé à ce moment de son discours d’au revoir au Béninois.
« En février dernier, les medias se sont en quelque sorte « emballés » à la suite d’une modification des conseils donnés par le Quai d’Orsay aux voyageurs qui se rendent au Benin. Jamais la France n’a déconseillé à ses ressortissants de se rendre au Benin. Mais en clair, par précaution, il est conseillé d’être vigilant dans le Nord Benin près de la zone frontalière avec le Nigeria. Ce site « Conseils aux voyageurs», pour l’ensemble des pays du monde, est régulièrement mis à jour et tient compte du «principe de précaution» auquel est soumis tout Gouvernement. Dois-je rappeler qu’au Benin, pays qui s’est fortement engagé au Mali, plusieurs autorités béninoises ont fait état d’infiltrations djihadistes. Le Benin compte plus de 700 Km de frontières avec le Nigeria et il avait renforcé la sécurité dans cette zone dès le mois de février. Ces conseils aux voyageurs n’avaient donc rien d’extraordinaire car le Benin se trouve en Afrique de l’Ouest, une région désormais malheureusement soumise à des menaces dont il convient de tenir compte lorsqu’ on se déplace dans cette zone. Pas de quoi, en tous cas, mettre en cause l’ambassadeur pour des conseils qui relèvent in fine de la compétence du Quai d’Orsay », a dit le diplomate français pour balayer du revers de la main ce dont le Gouvernement Yayi l’avait accusé à l’époque et qui a été largement relayé par ce que l’autre a appelé « les journaux siamois de la Marina ».
« Par ailleurs, un hebdomadaire africain et certains quotidiens béninois, sans doute informés à de mauvaises sources, à moins qu’ils n’aient agi sous influence, ont mis en cause ma gestion des fameux dossiers qui « empoisonnent » la vie politique béninoise depuis octobre 2012, allant même jusqu’à écrire que j’avais eu une «attitude suspecte». Je tiens à dire solennellement, avant de quitter le Benin, que les procédures prévues par l’accord franco-béninois de coopération judiciaire de 1975 ont été suivies à la lettre par mon ambassade, sous ma supervision constante », a expliqué M. Monchau.
Sur l’ensemble des deux affaires, le diplomate français a dit avec fermeté qu’il ne laisserait personne porter atteinte à mon honneur, qu’il s’agisse de la forme ou du fond de ces affaires. Voilà qui est donc dit.


Monchau toujours utile pour la France


La France a toujours soif des qualités professionnelles de son diplomate Jean-Paul Monchau. Après le Bénin qu’il quitte alors qu’on s’y attendait le moins, le désormais ex-Ambassadeur de la France près le Bénin va poser ses valises en Asie. Cela devrait faire réfléchir ceux qui ont œuvré pour son départ.


