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19/06/2013


BENIN: Qui ment au Pape, paiera… Sa majesté le roi Yayi II avait juré ciel et terre à Benoit XVI qu’il quittera le trône en 2016.



Andry Rajoelina a cédé à la tentation après avoir répandu l’illusion  sur son départ de la présidence. L’homme fort de Madagascar  rempile. Point de miracle sur la grande île qui a cru vite enterrer le petit père du peuple pour mieux  couronner le changement et assurer la concorde nationale après de longues années de crise politique. Mais l’ancien célèbre Dj sait mixer les sonorités pour tenir son rang d’artiste et se dédire à volonté de toute promesse. L’incroyable volte-face de Rajoelina a une décharge traumatisante surtout que cet homme venait d’une audience pontificale.    

Sorti d’une simulation audacieuse, le président de la Transition malgache est tombé dans ses travers. « Je suis heureux d’avoir pu vous confier tout ce que j’avais sur le cœur », assurait Rajoelina  au Pape François avant donc de surfer   sur ses propres inconséquences. La confession devant le chef de l’Eglise catholique est un privilège rare. Le très fantasque président s’est d’ailleurs empressé de se vanter d’être le premier chef d’Etat africain à être l’hôte du nouveau pape. La réception de la médaille du Saint siège a remodelé l’égo et lui a donné un coup surdimensionné. On était encore loin de prévoir la grosse sensation  au palais d’Antananarivo. Et pourtant, Rajoelina reviendra sur la vertu  pour endosser  plutôt  le mal.  La visite au Vatican n’a produit que de la poussière. L’électron  malgache en roue libre  n’a pas mis du temps pour sortir  sa carte vicieuse.

Que vaut la parole donnée  au  Pape ? L’intime discours expédié au Vatican s’est révélé de la poudre jetée au visage de sa Sainteté.  Du tréfonds  de  l’âme, le politicien  a  puisé  la vidange pour  encrasser  la confiance et tout  remettre en cause.  Ruse  du  siècle !  La candidature réchauffée met à nu une ambition longtemps macérée  et qui se dresse après la dangereuse hypocrisie monnayée au  Vatican.  De l’agissement de Rajoelina,  sort une vérité  qui explose les normes. Les  promesses  faites  au Saint-Père n’engagent  que ceux qui y croient. On n’hésite plus à donner le change au Pape et à utiliser son image  pour anesthésier le peuple.  La crise morale bat son plein.    

Si le Président malgache a  pu  rouler en farine le Pape en exercice,  la parole  donnée  à l’ancien Pape devient  alors  anecdotique. Sa majesté le roi Yayi II avait juré ciel et terre à Benoit XVI qu’il quittera le trône en 2016. La refondation a fait de cette promesse un outil de propagande sans pour autant  éviter les semences du doute  confiées à l’initiative de la foule manipulée. Ruse du pouvoir ?  Empoisonnement, coup d’Etat…désormais inscrits à l’ordre du jour  pourraient  modifier  l’agenda  du roi. La vaine thérapie au non respect de la parole donnée expose à la reculade suprême, celle qui signera  la duperie infligée au successeur de Saint Pierre.

 Le coup de Rajoelina  dépasse l’entendement. Alors que le  candidat de son parti le Tgv est  connu, il se remet dans la course. En chaussant les bottes de candidat, le cheval annoncé non partant, vient   bousculer  sa  propre  certitude.  Son hennissement  au pouvoir et les coups de sabots tous azimuts, ne sont que les manifestations d’une volonté inoxydable de dominer l’écurie. Le maire d’Antananarivo Edgard Razafindravrahy  n’en est réduit qu’à assumer le statut  frustrant  d’improbable  pièce de rechange.  A moins que la complicité soit très vaste dans ce coup  anti papal  du jeune  maître et que la machine du Tgv soit impliquée  dans  les agitations de son leader  candidat à la présidence à vie.  

La  ritournelle politicienne  sur le départ du Président a enfumé une opposition qui a naïvement cru  à la parole du sortant. Mais le semblant de sagesse a bien laissé l’énigme à la tête  du pays. Et la conspiration a fleuri avec le Dj vernissant ses ambitions. Le tête-tête avec le Pape François  a  permis d’évaluer  le degré de  scrupule  du  Président. C’est Machiavel  qui tranche : « seule  la fin justifie les moyens ».

Qui trompe le souverain pontife subira la torture de la conscience et les châtiments de l’histoire. Dis-moi alors qui tu supportes : Rajoelina ou l’anti Rajoelina ? En 2016, l’histoire a un important verdict à rendre sur le respect ou non de la parole donnée à Benoit XVI. Le Pape a donné le bel exemple en prenant la retraite pour cause de fatigue. En 2016, ce ne sera pas seulement la fatigue mais aussi et surtout le respect de la Constitution qui poussera le héros local à la porte.

Sulpice Oscar Gbaguidi



 
 
 
  
  
Tag(s) : #EDITORIAL

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