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BENIN: Nicéphore D. Soglo inaugure le mémorial de l’abolition de l’esclavage à Nantes

 

 

 

 

Publié le 11 avril 2012

 
 

 

 

Du 23 au 25 mars dernier, le Maire de Cotonou, le Président Nicéphore D. Soglo était en visite dans la ville française de Nantes. Invité par Jean-Marc Ayrault, le Député-maire de la ville de Nantes, Nicéphore D. Soglo qu’accompagnait l’Honorable Rosine V. Soglo son épouse, a pris une part active et remarquée aux débats sur la traite négrière et l’esclavage, à travers le thème « Servitude, travail forcé et formes contemporaines d’esclavage ».

 

Le président-maire a également participé à Nantes, à l’inauguration du Mémorial de l’abolition de l’esclavage et prononcé un auguste discours devant un parterre d’éminentes personnalités. Combattant infatigable pour la pérennisation, la valorisation et la diffusion de la mémoire de la traite atlantique, Nicéphore D. Soglo a saisi l’occasion pour rendre un hommage appuyé et mérité à Jean-Marc Ayrault, son homologue nantais. Partant de la pensée du Nobel de la Paix Elie Wiesel qui estime que « Le bourreau tue toujours deux fois, la deuxième par le silence », Nicéphore D. Soglo a magistralement démontré l’obligation du devoir de mémoire pour « enrayer à jamais toutes les formes (…) de chosification de l’espèce humaine ».

 

Exemple vivant de ce noble combat à travers le mémorable Festival « Ouidah 92 » dans son pays le Bénin où il procéda également à l’inauguration de la « Porte du non retour », ou le Projet de « La Route de l’Esclave » qu’il lança à Haïti, le Président-maire a exhorté l’Afrique à relever la tête. Dans une bonne partie du discours en effet, Nicéphore D. Soglo à invité le Continent noir à faire de son douloureux passé, non un refuge de l’inaction, mais un socle pour un nouvel essor. Nicéphore D. Soglo a également rendu hommage à la ville de Nantes, une ville « qui a su construire, en revisitant son passé, de nouveaux ressorts pour les fondements d’une nouvelle espérance pour notre monde en crise. »

 

 

Discours de Son Excellence le Président Nicéphore Dieudonné SOGLO, Maire de la Ville de Cotonou, Président de l’Alliance Internationale des Villes pour le Devoir de Mémoire et le Développement

 

 

Excellence Monsieur le Député-Maire de la Ville de Nantes, cher Ami,

 

Excellences Messieurs les Maires,

 

Honorable Député, Madame Christiane TAUBIRA,

 

Monsieur le Président du Tribunal de Grande Instance à Nantes,

 

Monsieur le Représentant des Associations Nantaises de Michel COCOTIER,

 

Chers Invités,

 

Mesdames et Messieurs,

 

 

C’est avec un réel plaisir que je prends la parole en cette circonstance historique d’inauguration à Nantes du Mémorial de la traite négrière. Cette date du 25 mars 2012 restera à jamais gravée dans la mémoire des peuples du monde et en particulier de ceux d’Europe, d’Afrique et des Amériques, les trois continents impliqués dans la traite négrière. Il est déjà significatif qu’elle ait coïncidé avec la journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique.

 

Cher Jean-Marc AYRAULT, il me plaît de vous rendre à cette occasion un hommage exceptionnel. En le faisant, j’ai la conviction de m’acquitter d’un devoir au nom de tous vos amis ici présents et ceux absents, qui ont suivi et apprécié votre combat pour les droits de l’Homme et sa dignité, quels que soient la couleur de sa peau, son rang social, ses choix philosophiques ou religieux, etc. C’est cette foi pour l’Homme et cette passion de la justice qui vous ont fait vous engager avec autant de détermination et d’abnégation dans la lutte que nous menons ensemble pour le devoir de mémoire envers les victimes de la traite négrière.

Oui, Monsieur le Député-Maire, la pérennisation, la valorisation et la diffusion de la mémoire de la traite atlantique, ont été le premier idéal autour duquel nous nous sommes retrouvés. Ainsi, pour ma part, je me suis investi dans l’organisation du Festival « Ouidah 92 » dans mon pays, le Bénin, où j’ai procédé à cette occasion à l’inauguration de la « Porte du non retour » avec Monsieur Frederico MAYOR, Directeur Général de l’UNESCO. De même, j’ai lancé avec Haïti le projet de « La Route de l’Esclave ». J’ai été heureux que la Ville de Nantes avec à sa tête votre personnalité clairvoyante ait compris l’enjeu et se soit engagée dans le même combat.

