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BENIN: Question d’actualité au Parlement sur la campagne cotonnière 2012-1013

 

Le gouvernement refuse le débat et promet une communication

  

(Le député Lazare Sèhouéto fait des déballages à la faveur d’un point de presse)

 

La question d’actualité relative à la fourniture des intrants pour la campagne cotonnière 2012-1013 posée par le député Antoine Kolawolé Idji et plusieurs de ses collègues, prévue pour être examinée hier au Parlement ne l’a plus été. Le gouvernement, attendu pour répondre à cette question d’actualité, a brillé par son absence. Par une correspondance signée du Secrétaire général du gouvernement, Eugène Dossoumou, adressée au président de l’Assemblée nationale, le gouvernement a dit qu’il préfère venir donner à une date ultérieure, une communication avec débat sur la situation qui prévaut dans le secteur de la filière coton au Bénin. A la lecture de la correspondance du Secrétaire général du gouvernement, la réaction de l’opposition parlementaire a été très prompte. En effet, le député Eric Houndété a demandé la parole pour dénoncer la violation du règlement intérieur de l’Assemblée nationale. " …le gouvernement refuse le débat et annonce une communication alors que notre règlement intérieur dit que quand vous annoncez une communication, vous choisissez dans les séances plénières qui suivent l’annonce. Or, ils attendent la fin de la session ordinaire qui précède des vacances parlementaires qui dureront 3 mois pour annoncer cette communication…", a dit le député Eric Houndété. Ceci a failli conduire à un débat houleux au Parlement. Mais très tôt, le président de séance, Justin Yotto Sagui, 1er Vice-président de l’Assemblée nationale, a vite mis fin à ce dossier tout en laissant entendre que la conférence des présidents étudiera la correspondance du Secrétaire général du gouvernement. Mais à la fin de la séance plénière, le groupe parlementaire l’Union fait la Nation présidé par le député Antoine Kolawolé Idji, a donné un point de presse à la salle polyvalente du Palais des gouverneurs à Porto-Novo. Ceci, pour apporter sa part de vérité sur le dossier coton au Bénin.

 

(Lire ci-dessous les déballages du député Lazare Sèhouéto au cours du point de presse)

 

Déclaration de Lazare Sèhouéto au cours du point de presse du groupe parlementaire l’Union fait la Nation sur le dossier coton

 

" …Si j’ai l’herbicide et l’engrais et que je n’ai pas d’insecticide, je ne peux pas faire une bonne production de coton (…) Le gouvernement de mon pays n’a pas d’insecticide... "

 

- A propos de l’absence du gouvernement au Parlement

 

 
 
 

 

" Vous voyez un gouvernement qui ne veut pas se laisser contrôler par le Parlement et qui se comporte à sa guise, met les affaires en insécurité ; qu’est-ce qu’un tel gouvernement peut attendre d’autre quand il s’agit par exemple des intrants coton où il y a des difficultés à s’approvisionner ? L’histoire de braquage dont on a parlé ici, l’arraisonnement du bateau en haute mer, est-ce que dans de telle atmosphère, quelqu’un peut se sentir en insécurité, rester dans ce pays et faire des transactions avec l’Etat pour lui permettre d’avoir des intrants ? Sinon, pourquoi alors le président de la République et son gouvernement passent de campagne en campagne pour demander aux paysans d’emblaver davantage de superficie ? Quand on y pense, on n’arrive pas à suivre leur logique. Et si le Ministre ne s’est pas présenté, c’est qu’il avait certainement peur. Il avait peur qu’on dise les faits et non ce qu’ils agitent à travers une certaine presse (…) En vérité, depuis février 2012, des citoyens de la mouvance comme de l’opposition avaient sonné l’alerte. Ils avaient dit qu’on risque d’avoir une année blanche cotonnière. Mais qu’est ce que le gouvernement a fait depuis jusqu’à présent ? Le gouvernement a beaucoup communiqué, le gouvernement a fait des incantations de ce qu’il n’y aura pas d’année blanche de coton. Le gouvernement s’est attaché à gauche et à droite au secteur privé. Mais le gouvernement a oublié l’essentiel. L’essentiel est que sans intrants agricoles, on ne peut pas produire le coton… "

 

- La situation d’intrants commandés par le gouvernement

 

