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Bénin / Projet de révision de la constitution : Boni Yayi ouvre le bal des croque-morts

 

JosPerzo Anago

Posté par le jeudi, 11 juillet 2013

La révision de la constitution reste désormais une priorité du gouvernement de Boni Yayi qui multiplie les moyens pour parvenir à ses fins. Ministres, directeurs, cadres, fonctionnaires de l’administration sont descendus dans les arènes pour «convaincre» les béninois, de plus en plus lassés de la chose politique.

 

Par  JosPerzo ANAGO

 

Tels de lugubres rapaces, les Cicéron et autres thuriféraires de la République ont fondu en nuées entières sur les pauvres et vulnérables populations déjà en proie à mille maux, pour porter à cor et à cri, les ultimes incantations du Roi, à son cher et doux peuple.


Qui en haillons, qui en cache-sexe en feuilles de bananier, qu’importe l’état des sujets, le ventre parfois creux, tels des mortiers en pleine saison sèche, ces suppliciés d’une démocratie tropicalisée en mal d’inspiration s’attroupent autour des suzerains, porteurs de la nouvelle qui va définitivement «sauver» toutes les âmes damnées de la cité.


Tenant à peine sur leurs frêles membres, tremblotants, les yeux hagards, ils applaudissent avec leurs dernières ressources, de ce qui leur reste de phalanges décharnées, la litanie d’incantations dont il ressort abracadabra que les eaux de leur rivière ensablée seront poissonneuses, la forêt presque désertique deviendra giboyeuse, la pluie, dès l’année prochaine, tombera abondamment, transformant du coup la terre appauvrie, en une vallée fertile, et tutti quanti…


Ces miracles ne se réaliseront qu’au terme de la révision de la Constitution du pays diront sentencieusement ces zélateurs de la cour qui ont encore embouché leurs trompettes, comme qui dirait, des charmeurs de serpent aux yeux malicieux, adossés au mûr de la honte, abreuvant sans vergogne de leurs incantations apocalyptiques, la populace exténuée.

Nous sommes rappelons-nous, au deuxième mandat d’un Président qui ne devrait en avoir encore que pour à peine trois ans d’exercice des lourdes charges de sa fonction.


Après sept années de gestion des affaires de l’Etat du Bénin, le prestidigitateur de la Marina venait sûrement d’avoir une lumineuse idée pour changer l’eau en vin, à l’image de Jésus aux noces de Cana ou pourquoi pas, faire jaillir de l’eau d’entre ses doigts, comme l’a accomplit le prophète Mahomet, calmant ainsi, la soif de mille quatre cent hommes…


Il avait, reconnaissons le lui, tout essayé. Même les concepts les plus inopérants n’ont plus de secrets pour le laboratoire de la démocratie. Il a vaillamment organisé la toute première marche verte contre la corruption qui, telle l’hydre de Lerne, n’a autant, mieux prospéré sur les bords du lac Nokoué.

Boni Yayi a eu le mérite, l’espace de deux mandatures, à connaitre des scandales que tous ses prédécesseurs réunis ne sont malheureusement pas prêts d’égaler. Laborieusement, le Chef de l’Etat a mis un point d’honneur - c’est à son actif- à faire baisser la courbe de toutes les performances dont se prévalait le pays avant son investiture. Là-dessus, j’aurais tant voulu me tromper mais les réalités sont têtues.


L’échec a été patent. L’illustrissime docteur a sûrement fait un faux diagnostic, en témoignent les nombreuses thérapies sans résultat. Le changement de Boni Yayi, comme on devrait s’y attendre dans sa propre dynamique s’est mué en refondation qui n’aura guère tardé de s’effondre tel un château de sable. Mieux, la prospérité tant attendue n’étant plus au rendez-vous pour être partagée.


Dos au mur, l’ancien président de la BOAD doit au regret, constater la banqueroute. Mais non, en jusqu’au-boutiste bon teint, il a choisi donc de jouer son va-tout: s’offrir un nouveau billet pour des aventures encore plus épiques. Seule, la révision de la constitution pourrait lui offrir ce précieux sésame à moins qu’il ne troque son éternelle costume bleu marine contre l’uniforme vert treillis des putschistes, ce qui et loin d’être une sinécure.


Ayant déjà épuisé la carte du K.O électoral, il ne lui reste hélas que cette dernière cartouche qui peut se révéler bien explosive.


Depuis qu’il a introduit «son» projet de révision au parlement, Boni Yayi pressé par le temps, a déjà activé son gri-gri : occupation systématique et au besoin sans partage des médias, déclarations tapageuses des ministres et cadres de tout acabit, marches de soutien, séances de prières, messes, conclaves, en j’en oublie car, la liste est loin d’être exhaustive.


 

Ceux qui en font les frais à leur corps défendant sont malheureusement les populations, dans leur grande majorité, analphabètes totalement incapables de comprendre ce charabia qui est aux antipodes des recettes pouvant véritablement améliorer leur difficile existence. Quant aux intellectuels engagés dans cette croisade, ils ne sont pas dupes, loin s’en faut. Chacun entend tirer son marron du feu dans ce grand festin macabre dont la fin prochaine n’en finit pas d’aiguiser l’appétit vorace des croque-morts.



JosPerzo Anago est un journaliste béninois.


Consultant en médias, ancien directeur de la Maison des Médias du Bénin, il est le Directeur du Centre Africain de Ressources en Média et Communication / Carmec.


 
  
 
  
  
Tag(s) : #Politique Béninoise

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