Nous avons été rejoints avec enthousiasme par d’autres collègues et amis. Et depuis, nous avons fait du chemin. D’abord avec la création de l’ « Alliance Internationale des Anneaux de la Mémoire », à la suite des rencontres d’Antananarivo à Madagascar en 2005 et de Nantes en France en 2006. Ensuite avec la naissance à Nantes le 28 juin 2010 de l’« Alliance Internationale des Villes pour le Devoir de Mémoire et le Développement ».

 

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

La Ville de Nantes s’est toujours trouvée à la pointe de ce combat par ses initiatives et son investissement de toutes sortes. Elle nous en donne encore une preuve éclatante par la réalisation du Mémorial que nous inaugurons aujourd’hui, bel ouvrage artistique s’il en est, mais encore plus, fresque d’une densité historique extraordinaire, matérialisation frappante de la place importante occupée par Nantes dans cette tragédie qui a fait subir à l’Afrique la déportation massive de main-d’œuvre et de procréateurs potentiels. Elle est aussi, cette création architecturale exceptionnelle de par l’articulation intelligente et harmonieuse de ses composantes et de par la construction ingénieuse de l’espace, le reflet et l’image expressive de la nouvelle cité de Nantes.

Nous avons tous conscience maintenant que les conséquences de cette période tragique de la traite négrière sont incommensurables pour l’Afrique, mais aussi pour le monde entier car, comme le soulignait le Député abolitionniste français, Victor SCHOELCHER en 1848, « la violence envers le membre le plus infime de l’espèce humaine, affecte l’humanité entière. La liberté d’un homme est une parcelle de la liberté universelle, vous ne pouvez toucher à l’une sans compromettre l’autre tout à la fois ».

Pourtant, la connaissance du phénomène de la traite négrière a été pendant longtemps l’objet de peu de sollicitude. Si petit à petit et grâce notamment à des actions de l’UNESCO, l’histoire de ce commerce des hommes a pu émerger depuis une trentaine d’années, si depuis 2001 et grâce au combat de la députée de la Guyane française, Christiane TAUBIRA, la loi reconnait la traite comme un crime contre l’humanité, beaucoup reste à faire pour mobiliser les efforts, susciter l’adhésion à des actions décisives pour assurer le devoir de mémoire et enrayer à jamais toutes les formes – et Dieu sait s’il en existe encore ! – de chosification de l’espèce humaine. Soyons vigilants, la bête immonde enfouie en nous subsiste encore, prenons garde de lui donner l’occasion de resurgir, car des signes sont là dans notre monde d’aujourd’hui qui prouvent qu’elle n’est pas complètement morte.

 

Mesdames et Messieurs,

 

L’Afrique doit prendre sa part à ce ressourcement pour mieux cerner son identité et affirmer sa dignité. Oui, l’Afrique doit assumer son passé, l’Afrique doit en toute responsabilité prendre connaissance de son passé, non pas pour en faire un refuge de l’inaction, expression d’impuissance mais plutôt s’en servir comme un socle pour un nouvel essor. Pendant la période d’indicible douleur qu’a été celle de l’esclavage, le sort qu’a connu l’homme noir fut insoutenable, poignant et bouleversant.

Mais se surpassant et fort de l’énergie tirée de tant de vicissitudes, laissant son humanité jaillir malgré les souffrances endurées et s’associant au grand mouvement des combattants des droits de l’homme et de la liberté, l’homme noir doit pouvoir du mal extirper le bien et poursuivre sa vaillante lutte dans le sillage des grands hommes qui font progresser l’humanité, des illustres personnages qui ont jalonné l’histoire de leurs faits glorieux. Il s’agit là d’une source d’espérance qu’il nous est donné de revivre actuellement à Nantes.

Toussaint Louverture symbolisa la résistance des esclaves et la lutte du peuple Haïtien à se libérer de l’oppression du système esclavagiste et la période révolutionnaire en France fût marquée par l’action déterminée des abolitionnistes.

