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BENIN - Révision de la constitution du 11 décembre 1990: Boni Yayi parle et met fin à la polémique

 

 

Publié le 16 avril 2012

 

 

Au cours d’une rencontre à huis clos, le jeudi dernier au palais de la Présidence de la République avec le noyau dur de la majorité présidentielle au Parlement, le Président Boni YAYI a sifflé la fin de la récréation au sujet de la polémique que suscite depuis quelques jours l’initiative de la Révision de la constitution du 11 décembre 1990. Après avoir pris la mesure des levées de boucliers aussi bien au sein de la Société civile que de la classe politique et le procès d’intentions dont il est victime sur le sujet, le Chef de l’Etat a demandé sans ambages à son état-major de ranger au placard le dossier de la révision de la constitution, les mettant par ailleurs en garde contre toute action de forcing sur le sujet .

 

Fin de la récréation, la polémique s’arrête ! Le Président de la République vient de disjoncter le compteur sur la polémique relative à la révision de la constitution. Irrité par les commentaires tendancieux sur sa personne et surtout les intentions qu’on lui prête sur le sujet, Boni Yayi, après avoir suivi les commentaires des députés suite au discours du président de l’Assemblée nationale à l’occasion de l’ouverture de la première session ordinaire de l’année 2012 du Parlement, a convoqué d’urgence jeudi soir ses poulains, notamment les barons de la majorité présidentielle au parlement. Mathurin Coffi Nago, Président de l’Assemblée nationale, Djibril Débourou, premier questeur du parlement, l’honorable Chabi Sika Karimou, leader Fcbe et grand stratège de la majorité parlementaire, ont répondu à l’appel d’urgence du Chef de l’Etat qui était assisté pour la circonstance d’une personnalité importante de son entourage.

 

Abordant le sujet pour lequel il les a conviés, le Président de la République, leader charismatique de la majorité présidentielle, a clairement fait savoir à ses hôtes qu’il supporte mal le procès d’intentions qu’une certaine opinion nationale en quête d’un sujet à sensation lui fait au sujet de la révision de la loi fondamentale. « Moi, je ne veux pas m’éterniser au pouvoir, jamais ; je l’ai dit devant le Pape qui m’a béni, devant le Président Obama et à l’occasion de ma prestation de serment, je ne reviens pas sur mes engagements », a clarifié d’un ton grave Boni Yayi à ses invités.

Nos sources nous renseignent à cet effet que le Chef de l’Etat a été très catégorique en expliquant à son état-major qu’il n’a rien demandé à qui que ce soit et que la révision de la constitution est une exigence depuis son accession au pouvoir en 2006 d’une frange des acteurs qui animent l’opposition aujourd’hui. « Ma priorité ne réside pas dans la révision de la constitution mais plutôt dans la lutte contre la pauvreté qui décime nos populations. Notre constitution a des problèmes mais si on veut prendre le peuple en otage pour une fuite en avant face à ce sur quoi la classe politique est unanime, je ne me laisserai pas divertir. »

Et pour donner la preuve réelle de sa détermination à respecter les engagements pris, Boni Yayi a demandé sur place au Président de l’Assemblée nationale d’arrêter l’examen du projet. « Il faut mettre fin à l’examen du dossier jusqu’à ce que le consensus qu’ils veulent soit obtenu un jour même si c’est après mon mandat ; celui qui vient après moi le fera en son temps », a tranché le Président de la République, très ferme dans ses propos. Cette décision issue de cette importante réunion vient ainsi détendre l’atmosphère politique polluée depuis peu par la révision de la loi fondamentale remise au goût du jour par la sixième législature.

 

Boni YAYI : Reculer pour mieux sauter

 

La position du Président Boni YAYI devant le noyau dur de la majorité présidentielle parlementaire, jeudi dernier, au sujet du débat actuel sur la révision de la constitution traduit son exaspération non seulement sur le procès d’intention dont il est l’objet de la part de l’opposition et d’une certaine frange de la société civile mais aussi contre le pilotage du dossier par le Président de l’Assemblée nationale, le professeur Mathurin Coffi NAGO.

En vérité, la stratégie qu’a adopté le Chef de l’Etat en demandant non sans fermeté à son comparse qui tient les manettes du train parlementaire de mettre au placard le dossier de la révision de la constitution, apparaît à y voir de près comme celle d’un repli tactique, le temps que les flammes allumées par ce sujet s’éteignent. Il n’est donc pas exclu que la période d’accalmie que demande implicitement Boni YAYI qui a bien d’autres soucis actuellement sur le front de ses réformes économiques, serve à huiler la machine afin de bien rebondir , c’est-à-dire de reculer pour mieux sauter.

Car bien de dispositions dans la nouvelle mouture du projet de révision de la constitution engagent le Bénin dans l’ère de la modernité économique et politique et il serait bien naïf de croire que Boni YAYI ait renoncé définitivement aux réformes qui s’inscrivent dans son programme de la Refondation du Bénin. La création d’une Cour des comptes et la constitutionnalisation de la Commission électorale nationale autonome (Céna) sont des progrès décisifs dont est porteuse la nouvelle mouture du projet de révision de la constitution.

Mieux, la trêve que demande Boni YAYI peut lui permettre par ailleurs de bien asseoir l’arsenal de la contre-attaque face aux adversaires de la révision de la loi fondamentale en peaufinant la stratégie de la communication qui a manqué dans la conduite de ce dossier par le bureau de l’Assemblée nationale où sont sédimentés les chantres de la révision grâce à la majorité parlementaire dont bénéficie le régime de YAYI II.

Somme toute, il convient de savoir raison garder car le Chef de l’Etat a déjà démontré aux Béninois qu’il est un animal politique et l’histoire récente de notre pays fourmille d’exemples dans ce sens. Boni YAYI a toujours gagné ses duels politiques et s’il donne la fausse illusion de suivre de loin le débat actuel sur la révision de la constitution, c’est qu’il prend le temps de choisir ses cartes. Le moment venu, il sait que le joker lui revient.

 

Gérard AGOGNON

L'Evènement Précis
 
 
 
Tag(s) : #Politique Béninoise