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BENIN - SYNDROME ICC SERVICES: Le scandale béninois va-t-il enflammer la sous-région ?

 

Oui, c’est désormais tous les jours, Icc Services à Cotonou, et «Redémarre» à Lomé. Les témoignages des personnes spoliées commencent à sortir du secret des maisons, et montrent par leur drame, combien ceux qui ont appâté autant de citoyens et «acheté» autant de personnalités publiques, assumant de hautes fonctions de l’Etat ou de simples fonctionnaires au Bénin, sont des maîtres dans l’art de la corruption active. N’y a-t-il pas de risque de contagion dans les autres pays de l’Uemoa où le phénomène existe déjà ? Les autorités financières et bancaires de l’Union ne devraient-elles pas réagir vite pour éviter une déstabilisation du système financier et bancaire ? Des questions en suspens.

 

Date de publication : 21-07-2010
Auteur(s) / source : Léon BRATHIER

 

Les promoteurs des structures illégales de placement d'argent, tels des missionnaires du profit magique, ont allègrement abusé de la foi des fidèles de leurs églises, de la naïveté des citoyens, de la confiance et de leur proximité spirituelle avec le pouvoir. Un crime commis d'Abidjan à Cotonou en passant par Lomé, sans que l'on sache encore les effets en chaîne que la crise du placement illégal d'argent est susceptible de provoquer sur tout le système financier et bancaire. De la crise financière à la crise sociale grave : le pas est vite franchi. En ce qui concerne les drames vécus par des familles béninoises, et peut-être bientôt dans d'autres pays de la sous-région, des témoignages émergent, tout aussi émouvants et abasourdissants sur la bêtise généralisée des épargnants. Presque chaque famille béninoise, lieu de travail, endroit de culte, espace public résonnent de ces récits douloureux. Et c'est toute la société qui est pénétrée par le virus du placement d'argent.

 

Le système financier et bancaire est-il infiltré ?

 

Les banques aussi, d'une certaine manière, à travers leurs personnels ou à travers les comptes ouverts dans certaines d'elles, par ces ONG ou groupements d'intérêt économique exerçant illégalement l'activité de placement d'argent, se sont engouffrées dans la spirale du déplacement massif des épargnes des ménages et parfois aussi de sociétés évoluant dans le formel ou l'informel vers des paradis des taux d'intérêts magiques. Une absence étonnante de vigilance des milieux financiers institutionnels, alors même que la Bceao ayant tiré la sonnette l'alarme, se faisait traiter dans une certaine presse, sur instigation des structures de placement non agréées, comme un pourfendeur des succès de l'épargne informelle. Il a manqué de la part des autorités financières publiques qui contrôlent l'activité financière au niveau national, une réaction vive et sans ambiguïté et le scandale que soulève aujourd'hui l'affaire Icc Services explique bien cette léthargie du pouvoir public face au phénomène. Quant au milieu bancaire formel, il semble qu'il n'ait pas eu ni des réactions courageuses, ni des actions appropriées pour faire contrecarrer, cette mauvaise épargne qui était en train de dépouiller la bonne au profit de la mauvaise pour le bénéfice d'un hypothétique marché financier au demeurant douteux. Ceux qui ont parlé de blanchiment d'argent n'ont pas tout à fait tort. Peut-être que par le biais de ces activités nébuleuses, des personnes mal intentionnées tentent d'infiltrer les systèmes financiers nationaux, de les déstabiliser pour le compte d'une opération maffieuse internationale. Qui sait ? C'est pour cette raison que pour avoir le coeur net, les autorités financières de la sous- région Uemoa et Cedao doivent aider les Etats à engager des enquêtes approfondies sur le phénomène, aux plans des structures organisationnelles qui s'en occupent, des circuits de la collecte et du replacement ou non de l'argent, sur un marché financier. Il faut nécessairement rechercher les sources et extirper tout virus maffieux qui se serait introduit dans le système financier à travers ces ONG et Gié qui manipulent l'épargne publique. En attendant, le Bénin continue de payer chèrement, l'incurie et les indélicatesses qui ont entouré cette grosse arnaque. Des familles seront détruites, des hommes et des femmes vont sombrer dans la dépression et la folie. Certains vont mourir de désespoir. Et les cas de ceux qui ont dû se mettre sous calmants pour ne pas commettre l'irréparable sont légion. Comment pouvait-il en être autrement ?

