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26-05-2010

 

Clichés sur le vote du sang au Bénin

 

Écrit par Ali idrissou-Touré, Journaliste indépendant

 

 

Beaucoup de Béninois, en particulier dans le sud de notre pays, affirment trop souvent rapidement : ‘’Le vote du Nord-Bénin a toujours été un vote du sang’’ pendant les élections présidentielles.

 

 

Si cette expression signifie que les gens votent pour le ‘’fils du terroir’’, alors, les populations de toutes les régions du Bénin votent pour le ‘’sang’’ car le premier tour du scrutin présidentiel a toujours été globalement un vote ethnique ou régionaliste partout dans le pays. Et les résultats des élections présidentielles, de 1991 à 2006, ne le démentiront pas, mais les choses changent au second tour en fonction de plusieurs facteurs variés.

Toutefois, certains faits de l’histoire politique récente du Dahomey devenu Bénin, devraient être portés à la connaissance des citoyens, notamment des jeunes, afin de les aider à abandonner certaines idées reçues devenues comme des clichés utilisés à tort et à travers sans la moindre nuance. Par exemple, Michel Ahouamènou, originaire de Porto-Novo, qui était instituteur à Kandi (nord-est du Dahomey) dans les années 1940, avait été massivement élu en 1946 dans cette localité comme l’un des conseillers territoriaux du Dahomey admis à siéger au Conseil général de l’ex-Afrique occidentale française (AOF) à Dakar, au Sénégal.

La création de ce Conseil général, au milieu des années 1940, constituait une première réforme territoriale des anciennes colonies françaises, avant la Loi-cadre de 1956 du député Gaston Defferre, ministre de la France d’outre-mer, qui était la seconde étape importante des relations entre la métropole et ses colonies avant le référendum de 1958 et les indépendances de 1960. Entré en politique grâce au vote des populations de Kandi, Michel Ahouamènou sera ministre dans le gouvernement du premier président Hubert Maga, de 1960 à 1963.

 


Ahomadégbé et ses inconditionnels soutiens du nord du pays

 

Par ailleurs, depuis les premières élections de la veille des indépendances jusqu’après 1960, le parti UDD (Union démocratique du Dahomey) de l’ancien leader politique originaire d’Abomey, Justin Tomètin Ahomadégbé, a toujours eu ses adeptes inconditionnels dans le nord du pays, en particulier dans trois villes considérées à l’époque comme les principaux centres politiques névralgiques du Nord-Bénin. A Parakou, dans le Borgou (nord-est du pays), le représentant du président Ahomadégbé a toujours été l’ancien instituteur bien connu et respecté Mohamed Batoko qui mobilisait une importante frange de l’électorat de certains quartiers identifiés comme pro-Ahomadégbé.

C’était la même situation à Kandi, dans l’Alibori (nord-est), avec comme représentant du président Ahomadégbé, l’ancien commis d’administration bien respecté, Souaïbou Rouga, qui était également le chef de la communauté des Peuls de Kandi. Il drainait avec lui tout le quartier des bouchers qui étaient toujours prêts à en découdre, même dans la violence à l’époque, avec les partisans majoritaires du président Maga.

 

A Djougou, dans la Donga (nord-ouest), le représentant bien connu et respecté du président Ahomadégbé dans les années 1960, était Tahirou Congacou qui fut président de l’Assemblée nationale de 1964 à 1965, puis ministre des Affaires étrangères et enfin président intérimaire de la République du 29 novembre 1965 au 22 décembre 1965. Tous ces leaders régionaux et leurs partisans étaient restés fidèles au président Ahomadégbé jusqu’ à sa sortie de la scène politique. Et ils n’offraient pratiquement rien à leurs partisans locaux. Et puis, les distances entre ces trois villes sont énormes, contrairement aux gens qui croient encore que le Nord est un ‘’gros village’’ où tout le monde se connaît : Par exemple, c’est 215 kilomètres entre Parakou et Kandi, dans l’ancien département du Borgou.

 

Des réflexes de survie

 

La fidélité de ces leaders régionaux à Ahomadégbé, comme le témoignent aujourd’hui d’autres hommes politiques qui les avaient bien connus à l’époque, reposait plutôt sur des convictions nées d’une amitié solide. Aujourd’hui, affirme un ancien ministre des années 1960, ‘’nous sommes écœurés et indignés d’apprendre que les politiciens achètent la conscience des électeurs partout dans le pays. Si les Blancs faisaient ainsi, est-ce que leurs pays se seraient développés comme ils le sont aujourd’hui?’’, demande-t-il. Par exemple, au cours de la campagne pour l’élection présidentielle de 2006, le candidat qui aurait retiré le plus d’argent des banques béninoises, aurait déboursé au moins 800 millions de francs CFA pour la conquête de l’électorat du seul Nord-Bénin. Pourtant, il n’était même pas au second tour. Ce qui signifie que les électeurs ne sont pas bêtes et qu’ils ont des paramètres pour les guider dans le choix de leurs candidats.

 

Mais, à propos de paramètres, je préfère citer des extraits de cette réflexion menée par Olivier Lucien Guèkpon, expert consultant en communication et stratégies politiques, dans une chronique publiée dans ‘’La Nouvelle Tribune’’ du 26 mars 2010.

 

Selon lui, ‘’il faut avoir à l’esprit que la scène politique se trouve pratiquement au Sud et est plutôt largement animée par les hommes politiques du Sud’’. Guèkpon ajoute : ‘’Le Nord et ses alliés des Collines se comportent en l’occurrence comme des minorités et ont des réflexes de survie de toutes les minorités: le resserrement des liens communautaires. D’où leur tendance à se regrouper derrière un seul leader et à toujours voter utile là où leurs congénères du Sud éparpillent leurs voix entre plusieurs leaders sous-régionaux’’.

 

Ali idrissou-Touré,

Journaliste indépendant



Tag(s) : #Politique Béninoise