" …Le gouvernement a donné le sentiment de vouloir faire quelque chose. Mais je vais vous donner quelques aspects de ce que le gouvernement a fait. Entre autres, le gouvernement a signé trois contrats de fourniture d’intrants. Je ne vais pas citer les noms des sociétés locales. Mais vous connaissez le nom de la société qui n’est pas locale, Wabco qui nous a été présenté comme une entreprise qui pourrait permettre au Bénin de couvrir ses besoins en intrants. Avec cette société, un marché de plus de 12 milliards a été signé et cette société devrait avoir fini le 29 juin 2012, la totalité des intrants qui lui ont été commandés. Nous avons su que cette société a livré des produits d’une valeur d’environ 250 millions de Fcfa alors qu’elle devrait livrer des produits d’une valeur de 12 milliards de Fcfa après avoir encaissé les 30% de commande. Cela signifie qu’au jour d’aujourd’hui, ce contrat qui a été signé l’a été sans que le gouvernement s’assure des capacités réelles de production de cette société qui devrait convoyer vers Cotonou par jour à partir de la notification du contrat, 1000 tonnes d’engrais. Nous n’avons connaissance aujourd’hui sur le territoire national que de 800 tonnes provenant de cette société. Le contrat, je l’ai ici et c’est régulièrement signé par au moins 3 Ministres de la République dont le Ministre du développement, Marcel de Souza. Vous vous demanderez ce que le Ministre du développement vient chercher là. Mais le gouvernement a la liberté de se choisir un signataire. Les autres sont les Ministres de l’agriculture et celui des finances. Que fait notre gouvernement face à ça ? Il y a deux autres contrats qui ont été signés avec des entreprises béninoises. Je vais vous lire ce que la Commission nationale de contrôle des marchés publics a remarqué sur ces sociétés qui, pour soumissionner à cet appel d’offres, n’ont fourni dans leurs dossiers, ni caution de soumission, ni attestation de non faillite, ni relevé d’identité bancaire pour l’une des entreprises, ni d’attestation financière, ni d’attestation de caisse nationale de sécurité sociale, ni d’attestation des impôts. Même les états financiers de ces sociétés n’étaient pas joints au dossier. Elles n’ont même pas l’agrément de la Commission nationale d’agrément et de contrôle. La Commission nationale d’agrément et de contrôle est une structure étatique qui, si on veut importer des insecticides ou des produits chimiques qu’on utilise en agriculture, donne l’autorisation.

 

Le gouvernement de mon pays ne s’est pas préoccupé de la qualité des produits qui nous ont été proposés. La Commission qui doit analyser ces produits n’a pas été mise au travail et c’est des produits non homologués (…) Et le gouvernement nous promet dans le contrat qu’on va faire le prélèvement des produits à l’aéroport quand ils seront là pour aller les analyser. C’est là le scandale. Mais le scandale ne s’arrête pas là. On avait mis le gouvernement en garde pour qu’il ne crée pas des situations d’urgence parce qu’elles coûtent trop cher et nous y voilà. Nous avons commandé par exemple des herbicides pour 625 millions de Fcfa et le Trésor va payer 500 millions de Fcfa de frais de transport. Autrement dit, pour 250 litres d’herbicides commandés, nous payons 625 millions de Fcfa et 500 millions de Fcfa pour le transport. Ceci donne un marché de 1,25 milliards de Fcfa. La question est de savoir si on n’a pas créé une urgence pour dilapider les ressources publiques. Un autre de nos compatriotes a reçu un marché similaire et on a à peu près le même ordre de situation où on transporte les produits par avion ; ce qui aurait pu être fait par bateau si le gouvernement s’était occupé du dossier. Je vais plus loin. Ces sociétés devraient avoir livré les produits depuis le 7 juin 2012. Elles avaient une dizaine de jours pour livrer. La question aujourd’hui est de savoir où se trouvent ces produits. Où se trouvent les produits payés et transportés si chèrement ? Ce sont ces questions qu’on allait poser au Ministre. Vous savez, pour la production du coton, on a besoin d’herbicide. Ça remplace de plus en plus la main d’œuvre. C’est pour tuer les mauvaises herbes. On a besoin d’engrais pour le sol et on a besoin d’insecticide pour tuer les parasites. Cela signifie que si j’ai l’herbicide et l’engrais et que je n’ai pas d’insecticide, je ne peux pas faire une bonne production de coton (…)

 

Le gouvernement de mon pays n’a pas d’insecticide. Et si le gouvernement de mon pays en avait, le Ministre serait bien inspiré et se présenterait au Parlement pour nous l’indiquer clairement. Si le gouvernement ne trouve pas les insecticides, qui va dédommager les paysans pour tous les investissements qu’ils ont déjà faits ? Ils ont eux-mêmes annoncé 115 milliards de Fcfa pris à la Banque Ouest Africaine de développement (Boad) qui sont à la base de toutes les dépenses incontrôlées que vous voyez. Comment le gouvernement compte-t-il rembourser cette somme ? Comment même la Boad peut-elle s’engager jusqu’à ce point sans véritablement analyser la situation telle qu’elle est au Bénin et dans la sous-région ? Le gouvernement, dans un communiqué du Conseil des Ministres, nous a annoncé la bonne disposition des pays limitrophes pour nous fournir des intrants. Où sont les intrants que ces pays nous ont fournis ? Nous sommes dans une situation grave... ".


11-07-2012, Karim Oscar ANONRIN

Tag(s) : #Politique Béninoise

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