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01/07/2013



BENIN: RAMU, le rêve massacré et échec assuré



Par Anselme AMOUSSOU



Depuis quelques semaines, le Régime d’Assurance Maladie Universelle (RAMU) fait l’actualité dans notre pays. Nous sommes malheureusement là encore dans la forme de duperie à laquelle le gouvernement nous a habitués depuis 2006. J’ai bien parlé de duperie parce que je n’ai pas trouvé de mots plus forts et plus proches de cette tragique réalité.


J’avoue que j’ai du mal à situer le degré de responsabilité du Chef de l’Etat dans cette tromperie du peuple béninois. YAYI BONI est il complice ou victime dans cette nouvelle affaire ? Dans un cas ou dans l’autre, j’affirme, pour ma part que le Président de la République est coupable et responsable de la gabegie qui s’annonce. En effet, s’il est complice il a ainsi violé le serment fait à sa prise de pouvoir de faire honneur à sa fonction et servir loyalement le peuple béninois. S’il est dupé par son Ministre de la Santé, je pense qu’il n’est pas à plaindre car cela est la conséquence du mode de gouvernance qu’il a mis en place et qui est basé sur le culte de la personnalité et la propagande ultra médiatisée. Mais pour comprendre ce coup de gueule posons-nous quelques questions essentielles.


Qu’est-ce réellement le RAMU?


RAMU (Régime d’Assurance Maladie Universelle) est une initiative du Gouvernement, visant à améliorer l’accès financier des populations aux soins de santé de qualité. C’est un système de couverture sociale maladie  destiné à protéger l’ensemble des populations béninoises contre les conséquences financières du risque maladie. C’est en fait un dispositif assurantiel qui vise à réglementer, à réguler, à coordonner l’ensemble des mécanismes de couverture du risque maladie existants à l’échelle nationale.  Le RAMU est soutenu par des financements étrangers et cela existe dans plusieurs pays africains et du monde. Les objectifs se résument en trois points essentiels :

·       Réduire de façon significative et durable le phénomène de paiement direct des soins

·       Garantir au patient des soins de santé de qualité à moindre coût

·       Accroître la solidarité, l’équité et l’efficience dans le système de santé.


Pourquoi le RAMU ?


La réponse à cette question se trouve dans les statistiques suivantes :

·        52% des dépenses nationales de santé sont supportés par les ménages et 76% de cette part de dépenses sont consacrés aux produits pharmaceutiques et autres biens médicaux.

·       Tous les mécanismes existants ne couvrent qu’à peine 20% de la population avec de nombreuses insuffisances en termes de solidarité, d’équité, d’efficacité et d’efficience

·       On assiste à un paiement direct des soins par les ménages dans 75 à 80% des cas

Il pèse donc sur les populations béninoises, une menace sanitaire globale à laquelle il est indispensable d’apporter une réponse globale. C’est pour cela que  les états généraux du secteur de la santé tenus en 2007’ ont recommandé l’institution d’un mécanisme de couverture du risque maladie qui prenne en compte l’ensemble des couches de la population.  Comme on le voit, l’avènement du RAMU est en théorie une source de satisfactions pour  les travailleurs en particulier. Les organisations syndicales de travailleurs ont donc fortement soutenu le projet et car elles savent que les conséquences financières du risque maladie sont désastreuses pour le pouvoir d’achat. Le régime des 4/5ème qui couvre les agents de l’Etat ne rembourse pas les médicaments, principal poste de dépense de santé pour les ménages. Il ne garantit pas non plus une meilleure qualité des soins. Pendant ce temps,  l’assurance maladie privée est chère et réservée à une frange de « privilégiés ». Quant aux mutuelles de santé, elles ne couvrent efficacement que les petits risques et connaissent de sérieuses  difficultés de gestion et d’extension de la couverture, tandis que les mécanismes de gratuité sont sujets à des cas de fraudes et abus à grande échelle.  Il est fréquent de voir des familles entières brader leur patrimoine pour faire face à un seul épisode de maladie


Comment est assurée la conduite du processus?


Je mentionnerai ici deux organes impliqués dans le processus. Il s’agit du Conseil des Ministres et du comité Technique Interministériel. Le premier est l’instance d’orientation politique du RAMU et d’approbation des travaux du CTI. Le second est l’organe d’orientation technique et de validation des travaux.  Ce dernier, étant organe de validation compte en son sein les représentants des confédérations et centrales syndicales, des associations de consommateurs etc.

