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01-07-2010

 

Pour sauvegarder la démocratie béninoise, des offiers préparent un coup d'état militaire contre le roi Boni 1er

 

Écrit par Brice OGOUBIYI

 

C’est devenu presqu’une habitude. Dès que le pouvoir est confronté au refus des parlementaires de ratifier le budget ou un projet à caractère social, économique ou politique, le chef de l’Etat - sans ambages - recourt à l’article 68 de la Constitution, une disposition constitutionnelle, qui, pourtant, définit les conditions exceptionnelles dans lesquelles les ordonnances peuvent être prises par le président de la République.

 

Si Boni Yayi semble ne pas trop s’en soucier, l’armée, elle, se penche désormais sur cette question préoccupante.

 

Depuis deux jours, de hauts gradés de l’armée se penchent sur la question des ordonnances à répétition, et font une "relecture" de la loi fondamentale béninoise. Indignés par la prise d’ordonnance répétée par le chef de l’Etat, laquelle ressemble à s’y méprendre, à un bras d’honneur fait à l’encontre du parlement, des hommes de l’armée ont commencé à s’interroger sur les capacités de l‘actuel pouvoir à gérer efficacement les contradictions sociales et les crises politiques.

 

Le recours à l’ordonnance de façon systématique depuis que le pouvoir a perdu la majorité à l’Assemblée nationale, inquiète non seulement l’opinion publique, mais aussi les hommes de rang. Mais pourquoi la grande muette décide-t-elle subitement d’examiner les conditions de prise tous azimuts des ordonnances ? Est-ce vraiment son rôle et le moment est –il opportun pour le faire ? Il faut reconnaître que lorsque l’armée commence à s’interroger sur les dysfonctionnements au sein de l’appareil d’Etat il y a de quoi s’inquiéter. D’ordinaire disciplinée, elle considère les pirouettes avec la loi fondamentale faites par les pouvoirs comme une dérive vers l’autocratie et une menace sur la paix, la cohésion sociale et l’unité nationale. La tentation est grande de la voir tirer des conclusions hâtives, qui pourraient avoir des conséquences fâcheuses sur la République et se traduire par une remise en cause du système politique actuel. Or, à la vérité ce ne sont pas les éléments d’un mécontentement généralisé au sein de la classe politique béninoise qui manquent.

 


Le Bénin doit faire l’effort de gérer ses contradictions internes

 


Les conditions d’élaboration de la LÉPI qui apparaît aujourd’hui tout sauf consensuelle, ainsi que les répercussions de la crise économique sur le tissu social, sont des facteurs aggravant de la crise morale et de perte de confiance qui secouent les fondements de la démocratie béninoise. Pour tout dire, le Bénin qui s’honore de mener un processus démocratique depuis 20 ans, n’est pourtant pas à l’abri de remise en cause de l’ordre institutionnel. C’est pourquoi, il faudrait une vigilance permanente des acteurs politiques béninois et une plus grande responsabilité du pouvoir exécutif, qui doit savoir raison garder et se fixer les limites à ne pas franchir.

 

De source digne de foi, certains hauts gradés de l’armée béninoise, à l’instar de la classe politique béninoise d’ailleurs, se sont rendus dans un Etat voisin pour se plaindre de la gouvernance politique du président Boni Yayi. Ils ont informé le chef de l’Etat de ce pays "frère", de leur volonté de prendre leur responsabilité devant l’histoire. Le président de ce Etat "frère", comprenant la gravité de tels propos a tôt fait de désamorcer la bombe en les exhortant à la patience. Il leur a demandé de régler par le dialogue les dissensions.

 

En adoptant cette position sage vis-à-vis de hauts gradés de l’armée béninoise, ce chef d’Etat, voudrait surtout ne pas avoir à gérer les afflux d’immigrants béninois, qui ne manqueront pas le cas échéant, d’assiéger son territoire en cas de problème politique grave. Il appartient donc à l’intelligentsia et à la classe politique béninoises, de trouver les voies et moyens de contenir la colère des Béninois et celle de la grande muette qui est beaucoup plus pernicieuse et audacieuse.

 

Brice OGOUBIYI



 

Tag(s) : #Politique Béninoise