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BENIN: Un requiem dans le flou, le mystère et la confusion…

 

 

lundi 28 novembre 2011

 

 

par Arimi choubadé

 

 
Quatre personnes dont une enceinte, décédées en réunion, en une nuit, à leur domicile, au bout d’une exceptionnelle saga pour la survie de 72 heures (près d’un mois de coma pour le survivant momentané), dans un pays dit de droit, sans raison, sans indices, sans conclusion et sans vérité. Jean-Christophe Houngbo, inhumé à la suite de tous ces autres compagnons de fortune, le 26 novembre 2011 a emporté son secret dans la tombe. Flou, mystère, confusion, non-dit, pagaille, négligence voire impasse autour d’une pareille épouvante sur tout un foyer. Depuis lors, plane sur toute la corporation une lourde atmosphère de gêne, de peur, de suspicion que plus personne ne peut cacher bien longtemps.
 
Avons-nous suffisamment fait pour lui et ses compagnons de drame dans la manifestation de la vérité ? Jean-Christophe n’aurait jamais accepté la résignation si l’un parmi nous avait succombé ainsi.
 

Ce n’est certainement pas assez, pour les professionnels des médias, d’avoir été capable d’un des élans de solidarité les plus extraordinaires durant le combat de leur ami contre la mort puis lors des obsèques des décédés. Mais, les journalistes ne sauraient porter à eux seuls le poids du déni de justice dont a été victime cette famille exterminée. A la décharge des hommes de la presse toutes les émissions télé et radios, les billets dans les journaux et les démarches plus ou moins officielles des associations de professionnels des médias. Un creuset a d’ailleurs lancé plusieurs initiatives à travers des communiqués et des conférences de presse interpellant les autorités en charge des enquêtes. Ceci au nom du droit à l’information des citoyens qui attendent légitimement de connaitre la vérité sur les résultats des investigations de la justice. Mais en face, gendarmerie, police, parquet, ministère de la justice, ministère de l’Intérieur se sont murés dans une inaction déconcertante.

 

Ceux qui s’émeuvent de la prétendue apathie de la presse béninoise devraient savoir que les investigations d’un journaliste n’ont rien à voir avec une enquête judiciaire. Nos indices sont connus de tous : les derniers appels de notre confrère avant le drame ; les doutes sur la réalisation des autopsies ; le flou autour de la localisation du fœtus extrait du ventre de l’épouse de notre confrère ; les restes d’aliments prélevés qui n’auraient pas été testés faute de réactifs ; les lieux du drame abandonnés à toutes les manipulations possibles ; une procédure abracadabrante sans oublier les nombreux autres ratés à l’origine des interrogations restées sans suite. Plusieurs journalistes se sont émus que bien que morts en réunion les victimes aient été enterrées séparément. L’épouse décédée a laissé un enfant vivant issu d’un premier ménage qui n’aura pas l’opportunité de voir les dépouilles de sa mère et de ses autres frères inhumées en un même endroit. Le but de la manœuvre n’est pas de voir quelqu’un en particulier être pendu pour la mort de Jean-Christophe, de son épouse, de son enfant et de sa belle sœur. Mais, toute la société béninoise a besoin de comprendre comment on peut mourir et être enterré dans la pagaille générale. Au parquet de dire aux citoyens grâce à qui on paie les salaires des magistrats qu’il s’agit de morts naturelles ou provoquées. Plutôt que ce fétichisme d’un autre âge (même si nous sommes au pays du vaudou et des mystères), ces silences indécents et les faux-fuyants aux relents politiciens.

 

Malheureusement, après ces constats faits, les confrères de Jean-Christophe ne sauraient agir sans l’onction des familles des victimes. On en est arrivé à une situation où les journalistes en quête de vérité sur cette affaire se retrouvent pratiquement en antagonisme avec certains parents des victimes qui semblent se satisfaire de l’absence de justice et de vérité. Au grand bonheur de l’appareil judicaire complètement décrédibilisé et dont l’unique espoir est l’oubli, une fois les macchabés mis en terre.

 

Pas si sûr qu’on en reste là…

 

arimi choubadé http://arimi.freehostia.com

 



 

 
 
 
Tag(s) : #EDITORIAL

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