Deux ans : trop courts, mais très riches en actions


Deux ans. C’est le temps qu’a passé son Excellence Jean-Paul Monchau à la tête de l’Ambassade de la France près le Bénin. Ces deux ans paraissent courts. Mais lorsqu’on se réfère au discours prononcé par M. Monchau à la veille de son départ pour son nouveau poste, on remarque tout simplement qu’il s’agit de deux années riches en actions concrètes. Le moins qu’on puisse en tout cas dire est que le renforcement de la coopération entre la France et le Bénin s’est poursuivi dans plusieurs domaines. (Cf extrait du discours)
Extrait Discours de S. Exc. M. Jean-Paul MONCHAU, Ambassadeur de France près le Benin
« Merci d’avoir répondu à notre invitation. Avec Françoise, nous voulions vous réunir une dernière fois pour vous dire « au-revoir». Votre présence ce soir est un signe d’amitié, de considération, parfois même de courage et elle nous honore.
Nous allons partir du Bénin après bientôt deux années à la tête de cette Ambassade. Deux années seulement, il est vrai, mais ce furent deux années pleines. J’avais choisi de venir au Bénin, parce que je voulais revenir en Afrique et il me paraissait intéressant, pour ce qui devait être un dernier poste dans ma carrière, de passer ces années dans un pays francophone, attaché à la France par des liens historiques, politiques et culturels, un pays avec lequel nous partageons de nombreuses valeurs, un pays réputé pour sa démocratie, sa stabilité et pour les qualités de ses habitants.
A la tête de mon équipe, que je tiens à remercier tout spécialement, notamment Isabelle Edet, Premier conseiller, qui se trouve en France actuellement, je me suis donc beaucoup investi avec la volonté de maintenir et d’intensifier ces liens entre nos deux peuples. En effet, au-delà des relations entre gouvernements, ce qui nous motive dans le temps, ce sont les relations entre les populations, entre les gens.
Plus que jamais, les relations internationales restent une affaire d’hommes et de femmes qui échangent, travaillent ensemble à leur avenir, et je pense que l’Europe et l’Afrique, que la France et le Benin, ont beaucoup à partager.
Nous avons donc beaucoup travaillé au cours de ces deux dernières années dans nos domaines traditionnels de coopération: l’enseignement et l’enseignement supérieur, les échanges culturels (le CCF en se transformant en IFB a trouvé un nouveau dynamisme), la coopération de sécurité et de défense, en particulier la sécurité en mer et la lutte contre la piraterie maritime, contre les trafics de drogue et de substances illicites, la formation des hommes en uniforme, au CPADD de Ouidah et au CPPJ de Porto-Novo, la santé avec d’ambitieux programmes en faveur de la santé de la mère et de l’enfant, la lutte contre le VIH-SIDA, la valorisation de la coopération scientifique portée au Benin par plus de 30 chercheurs de l’IRD et du CIRAD. Et je pourrais continuer en parlant de la coopération décentralisée (diplomatie des territoires) qui unit plus de 50 collectivités locales de France à autant de communes du Benin, en marche vers une décentralisation plus effective.
Dans le domaine de la gouvernance, nos efforts ont porté principalement sur le secteur Justice et sur les droits de 1’homme. La protection des enfants, un véritable enjeu pour ce pays, les droits des femmes, la lutte contre la corruption (vaste programme !) m’ont mobilisé en liaison avec les autres PTF et avec les services du Gouvernement. J’ai bien conscience que beaucoup de travail reste à faire dans ces domaines.
J’ai aussi voulu contribuer à la «diplomatie économique » à travers un appui aux entreprises françaises, très présentes au Benin, et avec le soutien de conseillers du Commerce extérieur de la France dont plusieurs sont ici ce soir.
Au Consulat de France, nous avons amélioré les conditions d’accueil des ressortissants français et des demandeurs de visa. Le lycée Montaigne a lancé son programme de rénovation qui va s’étaler sur plus de deux ans. J’ai appuyé aussi la vie associative dans ce pays qui compte plus de 4500 ressortissants français. Je pourrais aussi parler de nos ONG, de nos volontaires, etc.
Sur le plan politique, les relations entre nos deux pays ont été marquées notamment par trois visites du Chef de l’Etat à Paris, en novembre 2011, avec Nicolas Sarkozy, puis en 2012 et début 2013 avec François Hollande. De nombreux ministres béninois ont séjourné en France, soit sur notre invitation, soit à l’occasion de multiples réunions et conférences. Ici au Benin, Jean-Marc Ayrault, Laurent Fabius ou Alain Juppé ont été accueillis par les plus hautes autorités béninoises.
Ces rencontres illustrent la densité d’une relation politique qui s’est intensifiée avec la présidence de l’Union africaine, exercée de janvier 2012 à janvier 2013 par le Président de la République du Benin. Cette présidence a très particulièrement été marquée par la crise au Mali qui nécessitait une intervention de la communauté internationale. Beaucoup d’échanges ont eu lieu entre Paris et Cotonou, pendant cette période, au sujet de la situation à Bamako et dans le Nord Mali. Inutile de vous dire que cette ambassade a tenu son rôle dans cette « boucle diplomatique » et que les échanges ont été constants entre les capitales de nos pays pour aboutir, avec le soutien actif de la présidence de l’Union africaine, à la résolution 2085 des Nations Unies puis, sur la demande du Président du Mali, a l’intervention de la France avec l’opération Serval. Cette opération a été soutenue, comme vous le savez, par des troupes africaines, dont celles du Benin.
(…)

 

Affissou Anonrin

 
 
  
  

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