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Bénin : «Touche pas à ma Constitution»

 

 

Inscrit sur l’agenda des députés de l’Assemblée nationale avant d’être provisoirement retiré, le projet de révision de la Constitution du 11 décembre 1990 est très loin de faire le consensus au Bénin. Et ce n’est que pur euphémisme. Car, beaucoup de Béninois ont du mal à comprendre que le président Boni Yayi qui est arrivé au pouvoir en 2006 en faisant d’abord campagne contre la révision de la Constitution en 2005 s’acharne aujourd’hui à vouloir la réviser à son tour.

Depuis, il tente vaille que vaille d’expliquer le bien-fondé de son projet. En évoquant à l’appui qu’il a dit lors de son investiture le 6 avril 2011, juré devant le Pape Benoît XVI, donner sa parole aux présidents Barack Obama, Nicolas Sarkozy et au Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, qu’il ne sera plus candidat. Même avec ces arguments, beaucoup de membres de l’opposition politique béninoise et de la société civile n’entendent pas lui donner leur quitus. Ils ont été déjà échaudés par le scrutin douteux et controversé qui a consacré sa réélection en mars 2011. Ainsi, toutes ces forces se sont retrouvées au sein d’un creuset dénommé Front pour la sauvegarde des acquis démocratiques. Son mot d’ordre est, comme en 2005, celui des partisans de Boni Yayi: «Touche pas à ma Constitution». Lequel mot d’ordre pavoise les rues de Cotonou, la capitale du Bénin, à travers des affiches publicitaires géantes parmi lesquelles une image saisissante d’un enfant, tout en larmes, et qui exprime une façon naturelle de demander pardon pour que la constitution ne soit pas touchée.

En recevant le 28 avril dernier les membres de la Commission chargé toiletter la Constitution du Bénin, à l’occasion de la cérémonie de restitution au palais de la présidence de la République, Boni Yayi a notamment déclaré:

«s’agissant du respect de ces dispositions, c’est-à-dire la limitation de l’âge, la limitation du mandat (ndlr: la limitation de l’âge des candidats est à 70 ans et celle des mandats à deux au Bénin), je crois, c’est mon droit aussi, si on m’accuse, je dois accuser aussi. C’est-à-dire que ceux qui doutent, s’ils étaient à ma place, ils l’auraient fait. Moi je le jure».

Le président Boni Yayi a beau jurer tous azimuts, et évoquer moult raisons, c’est au peuple béninois d’en décider. Et il n’est pas question de le priver d’un référendum qui doit lui permettre de s’exprimer démocratiquement, le cas échéant. Mais pour le mouvement «Sursaut patriotique», il n’est pas question de faire une quelconque révision constitutionnelle avant 2016, c’est-à-dire avant le départ du pouvoir du président Boni Yayi à la fin de ses deux mandats constitutionnels. Antoine Détchénou, le président du Front pour la sauvegarde des acquis démocratiques dont le mouvement «Sursaut patriotique» fait partie intégrante en appelle aux Béninois:

«Ne l’oublions pas. On ne refonde pas un pays à coup de décret et en brouillant une Constitution. La création échappe à toute décision de quelque pouvoir que ce soit. La loi par laquelle la culture d’un peuple se recrée et se renouvelle est une loi de fidélité, fidélité à des valeurs qui constituent la substance même du Peuple. Non ! Un pouvoir corrompu, qui a bouleversé et anéanti toutes nos valeurs pour y installer des contre-valeurs destructrices de tout tissu social, ne peut prétendre refonder le pays. Nous devons nous dresser contre cette supercherie dont la réforme constitutionnelle proposée n’est qu'une illustration».

Le débat sur l’opportunité ou non de la révision de la Constitution n’est, sans doute, pas clos. Les passions qu’il suscite sont à la hauteur des enjeux. Et chacun y va de sa méthode. Pourvu que la démocratie béninoise en sorte grandie.

 

Marcus Boni Teiga

 

 
 
 
 
 
Tag(s) : #EDITORIAL

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