 

Des témoignages émouvants

 

Les témoignages ont une charge de drame inimaginable. L'histoire suivante est saisissante dans ce drame humain vécu par des familles béninoises et de la sous- région. Celle de cette jeune dame à qui son père a confié de l'argent pour payer une augmentation de salaires à ses employés et réaménagé le lieu de travail, alors qu'il avait voyagé. Celle-ci, tentée par les sirènes des intérêts mirobolants payés par un certain Icc Services, est allée tout simplement placer l'argent des employés à Icc services. Ce qui devait arriver, arriva. Elle n'a pas atteint l'échéance avant que cette structure de placement ne tombe brutalement en cessation de payement. Scandale dans la famille...Elle est malade et sous calmant. Une autre mère de famille aurait hypothéqué les biens du couple pour des prêts bancaires qu'elle alla tout bonnement déposer à Icc Services. Imaginez la colère et le désespoir de l'époux ! Une autre histoire rocambolesque, celle d'une dame qui aurait été dans une banque pour faire un retrait de plusieurs dizaines de millions. Les employés de l'agence intrigués, lui ont tout simplement demandé si elle était vraiment dans l'urgence de cette forte somme. Si oui, ils allaient saisir l'agence centrale. Comme on pouvait s'y attendre, elle s'enflamma, jurant de tous les noms et accusant l'outrecuidance des employés qui refusent, selon elle, de lui faire disposer de son argent autant qu'elle voudra. Un briefing aurait eu lieu au siège de la banque, pour la prier de ne prendre pour l'instant qu'une dizaine de millions. Elle accepta après beaucoup d'explications de se contenter de cela en attendant. Cette dame est revenue récemment dans cette agence de banque avec grande émotion, pour remercier, les agents pour l'avoir sauvée. Les 10 millions qu'on lui avait concédés, elle les a placés dans une structure illégale de placement. Le comble c'est qu'elle avait l'intention d'y placer 80 millions ! N'eût été la prudence de la banque, cette clientèle aurait dépossédé son compte de cette forte somme, pour alimenter un placement douteux. Mme X a reçu de son mari, le droit de gérer un compte de l'épargne qu'il alimente depuis des années pour les enfants. Il attendait leur majorité, au cas où le couple ne serait plus là, ou pendant les moments de difficultés financières, que les enfants puissent en bénéficier pour être à l'abri du besoin. Hélas, madame sans avertir monsieur, a discrètement retiré tout l'argent du compte et est partie le placer dans Icc Services. Le mari tomba des nues lorsque sa femme lui avoua sa gourde. On n'imagine bien la fin de cette histoire...Un mari furieux de la sournoiserie de sa femme, dépité par sa cupidité et ne sachant que faire. Le foyer est devenu un enfer, on ne se dit plus bonjour...les enfants sont déboussolés. Tout cela à cause des vendeurs d'illusions. De ces drames familiaux et individuels on en entend beaucoup –qu'ils soient avérés ou non. Mais ces témoignages et rumeurs sont le reflet d'un séisme moral profond. Les Béninois sont choqués par l'ampleur de l'audace des promoteurs de ces placements d'illusions mais surtout par la crédulité générale et la misère des esprits devant l'argent facile.

 

Réaction des autorités communautaires souhaitée

 

Devant l'ampleur de la situation, vu que le syndrome Icc Service est loin d'être un phénomène limité dans les frontières nationales, le risque que la crise du placement d'argent fasse tache d'huile au-delà du Bénin et du Togo déjà aux prises avec les placements illégaux d'argent n'est pas négligeable. La question reste aujourd'hui de savoir quelles réponses les dirigeants des diverses structures financières et bancaires, au sein de l'Uemoa et de la Cedeao, entendent apporter pour neutraliser ce syndrome financier béninois qui risque de contaminer toute la région. Peut-être que cette crise n'est que la partie émergée d' un vaste réseau d'escroquerie et peut-être de blanchiment d'argent qui a infiltré le système social, économique et financier de l'Afrique de l'ouest et du continent. Les instances africaines devraient prendre les taureaux par les cornes, par une rencontre rapide des ministres des Finances puis des chefs d'Etat pour réfléchir sur les moyens d'enrayer ce phénomène, prendre des mesures pour assainir le marché financier, en imposant des règles plus strictes à l'activité régulière de placement d'argent et en élaborant d'autres mesures pour mieux préserver l'épargne des citoyens.



Tag(s) : #DOSSIERS

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