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 4-07-2012

 

BENIN : Pourquoi cette inflation des généraux par un Président civil dans un pays qui n’a jamais connu la guerre ?

  

Par Sulpice O. GBAGUIDI

  

En cette ère de la refondation, on vit une exceptionnelle saison militaire avec une flambée de Généraux. Salut mes Généraux ! Je suis éternellement au garde-à-vous. Le Président civil, successeur du Général Kérékou, s’adonne à un étonnant exercice de nomination de Généraux. Et ils poussent comme des champignons dans les oasis yayistes de l’armée. Avant la fin de mandat, il est clair qu’un record sera établi et la République fera l’arithmétique pesante des promus de ces dernières années. On découvrira l’énorme production de Généraux à l’usine du Grand maître, Chef de l’Etat, Chef suprême de l’armée et ministre de la défense. Le phénomène s’annonce déjà effrayant.

 

Comme la balkanisation de l’enseignement et cette hallucinante prolifération des universités, l’armée subit une poussée de Généraux que l’opinion publique peut naïvement classer dans le registre de l’habituelle banalité. L’école s’en est retrouvée ratatinée avec la moisson de crétins et la perte des valeurs. Le quartier latin prend un statut qui fait de lui la potentielle risée de tous. Le jubilé des cancres est à l’ordre du jour. Pour l’armée, on craint plus qu’un effet boomerang. Le vent de Généraux qui y souffle aura un impact dévastateur sur l’avenir de la Nation.

 

Car, la nomination d’un Général est un acte dont les répercussions sur l’économie nationale nécessitent qu’on n’en fasse pas une politique de récompense. Ceci tient d’abord aux privilèges du Général. Chose rarissime : un Général est à vie sous la charge de l’Etat. Il bénéficie de sa solde, d’un chauffeur, d’un garde du corps, d’un véhicule de fonction… jusqu’à la fin de ses jours. De quel budget dispose l’Etat pour s’offrir à un rythme endiablé une kyrielle de Généraux ? A l’heure où le refrain est à la carte du manque de moyens jouée inlassablement, l’inflation de Généraux dépasse l’entendement.

 

Ensuite, fait troublant, la nomination de Généraux intervient à quelques mois de leur retraite. On est vraiment hébété par cette répétition tendancieuse qui écarte toute coïncidence. La nouvelle tradition se construit sur un accouchement paradoxal de Généraux un pied trois quart à la retraite. Or, l’orthodoxie militaire enseigne que la raison d’être d’un Général est la conception et la mise en application de son savoir-faire au profit du peuple. Quelle contrepartie pour une Nation dans un contexte de nomination de Généraux en partance pour la retraite ? Sous l’aiguillon de la politique de récompense, on pervertit l’essentiel au risque d’invalider la refondation.

 

Plus grave, l’autre jonglage observé dans la nomination des Chefs d’Etat-major. On plonge d’emblée dans l’irrationnel avec ces Chefs d’Etat-major élevés à ce rang pour un séjour anecdotique de six mois à au plus un an. Que retenir d’un Chef d’Etat major éphémère ? A moins qu’on soit plombé par l’obsession de l’absolue récompense, un tel cadeau est une injure à l’histoire. Pour faire ses preuves, il doit disposer de trois à quatre ans aux fins de mettre en place une stratégie et de s’assurer le temps de l’exécuter pour être évalué. Quel bilan doit-on espérer d’un Chef d’ Etat major aux portes de la retraite ? A quoi doit-on s’attendre si on nomme des Chefs-d’Etat major qui ont à peine le temps de parcourir quelques casernes pour que sonne l’heure de la retraite ?

 

Si on tient compte du fait qu’au niveau des avancements pour les grades de commandement, lieutenant colonel, et colonel, il y a un contingentement pour des raisons, dit-on, budgétaires, cette inflation de Généraux relève de l’absurde. Les contraintes économiques évoquées pour pénaliser certains et favoriser d’autres résonnent comme un alibi face à cette poussée de Généraux. Le poids de ces Généraux issus du parrainage inavoué pèsera dans la balance au point d’anéantir l’effet des sacrifices imposés aux moins vernis.

 

Il sera regrettable de piétiner le passé et les racines militaires. Le printemps de Généraux sous la tempête opportuniste ne désenfle pas la polémique et allume en revanche la crainte d’un surpeuplement précoce de l’écurie des retraités au coût exorbitant. Finalement, ces nominations de Généraux portent en elles mêmes de difficultés majeures pour l’Etat. Economiquement, on le sait désormais. Militairement, n’osons pas ouvrir le débat.

 

Source : Quotidien Fraternité

Tag(s) : #EDITORIAL

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