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BENIN: Tlf… et moi…

 

vendredi 3 février 2012, par Arimi choubadé

 

 

Loin de moi la prétention de me comparer au célébrissime chroniqueur. Je me permets néanmoins de lui rendre ne serait-ce qu’une partie de ce que j’ai obtenu de lui, c’est-à-dire l’envie d’écrire des billets. Imaginez l’effet sur un journaliste débutant d’écouter régulièrement cette voix volontairement pédagogue sur une radio considérée comme l’ultime rempart contre les abus du Kérékouïsme. Du délice, les débits lyriques de Tlf sur radio Planète. Pour lui, le parler vrai et le parler juste constituent une même religion. Cela explique les rapports passionnels entre ses fans et lui, à la limite de l’idolâtrie. A l’image des tourments de cette internaute inconsolable depuis l’annonce de la disparition de son idole radiophonique qu’elle n’a pourtant jamais vu de ses yeux.
 
S’accrocher à un style, à une manière d’aborder les grands sujets de la nation et de la société, à une voix, s’apparente aussi à une espérance. Apprendre, aussi soudainement, l’extinction de cette espérance, par ces temps d’incertitude, de remise en cause, de spleen généralisé, c’est, en quelque sorte, « mourir un peu ». Plus que le deuil de la famille Tingbo, de celui de la presse béninoise, de radio Planète, du Canard du Golfe, c’est également le deuil de la libre pensée et du combat par le verbe.
 

Mais je devais parler de Tlf et de moi. La première impression personnelle que j’ai eu de lui me vient d’un autre ami et confrère, Armel Sagbo, pigiste au journal satirique Canard du Golfe et correcteur au quotidien L’Aurore où j’officiais également (1998-2000). Il m’est alors revenu que c’était un être très attachant et respectueux du talent des autres. Je ne tarderais pas à me rendre à l’évidence de ce dernier détail de ses traits de caractère. A l’époque déjà, le Canard du Golfe était perçu comme le nec-plus-ultra de la presse béninoise ; l’alliage entre l’humour et la grisaille politicienne du moment avait le don de mettre tout le monde d’accord. Je ne crois pas révéler un secret en affirmant que l’emblématique ancien ministre des Finances, Abdoulaye Bio Tchané figurait parmi les affidés du célèbre hebdomadaire. Hélas ! les implacables coups de crayon des caricaturistes, les piques sans concession, la dérision esquisse étaient loin de passionner les acteurs de la vie publique et les éventuels annonceurs. Sans oublier le point d’honneur que le Directeur de publication du Canard du Golfe, Tlf lui-même mettait à ne pas encombrer les pages de son journal avec de grotesques et vulgaires publicités. Sauf qu’un journal ne se nourrit pas de coups de crayons très inspirés, de plumes de génie ou de titrailles anecdotiques. Le Canard du Golfe devrait donc finir par disparaitre de la circulation. Echec également de l’ultime tentative de sauvetage initiée plusieurs années après la première fermeture. Peut-être son dernier combat…

 

Puis vint l’épisode des chroniques radiophoniques, la folle épopée des « c’est ce que je crois ». Il y en avait pour tous les âges, tous les grades, tous les camps, le seul critère était d’être identifié par l’auteur comme faisant partie du camp de la racaille. Mais mon bonheur fut d’entendre un matin sur la radio de Gbégamey que mon idole reprenait intégralement un de mes textes publié dans le journal Nokoué avec une dextérité spéciale. Alors que jusque-là je ne savais même pas à quoi il ressemblait. A l’entendre me citer, c’était comme si j’étais devenu l’« idole de mon idole ». Le texte débutait par un « au commencement était l’argent… ». Il exultait littéralement à l’antenne. Il devrait remettre ça quelques semaines plus tard avec un autre de mes textes. Nous voilà presque amis sans s’être jamais vus ni même un coup de téléphone. De mon côté, je ne me souviens plus du nombre de fois où je l’ai repris dans les écrits. De parfaits inconnus l’un pour l’autre qui s’estimaient autant. Mais la rencontre s’est finalement produite un jour de 2010 ; un coup de fil pour m’inviter à son domicile à Zogbo. Un échange mémorable. A la découverte de son nouveau combat pour ressusciter le Canard du Golfe. Une amitié naissante d’un court instant. Et après, la mort…

 

Le talent ne meurt jamais…

 

arimi choubadé http://arimi.freehostia.com


 


 

 
 
 
Tag(s) : #EDITORIAL

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