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BENIN : Yayi veut bel et bien créer une nouvelle République pour s'éterniser au pouvoir



24 juin 2013 par 



Les Béninois ne doivent pas se leurrer. Yayi veut bel et bien créer sa nouvelle République pour se maintenir au pouvoir. Sa machine à réviser la Constitution béninoise du 11 décembre 1990 pour qu’il en soit ainsi est lancée. L’IMC-Yanayi du ministre Benoît Dègla a donné le ton de ce que préparait le prince de Tchaourou depuis des lustres.

Réviser la Constitution pour créer une Nouvelle République. Le Président Boni Yayi en a fait un défi. Il suffit de se référer à son discours de déclaration de candidature pour la présidentielle de 2011 prononcé le 29 janvier 2011 au Stade de l’Amitié de Cotonou pour s’en convaincre.
A l’époque, les termes utilisés par le Chef de l’Etat étaient assez clairs. Partant du fait que « Personne ne peut raisonnablement mettre en doute les grands mérites de notre Constitution de décembre 1990 », le Président Boni Yayi avait mis l’accent sur la nécessité de la réviser au motif que cette loi a révélé certaines insuffisances qu’il conviendrait de combler. Au nombre de ces insuffisances, le Président Boni Yayi a cité, entre autres, l’inexistence d’une Cour des comptes qui constitue aujourd’hui une exigence découlant des engagements internationaux du Bénin, l’absence de dispositions spécifiques pour prémunir notamment des blocages des actions de développement de notre Nation… Poursuivant ses observations, le Chef de l’Etat a fait savoir que « Notre loi suprême devrait aider à mieux assurer l’Etat de droit, raffermir l’autorité de l’Etat, garantir les libertés, moraliser la vie publique et sécuriser notre démocratie, donner plus de crédit à notre justice, consolider et élargir les bases de la souveraineté du peuple ». L’alibi est ainsi trouvé pour toucher à tout prix à la loi fondamentale qui a régi notre pays depuis 1990. Et contrairement à ce que nous font croire certains courants, la révision de la Constitution qu’envisage le Président Boni Yayi débouchera bel et bien sur la création d’une nouvelle République. Ceci, pour combler un rêve.


Une nouvelle République pour combler un rêve


Nous n’inventons rien. Boni Yayi ne l’a pas caché. Dans son discours du 29 janvier 2011, le Président Boni Yayi s’est fait on ne peut plus clair. « La révision de la Constitution est envisagée dans le sens du renforcement de l’Etat de droit et des bases légales de notre système démocratique, en vue d’instituer un Etat plus juste, équitable, fondé sur le respect des libertés démocratiques et sur les valeurs citoyennes en même temps qu’elle valorise une plus grande participation des populations au processus de prise de décision notamment dans l’élaboration des normes législatives. Elle renforcera les attributs des institutions de contre-pouvoir en offrant la possibilité de conduire un train de réformes en vue d’une meilleure gouvernance des affaires démocratiques, politiques et sociales », a dit le Chef de l’Etat. Plus loin, il ajoutera de façon claire et précise ceci : « Ma vision appelle la refondation de la République sur laquelle j’engagerai de grandes réflexions avec toutes les composantes de la Nation, une Nouvelle République, dans laquelle les pouvoirs s’équilibrent et les institutions convergent dans leurs efforts vers la satisfaction des besoins essentiels du peuple. Cette Nouvelle République qui opte de façon déterminée pour la prospérité, l’émergence économique et le perfectionnement intellectuel et moral de ses fils ». Sa conviction est que cette Nouvelle République fera germer la Nation émergente qui constitue son rêve… Ceux qui disent que le Président Boni Yayi a promis au Pape Benoît XVI, à Obama et à d’autres personnalités qu’il partira en 2016, fin de son second quinquennat, se leurrent donc. D’ailleurs en politique, il n’y a pas de vérité absolue. Seules les circonstances déterminent les vérités du moment.


Jusqu’au bout

La cause risque bien d’être entendue puisque le Chef de l’Etat pose ses pas avec assurance. A l’Assemblée Nationale, il s’est battu pour avoir une majorité parlementaire qu’il tient de main de fer. Même le Président Mathurin Coffi Nago qui vient de lui adresser une lettre par laquelle il approuve le projet de révision de la Constitution tel qu’il est introduit à l’Assemblée Nationale n’échappe pas au contrôle du Chef de l’Etat. Des indiscrétions annoncent d’ailleurs que cette majorité serait prête à accompagner son projet de révision de la Constitution du 11 décembre 1990. La preuve est qu’elle a tout fait pour rendre disponible la loi référendaire qui permettra au Président Boni Yayi de recourir à la consultation populaire s’il était bloqué dans son projet. Outre l’Assemblée Nationale, le Président Boni Yayi a réussi à se tailler une Cour Constitutionnelle sur mesure sur laquelle il peut compter. Parallèlement à ces options faites, des comptes sont en train d’être actuellement réglés avec tous ceux qui ont osé convaincre le prince de Tchaourou du contraire par rapport à ce projet de révision de la Constitution. Patrice Talon et d’autres opérateurs économiques sont contraints à l’exil. Charles Toko a appris à ses dépens qu’on ne contrarie pas Yayi sur ce qu’il veut. A qui le tour ? Bien difficile de répondre à cette interrogation.


Il y a danger devant

Une chose est claire. La révision de la Constitution du 11 décembre 1990 telle qu’elle est envisagée par le Chef de l’Etat constitue un danger pour la jeune démocratie béninoise. En réalité, elle constitue une remise en cause des grandes orientations de la conférence nationale. Sans toucher aux articles relatifs à la limitation du nombre de mandat et aux conditions d’âge, on peut bien créer une Nouvelle République. C’est l’avis de plusieurs juristes de haut rang au nombre desquels figurent le Professeur agrégé Joseph Djogbénou. C’est d’ailleurs conscient de cette réalité que le Chef de l’Etat n’a pas pris le risque de renouveler sa confiance à Me Robert Dossou qui pourrait constituer pour lui un obstacle majeur.


La stratégie des marches


Le Chef de l’Etat a bien huilé sa machine. Sa stratégie consiste à susciter des marches, des meetings et des déclarations de presse favorables à la création d’une nouvelle République telle qu’il l’a envisagé dans son discours du 29 janvier 2011. L’IMC-Yanayi du ministre Benoît Dègla a donné le ton. Certains leaders politiques de la mouvance présidentielle seraient déjà instruits pour emboîter les pas à l’IMC-Yanayi. La nouvelle République doit naître à tout prix. Les chefferies traditionnelles et les roitelets ne seront pas du reste. Ils seront mis à contribution. Cela ne devrait pas surprendre puisqu’on a déjà vu dans ce pays des rois et têtes couronnées d’Abomey danser pour Yayi.


Affissou Anonrin




  
 
  
  
Tag(s) : #Politique Béninoise

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