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Publié le 30 janvier 2013

 

 

 
 

Tout un avocat en fuite. La cavale de maitre Lionel Agbo est un événement singulièrement pathétique. Condamné à six mois ferme pour offense au Chef de l’Etat, l’avocat n’a en effet trouvé d’autre solution que de prendre la poudre d’escampette, exactement comme s’il était un simple voleur de mouton ou …un braqueur.

 

Le soutien spontané dont il a bénéficié pour échapper à la justice et surtout l’absence totale de condamnation de son acte par des organismes neutres sont des symboles très forts. Ils traduisent la désapprobation générale de cette condamnation. Partis politiques de tous bords, associations de défense des droits de l’homme, chancelleries occidentales, tout le monde voit dans cette décision judiciaire un dangereux dérapage qui salit notre démocratie. Bien entendu, personne n’ose le dire par peur des inévitables représailles qui ne manqueraient pas de s’abattre sur le téméraire. Nous sommes définitivement dans une république du silence où les crimes les plus abominables du prince sont présentés comme des motifs de gloire par la populace peureuse.

Dans une chancellerie étrangère, un diplomate se désole de cette descente du Bénin aux abysses mêmes de la dictature, après avoir été cité en modèle ces deux dernières années. Même si le délit est effectivement consommé, il estime que l’avocat ne devrait être condamné qu’au franc symbolique. L’emprisonnement ferme requis sans autre forme de procès est à ses yeux, un grave recul des libertés, et surtout de la liberté d’expression en plein cœur du XXIème siècle. Il en est de ce diplomate comme de bien d’autres qui s’épanchent en privé sur l’inquiétant recul de notre pays, la baisse tendanciel des précieux acquis de la démocratie et la montée en puissance des indicateurs de malaise.

Offense au Chef de l’Etat ! Cela rappelle en effet que toutes les libertés, y compris la sacro-sainte liberté d’expression, sont rigoureusement encadrées par la loi et la mesure. Il n’est dans l’intérêt d’aucun Béninois que le Président de la République soit trainé dans la boue, vilipendé et insulté dans les médias. Les dérives de ce genre sont dangereuses pour le pays même en ce qu’elles donnent une très mauvaise image de la fonction présidentielle.

Ce faisant, ce ne sont pas vraiment les adultes qui en pâtissent, ce sont les jeunes et les adolescents à qui l’on devrait exalter les vertus républicaines qui entrent dans la vie en ayant à la bouche des injures et d’autres venins propres à enterrer l’idée nationale. Au moment où les écoles et les centres de formation s’emploient à grand-peine à construire les vertus patriotiques dans le cœur des dirigeants de demain que constituent les jeunes et les adolescents, c’est réellement une mauvaise option politique de déblatérer sur le Chef de l’Etat.

Dans les démocraties chevronnées, tous les propos aussi effrontément haineux et médisants contre la personne du Chef de l’Etat sont presque systématiquement conspués par la classe politique. Il en a été ainsi lors de la récente marche des opposants à l’adoption par les gays en France. Les déclarations comparant Hollande à un certain Hitler ont été unanimement rejetées par la classe politique comme une dérive. Marine le Pen, dirigeante d’extrême droite a dû monter au créneau pour se désolidariser d’une telle remise en cause de la bonne éducation que l’on est en droit d’attendre d’un homme politique.

Tout compte fait, le délit d’offense au Chef de l’Etat est d’abord un geste national et patriotique posé par la communauté toute entière qui réclame que le Chef soit respecté. Il me semble qu’en réclamant l’intervention de la justice, le Chef de l’Etat lui-même a senti l’approbation dont le prévenu a bénéficié au plan national.

La clameur publique qui a semblé partager l’avis de l’ancien porte-parole de Boni Yayi est la même qui a reçu sa condamnation comme une dangereuse dérive dictatoriale à l’heure où les espaces de liberté se réduisent de jour en jour comme peau de chagrin. Il est alors utile de se demander si ce n’est pas cette impression de recul qui a occasionné la dérive supposée de Me Agbo et surtout le soutien visible dont il a bénéficié auprès des syndicats et de la société civile.

 

Olivier ALLOCHEME

Tag(s) : #EDITORIAL

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