En ce sens les députés Danton et Dufay fidèles à la déclaration des droits de l’homme de 1789 menèrent une action remarquable à la Convention qui a confirmé le 4 février 1794 l’abolition de l’esclavage. Mais cette décision salutaire fut remise en cause en mai 1802 par Bonaparte. Les abolitionnistes n’abandonnèrent pas et en novembre 1848 leur action aboutit définitivement à l’abolition de l’esclavage et de la traite négrière. Victor Schoelcher est la figure emblématique de cette lutte. Il est bien significatif que la passerelle qui immortalise à Nantes son nom intègre l’ensemble du site de cet imposant Mémorial de l’abolition de l’esclavage.

L’on ne peut oublier en cette circonstance solennelle les vaillants résistants à la colonisation en Asie, en Afrique. Viennent à mon esprit l’Empereur du Mali El Hadj OMAR, Sa Majesté le Roi BEHANZIN du Dahomey, mon pays dénommé actuellement Bénin. Il y a aussi ceux qui déjà, avant la seconde guerre mondiale et le déclin de l’humanité que fut le nazisme, ont symbolisé la lutte pour la liberté, les droits de l’homme et l’indépendance des peuples, tels que KWAME N’KRUMAH, Jomo KENYATTA, Aimé CESAIRE et SENGHOR personnages phares de la négritude. Nous nous devons de retenir aussi les valeureux combattants de la lutte contre l’apartheid dont l’icône vivante est Nelson MANDEILA.

Leur message, le sens de leur sacrifice, de leurs efforts et de leur lutte dépassent les limitations et les préjugés de races et de couleur de peau et s’adressent à ce qu’il y a de meilleur en nous, notre humanité. En cela, ils revêtent ainsi une dimension universelle.

Cher Ami Jean-Marc AYRAULT, Député-Maire de Nantes, nous avons eu, comme je le disais au début de mon propos, de par nos initiatives respectives à Nantes et au Bénin, ainsi que par nos actions conjuguées dans le cadre d’abord des anneaux de la mémoire et depuis juin 2010 dans celui de l’Alliance Internationale des Villes pour le Devoir de Mémoire et le Développement, nous avons eu, permettez-moi de le redire à contribuer à notre manière à ce grand mouvement pour un nouvel humanisme source d’espoir pour notre monde contemporain troublé par tant de tourments et de crises.

 

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

A la place de l’odieux Code noir et de l’esprit mercantile cher à Colbert, nous voulons ouvrir nos cœurs enchantés par cette manifestation grandiose en hommage à l’abolition de l’esclavage, à l’effort de l’ensemble des forces du progrès pour la construction d’un bel avenir solidaire au bénéfice de toute l’humanité.

Dans cette optique, il ne s’agit point pour chacune des entités de la traite atlantique de regarder dans le rétroviseur et y voir dérouler l’histoire de la traite. Il s’agit aussi et surtout de rechercher et de trouver les voies et moyens d’une fécondation heureuse de ce douloureux commerce entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques. En d’autres termes, il s’agit d’établir, de renforcer et de dynamiser entre les peuples des trois continents, sur la base d’une meilleure connaissance de leur passé commun des liens de solidarité agissante, d’échanges multiformes au service de leur mieux être et de leur mieux-vivre.

Nos retrouvailles à la présente cérémonie vont bien dans ce sens.

Merci d’abord à l’Ami Jean-Marc AYRAULT qui nous en a donné l’occasion.

Merci ensuite à Madame Brigitte AYRAULT, extraordinaire pédagogue qui, par ses écrits et ses dictées aux enfants sur la traite négrière a créé des sources d’impulsion et d’éveil pour la défense des droits de l’homme dans le milieu scolaire. Sa référence à la période tragique de la traite négrière offre de meilleures perspectives de solidarité et de justice pour les jeunes de tous les continents dont nous pourrons-nous inspirer dans nos Villes et pays respectifs, car la jeunesse est le fondement de notre monde de demain.

Merci enfin pour la merveilleuse Ville de Nantes, qui en reprenant l’idéal et de message de l’Edit de Nantes a su construire, en revisitant son passé, de nouveaux ressorts pour les fondements d’une nouvelle espérance pour notre monde en crise.

Merci aussi et surtout à tous ceux qui, penseurs, historiens, chercheurs, architectes et les artisans d’entreprises qui ont contribué à la réalisation de cette grande œuvre dont on parlera toujours, bien de générations après nous, et qui déjà a la grâce de nous réunir.

 

Vive la coopération internationale !

Vive la solidarité entre les peuples d’Europe, d’Afrique et d’Amérique !

Je vous remercie.

Source: L'Evènement Précis

Tag(s) : #Politique Internationale

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