Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

26/06/2012

 
BENIN : Si le pays est en paix, sans le troisième tour social depuis 2011, Boni Yayi doit dire merci à Léhady Soglo et la Renaissance du Bénin (RB) qui ont saisi sa main tendue en premier
 
Par Benoît ILLASSA
 
Il est de notoriété publique que c’est Léhady Vinagnon SOGLO, Président de la RB, qui fut l’initiateur de l’Union fait la Nation, un regroupent politique hétéroclite qui s’était donné pour mission de battre le Président sortant, Boni Yayi, à travers son candidat unique, Me Adrien Houngbédji.
 
Le scrutin a eu lieu et le gagnant a été le sortant, Boni Yayi, à travers un KO historique dès le premier tour. Une première au Bénin, nonobstant la symbolique jarre trouée du roi Ghézo portée à bras par les ennemis d’hier dont tout sépare sauf la revanche vindicative sur l’histoire. En réalité, l’Union fait la Nation n’est que le remake de Wloguèdè, avec l’ajout du PRD de Me Adrien Houngbédji. Pour mémoire, lors du premier tour du scrutin présidentiel de 2006, Boni Yayi et Adrien Houngbédji sont arrivés, respectivement, premier et second. Tous les autres candidats malheureux du premier tour se sont alors regroupés au sein du fameux groupe Wloguèdè (nom du quartier de Cotonou où est situé le siège de la Mairie du même nom) pour mieux négocier le ralliement à l’un des deux candidats en liste pour le second tour. Après les avoir écouté, ils décidèrent de soutenir le néophyte en politique, Boni Yayi.
 
Après le KO de mars 2011, la RB et ses dirigeants vont rester solidaires du candidat malheureux, pour une énième fois, Adrien Houngbédji. C’est ainsi que, toujours par solidarité, l’ancien Président de la République, Nicéphore Soglo, n’assistera pas à l’investiture du Président réélu, Boni Yayi. On ne peut donc pas parler de la traîtrise de la Renaissance du Bénin, ni de celle de ses dirigeants. Toutefois, la situation restait tendue dans le pays, aussi bien pour les vainqueurs que pour les vaincus.
 
Boni Yayi qui connait bien cette situation va essayer d’éteindre le feu qui couvait en invitant ses adversaires à la gestion commune du pouvoir. C’est ce que d’aucun ont appelé la politique de la « main tendue » de Boni Yayi. Etant nous-même l’un des plus farouches adversaires du président réélu, nous avons pu constater, de l’intérieur de l’Union fait la Nation, les deux tendances qui s’opposaient alors. D’un côté, les va-t’en guerre qui voulaient mettre le pays « à feu et à sang » pour montrer au monde entier le caractère frauduleux du KO. De l’autre, il y avait les « modérés » qui voulaient accuser le coup et préserver la paix coûte que coûte quitte à pactiser avec « le diable »d’hier qui venait de nous voler la victoire.
 
En réalité, tous les partis politiques qui composaient l’Union fait la Nation ont été invité par Boni Yayi à la gestion du pouvoir. Un éminent Conseiller de Boni Yayi nous l’a confirmé, preuve à l’appui, lors de notre récent séjour à Cotonou. Le récent rapprochement du PRD de Me Adrien Houngbédji avec Boni Yayi découle de cette période et de notre démarche que d’aucuns ont accusé d’opportuniste. Par conséquent, il est malhonnête de taxer aujourd’hui la RB et son Président, Léhady Vinagnon Soglo, d’une quelconque traîtrise. Il y a ceux qui savent (nous sommes dans ce cas) et ceux qui ne savent pas ou à qui l’on n’a caché la vérité et qui spéculent. Pour avoir été à la source des informations, il faut plutôt saluer le courage de Léhady Soglo qui, en acceptant la main tendue du pouvoir, a évité le pire aux béninois.
 
Contrairement aux autres membres de l’Union fait la Nation, la RB est le parti politique auquel appartient un ancien Président de la République du Bénin en la personne de Nicéphore Dieudonné SOGLO. Pour avoir occupé les plus hautes fonctions de l’Etat béninois, sa démarche singulière ne peut qu’être comprise par tous les béninois épris de paix.
 
La RB a certainement en mémoire le scrutin présidentiel de 1991. Nicéphore Soglo battit très largement son adversaire avec 67,73% des votes. Mais Mathieu Kérékou ne voulut pas reconnaître tout de suite sa défaite, son entourage refusant la passation des pouvoirs. Au lendemain de la proclamation des résultats, il disparut quelques jours, laissant craindre un coup d’Etat. Le climat était lourd ; des violences éclatèrent dans le Nord, à Parakou et à Natitingou, faisant plusieurs morts. Monseigneur Isidore de Souza dut user de toute sa persuasion pour convaincre l’ancien dictateur d’abdiquer. Dans une intervention télévisée, il lança un vibrant appel à la raison qui condensait toute l’intensité du moment :
 
« Je prie le Seigneur qu’il donne à chacun assez d’intelligence, suffisamment de conscience pour que chacun apporte sa petite pierre à la construction de la paix. C’est tout à fait normal que chacun ait son opinion, que chacun ait son candidat et fasse tout pour que celui-ci l’emporte. Mais si nous sommes en démocratie, si nous voulons la concorde, il faut que nous soyons logiques avec nous et que ce qui a déterminé le résultat des urnes, chacun s’y soumette, en sportif, en fair-play… »
 
Au lendemain de cette intervention, Mathieu Kérékou sortit de sa réserve pour annoncer qu’il prenait acte des résultats provisoires des élections présidentielles et que, sans regrets ni amertume, il décidait de se soumettre au verdict du peuple béninois. Il demandait en outre aux émeutiers et aux militaires de renoncer définitivement à leurs vaines entreprises, de revenir à la raison, au calme et à la sérénité.
 
En acceptant la main tendue du Président Boni Yayi, Léhady Soglo, Président de la Renaissance du Bénin (RB), entendait certainement les échos de ces paroles de Monseigneur Isidore de Souza et du Président Mathieu Kérékou. Il n’a pas tort car, contre toute attente, Le PRD de Me Adrien Houngbédji vient de lui emboîter le pas. Mais, cette dernière démarche n’a pas la même nature. Le Président Nicéphore Dieudonné Soglo est l’un des trois anciens Présidents du Bénin encore en vie. L’histoire analysera sa démarche par rapport à tous les anciens Présidents du Bénin, y compris Boni Yayi après son dernier mandat. Ce n’est pas le cas de Me Adrien Houngbédji dont le parti n’a jamais produit de Président au sommet de l’Etat. Boni Yayi doit tenir compte de toutes ces réalités de notre pays s’il veut laisser son nom à la postérité. Adrien Houngbédji aussi, pour ne pas tomber, de façon simpliste, dans une démarche vindicative et revancharde qui ne sied guère à l’Homme d’Etat qu’il fut et qu’il demeure.
 
IB
 
Tag(s) : #Politique Béninoise