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16/12/2013


 

 

BENIN: Tant d’espoirs dilapidés

 


Les promesses électorales n’auraient pas plus de valeur que  les illusions des marchands de bonnes paroles. Mais lorsqu’un président de la république, de surcroit en son ultime mandat, se lance dans les mêmes travers, c’est tout son régime qui est en danger.


               Danger parce que, cette fois-ci, c’est si flagrant qu’il n’y aura personne pour démentir ce que tout le monde a vu. Personne, sauf bien entendu ceux qui sont logés, payés, véhiculés, blanchis  et nourris par les soins de nos impôts pour chanter les hautes œuvres du roi. Nous avons tous vu et entendu comment soixante milliards ont été promis aux jeunes pour résoudre les problèmes de chômage, d’entreprenariat, d’insertion professionnelle… A l’arrivée, la promesse est en passe d’être oubliée. Il n’y en a pas trace dans le budget 2014 que les parlementaires devraient adopter demain.


               Idem pour la promesse des 50 milliards  faite aux vendeurs d’essence kpayo. Des 50 milliards qui devraient leur être destinés, ils ne verront goutte. Pour ces centaines de  pères et mères de  familles  venus écouter le discours présidentiel en ce mois de juin 2013, tout se solde par le néant. Le néant. Comme je l’avais dit au lendemain des déclarations présidentielles, rien n’avait été prévu pour réinsérer les vendeurs  d’essence kpayo menacés par la traque gouvernementale. Leurs activités  illicites  ont une telle importance pour le Béninois moyen que l’interdiction n’a débouché  finalement que sur l’impuissance des pouvoirs publics. Le drame, c’est qu’ayant pris les devants comme à son habitude,  le Chef de l’Etat avait décidé d’allouer 50 milliards pour enrayer le mal. Il fanfaronnait même sur l’efficacité de sa méthode en se donnant encore cinq mois pour l’éradiquer « définitivement ». Où sont donc les 50 milliards ? Non seulement, ils n’ont pas été visibles dans le budget 2013 au nom duquel l’on faisait des promesses à l’emporte-pièce devant les citoyens accourus de partout, mais encore dans celui de 2014, il n’y a rien. Strictement rien. Et nous voilà à nous demander si  le président qui parle de la restauration de l’autorité de l’Etat est le même qui a fait ces promesses que rien ne vient  concrétiser. La réalité, c’est que le gouvernement qui a fait de la lutte contre le kpayo une de ses préoccupations les plus importantes  cette année, a fini par se dégonfler. Il n’a pas eu tort. Toutes les tentatives policières ont échoué ces dernières années devant le kpayo. Cela se comprend.


Ce que l’on comprend difficilement, c’est l’Autorité nationale de lutte contre la corruption à qui aucune ligne budgétaire n’a été consacrée pour 2014. C’est d’autant plus incompréhensible que les Américains ont annoncé la semaine dernière leur intention  de ne pas renouveler le second compact du MCA du fait précisément des insuccès de la lutte anti-corruption. Pourquoi l’institution qui n’a pu bénéficier de quoi que ce soit en 2013 continue-t-elle à être tenue à l’écart avec la même constance ? Bien malin qui pourrait le dire. Ce qui est ici perceptible, c’est que cette situation intervient à un très mauvais moment.


Les Américains qui n’attendent que des signes concrets  pour accorder le second compact au Bénin  ne pourront y voir qu’une confirmation de leurs récriminations. Si l’on ajoute à ce faisceau de doutes le fait que le sénateur Allan Grayson ait formé une plainte contre le Bénin demandant  à l’administration Obama d’arrêter toute forme d’aide financière sauf cas d’urgence, du fait de la détention de l’ancien ministre Soumanou Moudjaïdou , l’on se retrouve bien en terre d’impasse. Cette attitude expose le Bénin à la perte définitive du second compact du MCA. Les Américains concluront à une absence de volonté politique sincère au sommet de l’Etat.


               Toutes ces préoccupations seront au cœur de l’adoption du  budget général de l’Etat  par le parlement demain. S’il est connu que  le PRD ne votera pas cette loi des finances, son sort n’ira certainement pas dans ce sens. La majorité de Boni Yayi pourra fonctionner. Rien à dire.


 

Par Olivier ALLOCHEME

L'Evènement Précis


  
  
Tag(s) : #EDITORIAL

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