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7-11-2011

 

 

En toute sincérité

 

BENIN: Primes et indemnités en sursis !

 

Boni Yayi a lancé une nouvelle pierre dans la mare syndicale avec une décision de suspension des accessoires de salaire. Tout naturellement, la fatwa qui met entre parenthèses les primes et indemnités provoque un tollé dans le gotha des travailleurs et une surexcitation qu’entretient l’activisme sans égal des indignés locaux. Le réformateur en activité semble ne pas avoir d’état d’âme et fonce dans ses innovations.

 

La suspension des primes et indemnités est par essence une mesure impopulaire. En cela, l’option prise par le Chef de l’Etat tisse l’étoffe du courage ainsi qu’elle véhicule un gros risque, celui d’offrir l’alibi de la tension sociale. "

 

Gouverner c’est mécontenter" enseigne Anatole France. Yayi n’a pas froid aux yeux et évolue sans les pesanteurs politiciennes dont on connaît les effets sur la prise d’initiatives. La machine tourne à plein régime et écrase les susceptibilités. La décision qui touche indemnités et primes relève néanmoins de l’audace. Elle intervient au moment où l’ancienne métropole dévoile son plan de rigueur avec l’augmentation de la Tva. La coïncidence dans le bain de l’austérité ressuscite nos liens historiques avec l’Hexagone. Yayi n’est cependant ni Sarko, ni Fillon. Revenons à cette décision qui met les syndicalistes en boule et brûle les vaisseaux sanguins d’Essè Iko qui en appelle déjà à un sit-in à l’Assemblée nationale.

 

Le gouvernement de la refondation a suspendu les accessoires de salaire. Suspension et non suppression. La nuance vaut la peine même si entre suspension et suppression, le pas est parfois vite franchi. La suspension sert à endormir la masse pour l’avènement de la suppression. La décision de Yayi n’est en réalité pas pauvre en vertu et en grains utilitaires. On sait, à moins de jouer à l’aveugle et au muet, que nos sociétés et offices d’Etat sont ruinés par le poids des primes et indemnités farfelues qui ne sont justifiées que par la cupidité et une escroquerie déguisée. Il y a des primes faramineuses, à donner le vertige, des primes mille fois supérieures au salaire. La rémunération du capital social devient le cadet des soucis. Qu’une entreprise publique au chiffre d’affaire de plus de cent milliards verse des miettes de millions à l’Etat relève de la pure anomalie voire du scandale. Les primes fantaisistes décrétées sous le parrainage de la mafia apparaissent comme une forme de détournement légitime. La belle inspiration du réformateur devrait permettre d’arrêter la saignée.

 

Malheureusement, le yayisme n’a pas évité son péché mignon dans ses bonnes intentions. La politique compulsive est encore au rendez-vous avec cette brutalité de la décision. On fait tomber un beau matin sur la tête des travailleurs le marteau sans aucun signe avant-coureur. Comme la pluie spontanée sans nuages, la mesure même géniale peut provoquer l’étonnement et l’angoisse. On y décèle le déficit de ce que Eric-Emmanuel Schmitt, l’auteur de l’Evangile selon Pilate, appelle les équilibres des circonstances. Le pragmatisme et la bonne volonté de Yayi sont en butte à cette espèce mal mûrie d’empressement qui dévalue la gouvernance. Les détracteurs du pouvoir ont toujours du grain à moudre par la faute de la répétition de l’imprudence de la Marina. Toute résolution concernant des questions sociales comme les accessoires de salaire nécessite une démarche adéquate. La suspension du jour au lendemain de primes et indemnités dans les sociétés et offices d’Etat met à nu la faiblesse de la gestion de la Cité. Ces primes et indemnités perçues pendant des années et désormais soumises aux ciseaux de suppression laissent à l’appréciation de la raison, la méthode musclée.

 

Une piste reste à explorer par le gouvernement pour la résolution de l’équation sensible des accessoires de salaire. Le temps de suspension doit en effet servir de pause pour une vraie œuvre d’assainissement des primes et des indemnités. Le succès de cette vaste entreprise passe par la restauration du pont de dialogue, après le consensus naufragé et le saut solitaire risqué du pouvoir. Le salut est à la table de négociation.

Il y a une évidence qui flotte en l’air. La masse de primes pèse sur l’Etat et l’étouffe. Juste le dispositif de filtre sélectif permettra de régler la question. Malgré les pleurs de gens asservis aux primes, Yayi ne doit pas quitter la bonne direction. L’époque de primes et indemnités anarchiques et insolentes est révolue.



Sulpice O. GBAGUIDI


 

Tag(s) : #Politique Béninoise