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BENIN: Tout tropicaliser, y compris la liberté d’expression…

  

 

lundi 19 décembre 2011

 

par Arimi choubadé

 

 

Être journaliste au Bénin ! Gros sujet de dissertation depuis les radiations définitives de la presse de fin 2011. Les juristes ne sont pas encore parvenus à nous expliquer si Takou et son compagnon de malheur pourraient jamais exercer en tant que journaliste dans d’autres pays. Question également sur la portée internationale de ce conclave à la béninoise composé aux deux tiers de politiciens (un tiers coopté par l’Assemblée nationale et un autre tiers par le Gouvernement) et qui se donne pour compétence de décider de qui peut exercer ou non le métier. Selon le principe que les choses ne devraient jamais se faire sous les tropiques exactement comme cela se fait partout ailleurs, le « berceau » de la démocratie en Afrique a cru inventer la « tutelle à la liberté d’expression » ou plutôt la « tutelle du journalisme ». Le célébrissime génie béninois est passé par là.

Si partout dans le monde dit libre, en France, en Grande Bretagne, aux Etats-Unis et autres, la répression des délits de presse relève essentiellement des tribunaux de droit commun, au Bénin, ici, sous les tropiques, il a fallu en rajouter une juridiction spéciale avec une procédure non moins spéciale, des peines spéciales voir des textes spéciaux. Une tropicalisation démocratique notamment en matière de liberté d’expression dont le Bénin détient, encore une fois, le rôle de pionnier. En effet, avant la conférence nationale de février 1990 de Cotonou et la constitution de décembre 1991 personne n’a entendu parler de Haute Autorité de l’Audiovisuelle et de la Communication (Haac). Une institution devenue en l’espace de quelques années la chose la mieux partagée des démocraties naissantes en Afrique francophone, particulièrement. Avant cette expérience béninoise, personne ne savait comment élaborer une camisole de force à la presse de façons légale sans déclencher l’ire des droits de l’hommistes.

 

Au bout de deux décennies on peut apprécier les exploits de cette nouvelle trouvaille sur la tropicalisation de la liberté de presse. Désormais les fermetures de radio, de journaux ou de télévision ainsi que les interdictions d’exercer à l’encontre de journalistes dans des pays comme le Togo, le Congo, la Côte d’Ivoire ne provoque plus autant d’émoi qu’avant l’ère des systèmes de régulations de médias versus Haac béninoise. Les gouvernements n’ont plus besoin de se mouiller directement dans ces affaires puisque les instances dites de régulation « constitutionnalisées » se chargent, avec brio, du sale boulot. Personne ne saurait douter de la pertinence de la tutelle constitutionnelle sur la presse parce qu’elle puise son origine au pays inventeur de la conférence nationale et des transitions démocratiques pacifiques en Afrique. Rien que cela. Tant mieux si le journaliste est à la fois assujetti aux lois pénales sanctionnant les délits de presse devant les tribunaux, au code de la déontologie et de l’éthique devant la juridiction des paires à savoir l’Observatoire de la déontologie et de l’éthique dans les médias (Odem) et aux rodomontades médiatiques des juges spéciaux dont 3 sont nommés par le gouvernement, 3 autres désignés par le parlement et les 3 restants élus par les professionnels des médias. Une triple juridiction dont le principal résultat est l’affirmation de la puissance des politiciens sur l’exercice de la liberté d’expression.

 

De sorte que ces Etats-là échappent totalement au principe d’universalité caractéristique de la quête d’expression libre. La fiction juridique qui consacre un rôle de quatrième pouvoir à la presse ne semble d’aucune utilité dans ces espaces. Le véritable quatrième pouvoir devient tout simplement l’instrument spécial chargé de réprimer les journalistes. Instrument détenant à lui tout seul à la fois des prérogatives législatives à travers ses propres règles imposables à tous, des prérogatives judiciaires à travers les auditions et les prononcés de verdict, des prérogatives réglementaires à travers la prise de mesures conservatoires en attendant peut-être des ordonnances d’arrestations ou de privations de liberté aux contrevenants.

 

C’est la liberté d’expression version africaine et d’origine béninoise…

 

arimi choubadé http://arimi.freehostia.com

 

Réaction du Patronat National de la Presse du Bénin (PNPB)

 

vendredi 16 décembre 2011

 

par Arimi choubadé

 

 

PATRONAT NATIONAL DE LA PRESSE DU BENIN (PNPB) Communiqué de presse

 

Une actualité secoue actuellement le monde des médias depuis les décisions de la HAAC de décembre dernier. A l’issue des audiences publiques plusieurs organes de presse et des professionnels des médias ont été sanctionnés. Des sanctions particulièrement lourdes qui ont mis en émoi l’opinion publique nationale et internationale. Le Patronat National de Presse du Bénin (PNPB) a été frappé de plein fouet par certaines de ces décisions puisque son président, Aboubakar TAKOU s’est vu radié de la profession et déclaré à jamais incapable de gérer un organe de presse en République du Bénin ; son journal Le Béninois Libéré a été également définitivement suspendu. Le bureau exécutif du PNPB constate que le nouveau statut du président du PNPB découlant de ces condamnations l’empêche de continuer à poursuivre son mandat à la tête de l’organisation de promoteurs d’organes de presse ; une organisation qui est ainsi décapitée et sérieusement déstabilisée. La disparition du journal Le Béninois Libéré constitue un coup dur pour l’ensemble de la communauté des éditeurs de presse du Bénin mais également pour l’exercice de la liberté d’expression. Cela consacre la réduction de l’espace médiatique et prive par la même occasion tous les acteurs sociaux d’un canal d’expression ayant longtemps servi à l’animation de la vie sociale du Bénin depuis sa création il y a plusieurs années. Cette décision interpelle également tout le patronat béninois puisque c’est une entreprise qui vient d’être rayée définitivement sans que toutes les conséquences de droit n’aient été explorées notamment par rapport aux engagements contractuels de Le Béninois Libéré aussi bien avec ses partenaires extérieurs qu’avec ses travailleurs tous lésés par ces décisions de la HAAC. Le bureau du PNPB exprime ses vives préoccupations face aux conséquences de ces décisions sur l’image du Bénin en matière d’exercice de la liberté d’expression. Nous profitons donc de cette occasion pour lancer un appel à tous les éditeurs, les promoteurs d’organes de presse, les chefs d’entreprises, à tous les démocrates et tous les acteurs sociaux de se montrer vigilants en vue de la préservation des acquis en matière de liberté d’expression et d’entreprise au Bénin. Le respect des libertés fondamentales sont non négociables. C’est pour cela que nous demandons à tous nos militants de rester sereins et mobilisés pour les actions conséquentes à venir face à la situation.

 

Cotonou le 14 décembre 2011

 

Le Président par intérim

Arimi CHOUBADE

 

 



 
 
 
Tag(s) : #EDITORIAL

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