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26/02/2014

 


BENIN - OPPOSITION A YAYI BONI : LA GUERRE DES INTERETS EST OUVERTE


Par Maurice Chabi

 


En se retirant avec fracas du groupe parlementaire « Cohésion sociale
et Paix », le député Issa Salifou a jeté dans la mare nauséabonde de
l'opposition parlementaire un pavé qui va en éclabousser plus d'un.
Les langues vont se délier. Et, progressivement, le révélateur de la
morale politique mettra à nu cette opposition à deux visages, prompte
à « cocufier » père, mère et enfants, pour se livrer au plus offrant.

Sauf coup de théâtre spectaculaire qu'on ne saurait exclure, la
procédure de traduction du chef de l'Etat devant la Haute Cour de
justice a déjà du plomb dans l'aile. Plus personne n'y croit vraiment ;
à commencer par ses initiateurs. Mais  y ont-ils jamais cru ? On peut
en douter.  La menace de destitution de Yayi Boni n'est en réalité
qu'un épouvantail de prestige, brandi par une opposition sortie de sa
torpeur pour galvaniser les ardeurs de la troupe dont le moral
décrépit chaque jour un peu plus.

En effet, les pourfendeurs autoproclamés de l'action gouvernementale
ne sont pas, loin s'en faut en odeur de sainteté. Il suffit pour s'en
convaincre de jeter un regard rétrospectif sur leur parcours politique
des huit dernières années. Pour la plupart, ils ont flirté, se livrant
parfois à des partouzes avec la mouvance présidentielle. Certains ont
même occupé de hautes fonctions dans la hiérarchie politique
officielle et dans la citadelle privée de la FCBE. Conseillers
techniques, ministres du gouvernement et députés souvent même élus sur
la liste de la mouvance présidentielle.

La plupart d'entre eux assument d'ailleurs tant bien que mal ce statut
de transhumant politique, dès lors que ça peut leur assurer des
privilèges substantiels. Pour ces acteurs patentés du vagabondage
politique, ce sont les intérêts et non les idées qui déterminent
l'appartenance politique à la Mouvance ou à l'Opposition. Feu le
président Omar Bongo du Gabon n'avait-il pas raison, lorsque, avec
beaucoup d'humour et de réalisme il définissait ainsi l'opposition
politique en Afrique :

« Lorsque ton frère se déclare opposant, il faut comprendre qu'il a
faim. Donne-lui à manger et il n'est plus opposant ».


C'est me semble-t-il, l'analyse politique qu'on pourrait faire des
retournements spectaculaires de veste observés ces derniers jours au
sein de ce qui est qualifiée abusivement d'opposition, et qui en
réalité est un conglomérat d'opportunistes assoiffés de pouvoir. A
ceux qui en doutent encore, la preuve est faite qu'au Bénin, le combat
politique n'est point au niveau des idées. Les positions politiques
affichées par les uns et les autres sont d'abord et toujours dictées
par les intérêts égoïstes et bassement matériels du moment. Dans le
débat politique actuel, bien malin qui pourrait établir la ligne de
démarcation idéologique entre les vrais amis et les adversaires de
Yayi Boni.

Et comme si cette collusion des ambitions ne suffisait pas, il fallait
que le député Epiphane Quenum apporte son grain de sel pour alimenter
cette guéguerre des intérêts. A la suite de son collègue Issa Salifou,
l'ancien baron du clan Soglo signe sa sortie médiatique par un
déballage particulièrement cinglant qui fait mal aux uns et fait honte
aux autres.

On s'attardera moins sur la forme brouillonne et décousue de la
déclaration que sur le fond dont on ne sait d'ailleurs quel crédit lui
accorder, et s'il faut en rire ou en pleurer. On retiendra surtout en
vrac que « Yayi Boni aurait été démarché par les Soglo pour être
candidat aux élections présidentielles de 2006, et ce par l'entremise
du député Candide Azannaï qui, pour la circonstance a fait le
déplacement de Lomé ».

Voilà pour le décor. La suite des révélations est encore plus
scabreuse et frise même l'infamie pour nos députés qui décidément sont
prêts à toutes les avanies pour s'enrichir sur le dos du peuple. On
apprend ainsi des propres aveux  de l'honorable député, que le plan
diabolique ourdi pour permettre à Yayi Boni de briguer un troisième
mandat, prévoyait l'achat des députés à hauteur de 50 millions de
francs Cfa chacun.

Hélas ! Le mécène sollicité, en la personne de Patrice Talon,
principal financier de la campagne électorale de 2006 et sans doute
aussi du fameux KO de 2011, l'ex-argentier de Yayi Boni aurait donc
décliné cette fois-ci l'offre.

Depuis les fameuses et gravissimes révélations du député Epiphane
Quenum, aucune réaction n'a été enregistrée du côté du palais de la
Marina pour démentir les faits. Et on comprend le mutisme douillet
derrière lequel se réfugient les « Néo-renaissants » dont on sait
désormais que les sorties médiatiques se feront à dose homéopathique.
Qui croire ? Tout le monde et personne à la fois.

Ce qui est sûr, c'est que désormais, et grâce à ces scènes de ménages
à rebondissement dans la classe politique, l'opinion publique commence
à cerner les contours de ces divorces en cascades dans la mouvance et
dans l'opposition et dont le fil rouge reste incontestablement la
guerre des intérêts.



 
 
  
  
Tag(s) : #Politique Béninoise