Le processus conduisant à la mise en place du RAMU comporte trois grandes étapes :


-        Une phase préparatoire qui consiste en : la réalisation des études préliminaires (état des lieux), la définition des principes de base et orientations stratégiques, la définition des paramètres techniques du RAMU, la détermination des paramètres économiques et financiers (données actuarielles et de coûts).

-        Une phase de mise en œuvre qui comprend : la mise en place du cadre juridique (législatif et réglementaire), la mise en place des organes d’exécution et de coordination, le lancement et l’extension progressive du mécanisme.

-        Une phase de sensibilisation, qui est transversale aux deux autres phases, s’étend sur l’ensemble de la durée du processus et consiste en l’organisation de consultations nationales et de séances d’information et d’échanges avec tous les acteurs du système de santé.


Echec assuré ? oui !!


Plusieurs éléments  qui ne sont pas pris en compte dans le processus de mise en place du RAMU handicapent sa réalisation. Il  est inadmissible qu’une initiative aussi salutaire sur bien des plans pour nos populations soit conduite avec une telle désinvolture et une telle négligence. Cela est indigne de notre soit disant intelligence. La liste que voici des incongruités du processus n’est pas exhaustive.


1.     Le comité Technique interministériel n’a validé aucune des phases actuellement mises en œuvre. D’ailleurs ce comité ne s’est plus réuni depuis  plus de deux ans.

2.     Etat des lieux réalisé n’est pas fiable en l’occurrence la définition des critères d’indigence.

3.     Les principes de base ne sont pas entièrement définis et validés par l’ensemble des partenaires.

4.     Le cadre législatif est inexistant car la loi relative au RAMU qui peut contraindre les béninois à adhérer au projet pour le rendre viable n’est pas encore votée. Aucun prélèvement ne peut donc se faire légalement.

5.     La phase expérimentale n’a pas eu lieu à NIKKI contrairement au discours officiel. Il y a eu une délivrance folklorique de cartes à puce (non utilisable)

6.     Le document du RAMU lui-même comporte des incohérences mise à jour par une expertise internationale qui a fait des recommandations importantes. Aucune des recommandations n’a été prise en compte.

7.     Les mutuelles de santé existantes ont été ignorées alors qu’elles sont censées être les partenaires privilégiés dans une démarche envisagée du faire-faire. Pire le lancement précipité du processus met à mal aujourd’hui les activités de ces mutuelles.

8.     Dans le processus actuel, les indigents paieront plus que les salariés car le montant de 1000FCFA annoncé de façon démagogique est un montant mensuel et  individuel. Alors qu’il a été proposé un pourcentage de 5% supporté ensemble par le salarié et son employeur. Ce montant n’est pas réaliste.

9.     Les questions relatives à la réglementation de l’UEMOA dont l’organe administratif, le registre d’immatriculation des mutuelles de santé sont toujours pendantes.

10.  Les questions relatives à la professionnalisation des mutuelles de santé  et à l’actualisation puis le financement du plan stratégique de développement des mutuelles de santé ne sont pas vidées.

11.  les questions de l’articulation entre les mutuelles de santé et le RAMU restent entières. De même de la cohésion nécessaire entre les différents programmes sociaux (césarienne gratuite, aide aux indigents, gratuité scolaire etc.)  et le RAMU.

12.  C’est après le lancement officiel que des voyages d’études sont organisés pour aller voir les expériences des autres pays.

Pendant que l’on refuse de réaliser les tâches essentielles, on s’est empressé de créer l’ANAM, de nommer les responsables devenus pigeons voyageurs et de le doter de moyens avec l’appui des partenaires financiers. On a ensuite procédé à un lancement bidon et récemment encore à une distribution de cartes à des partisans alors que le RAMU est censé entre autres contribuer à la cohésion nationale.


Les centres de santé conventionnés ne sont pas tous pourvus en équipement et en personnel pour recevoir les patients. Les ayant-droits ne figurent pas sur les cartes distribuées alors qu’ils sont concernés par la prise en charge offerte.


Je finirai en vous informant que le TOGO a lancé le RAMU dans un premier temps avec les salariés et que les syndicats menacent déjà de faire arrêter le processus.


Le Mali a également lancé le RAMU sans faire voter au préalable la loi. L’expérience malienne n’a duré que trois mois.


Tout se passe aujourd’hui comme si la préoccupation première du gouvernement est de disposer du financement des partenaires à tout prix y compris au prix du mensonge d’Etat. Quelle tristesse !


Anselme AMOUSSOU,

2ème Secrétaire Général adjoint de la CSA-Bénin

 

Président du Comité d’Analyse et de Recherche Syndicale (CARES-Bénin)

 

 
  
  
Tag(s) : #Politique Béninoise

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