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La chronique du Professeur Roger Gbégnonvi




Dimanche, 07 Juillet 2013 23:38

La chronique du Professeur Roger Gbégnonvi


 

BENIN: Ô Président, puissiez-vous lever le pied


A nouveau, comme en 2004-2006, il est rumeur de révision de la Constitution. Rumeur et même clameur, puisque déjà l’on marche ici et là. Combien paye-t-on au marcheur et, surtout, à la marcheuse ? Pas grand-chose : ‘‘Les temps sont durs, on ne marchande pas, on prend ce qu’ils nous donnent’’. Mais il nous importe de savoir pourquoi ‘‘ils’’ veulent réviser, modifier le Préambule, transformer la Chambre des Comptes en Cour des Comptes. Pour marcher sur les brisées de l’ex-président sénégalais Wade en faisant accroire qu’on est dans une nouvelle République, et qu’on peut dès lors prétendre à un nouveau premier mandat qui, grâce à de nouveaux montages et à de nouveaux KO, pourrait déboucher sur la présidence à vie dont on rêve ? Il ne faut pas pousser trop loin le bouchon. Aussi dirons-nous simplement que la priorité n’est pas et ne saurait être à la révision de la Constitution, car elle tient bien la route. La priorité est à créer des emplois et, pour cela, créer les conditions pour que viennent s’installer au Bénin des entreprises étrangères, créer les conditions pour que ne s’enfuient pas de leur pays les entrepreneurs béninois, créer les conditions pour que l’énergie électrique devienne permanente. Quatre fois créer et pas une seule fois réviser. Si donc le Chef de l’Etat y est pour quelque chose dans ce dilatoire de la révision, nous l’en prions et l’en supplions : ‘‘Ô Président, puissiez-vous lever le pied.’’

Nous lasse également et profondément le triste feuilleton de l’empoisonnement avec son scénario fantasque éloigné de toute vraisemblance. Nous croyions en avoir fini après que la Cour d’Appel a confirmé le non-lieu prononcé par le juge chargé du dossier. Hélas non, nous devons souffrir encore, puisque le dossier est porté à présent devant la Cour Suprême. Et notre souffrance se double naturellement de celle de nos concitoyens en prison ou en exil à cause de cette affaire emplie de ténèbres. On y voit si peu clair que le Chef de l’Etat, en homme avisé, s’est bien gardé d’en dire jamais le moindre mot. C’est bien ainsi, car il a mieux à faire. Mais si d’aventure il était pour quelque chose dans l’errance de juridiction en juridiction avec cette fiction bizarroïde, génératrice de frustrations et de souffrances inutiles, nous l’en prions et l’en supplions : ‘‘Ô Président, puissiez-vous lever le pied.’’

Car le Bénin est un pays fragile que nul ne doit bousculer.  Rien de vraiment solide ne nous tient ensemble. Ni langue commune, ni religion commune, et pas le lien magnifique du ‘‘privilège absolu de l’écriture’’. Et parce que rien ne nous tient, la tendance, pour tenir à quelque chose et exister, est à cultiver les différences et non à soigner les ressemblances, à cultiver les particularismes ethniques où l’on se reconnaît et non à soigner le Bénin collectif où l’on se perd. Que nul donc ne s’y trompe : quand on enjambe les apparences et regarde dans les yeux le Bénin, c’est un pays artificiel constamment au bord de l’implosion que l’on voit. D’où la responsabilité grande de son dirigeant. S’il appuie sur l’accélérateur des frustrations et des divisions, il cassera le Bénin avant même qu’il ne forme embryon de nation. Car Nos concitoyens, lassés de la kabbale et autres ennuis abscons, retireront leurs billes et iront jouer ailleurs, citoyens d’un autre pays dont leurs enfants auront la nationalité. Le Bénin perd et se perd au jeu irresponsable de création de frustrations et de divisions.

Deux choses feront tenir ensemble le Bénin, feront duBénin pays et nation, ce sont démocratie et développement. Or le double acharnement contre la Constitution et contre des empoisonneurs supposés handicape la démocratie et empêche le développement en installant l’arbitraire et le soupçon. L’un et l’autre ne nous rendent pas fiers de nous-mêmes et ne nous rendent pas intéressants pour l’extérieur qui n’aura de cesse de nous snober : ‘‘Non contents d’être instables, ils s’empoisonnent entre eux. Nous n’irons pas chez eux.’’

Pour ces raisons et pour d’autres, ô Président, puissiez-vous lever le pied.

 
  
  
Tag(s) : #EDITORIAL

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