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18/08/2014

 


DEBAT AU SEIN DE LA MAJORITE SUR LA REVISION DE LA CONSTITUTION EN RDC : Que peut-on attendre des acteurs ?

 

 


La mouvance présidentielle en République démocratique du Congo (RDC) devrait prochainement se réunir autour de la question de la révision de la Constitution à la demande du Parti MSR (Mouvement social pour le renouveau) qui dit vouloir connaître clairement la position du chef de l’Etat, Joseph Kabila, sur la question. Détail et non des moindres, le président Kabila devrait prendre part à cette réunion, pour donner himself sa position dans ce débat. C’est du moins ce que réclame le MSR. En rappel, des partisans du président Kabila appellent, comme on le sait, à réviser la Constitution pour sauter le verrou limitatif du nombre de mandats présidentiels consécutifs. Ce, dans l’optique de permettre à leur mentor de briguer un autre mandat en 2015, alors qu’il aura déjà épuisé les deux mandats que les termes des dispositions actuelles de la Constitution lui permettent.

 

Kabila s’est muré dans un silence quant à ses desseins

 

Cette rencontre, faut-il le souligner, se tiendra dans un contexte où les velléités de révisions constitutionnelles du genre battent leur plein en Afrique. En effet, que ce soit au Congo voisin, au Burkina Faso ou au Burundi, la volonté des chefs d’Etat de s’accrocher au pouvoir, ne fait plus vraiment mystère. Et leurs partisans multiplient les déclarations et autres initiatives dans ce sens, mettant en péril la paix et la stabilité dans ces pays. Ce débat au sein de la mouvance présidentielle en RDC interviendra également à la suite du sommet Etats-Unis/ Afrique qui a réuni à Washington de nombreux chefs d’Etat du continent noir, autour de l’hôte de la Maison Blanche. En rappel, pour les défenseurs de la démocratie, les fruits n’ont pas tenu les promesses des fleurs lors de ce sommet. En effet, les tripatouilleurs de Constitutions qui foisonnent sur le continent africain, n’ont pas été suffisamment mis en garde comme les démocrates du continent s’y attendaient. Au contraire, bien des partisans du pouvoir à vie en sont sortis ragaillardis, du fait de cette mollesse de l’Oncle Sam face à leurs desseins monarchiques.


Requinqués par l’honneur qui leur a été fait par la plus grande puissance au monde, qui leur a déroulé le tapis rouge, et son quasi silence face à leurs dérives, les partisans du pouvoir à vie, qui se demandaient à quelle sauce ils allaient être mangés à Washington, ont tôt fait de reprendre leur marche triomphale sur le chemin de la patrimonialisation du pouvoir. Bien entendu, leurs opposants et tous les partisans de l’alternance n’entendent pas se laisser conter fleurette. Les débats sont de plus en plus houleux dans les pays concernés. En RDC où Kabila, comme certains de ses pairs, s’est muré dans un silence quant à ses desseins, la nouveauté est cet appel au débat sur la question au sein même de la mouvance présidentielle. A priori, ce débat est une bonne chose. Il est heureux en effet, qu’à l’interne, les composantes de la mouvance présidentielle provoquent un débat qui, on l’espère, sera contradictoire sur une question aussi essentielle que celle de la révision constitutionnelle controversée. On imagine bien qu’il sera question de l’opportunité d’une telle révision et le cas échéant, du mode opératoire.


Il serait bien que chacun des protagonistes puisse dire ce qu’il pense au fond de lui-même, y compris Kabila. Et c’est là justement que le problème se pose. Une participation de Kabila à cette rencontre partisane, alors qu’il incarne l’unité nationale, est de nature à biaiser les conclusions qui pourraient en découler. Sa simple présence risque de donner une grande envergure à des décisions qui ne sont pourtant que celles d’un camp, la mouvance présidentielle. Et pour ce qui est des débats préalables à la prise de ces décisions, force est de constater qu’ils ne seraient pas simples.

 

Le débat annoncé n’aura un intérêt réel que si le MSR est opposé au tripatouillage de la Constitution

 

Les composantes individuelles ou organisationnelles de la majorité présidentielle, qui seraient opposées à la modification constitutionnelle projetée, auront-elles le courage de leurs idées face à Kabila ? Pourront-elles lui dire leurs vérités comme on le dit ?


Il est permis d’en douter, tant en Afrique, le chef de l’Etat est un « dieu » qui ne supporte pas la contradiction et qui a tous les moyens de torpiller ses contradicteurs. En effet, la crainte de mesures de rétorsion que pourrait prendre le chef de l’Etat et son premier cercle d’inconditionnels à l’encontre des voix discordantes, pourrait contraindre certains à avaler leur langue. Ce débat semble, de ce fait, parti pour échouer, si tant est qu’il se voulait contradictoire. C’est ce qui fait penser qu’il s’agit juste d’une mise en scène. En effet, la volonté de Kabila de demeurer au pouvoir, même s’il ne l’a pas encore dit de façon explicite, est perceptible, rien que dans son silence sur cette question qui attise les tensions dans le pays. De plus, Kabila fait partie de ces chefs d’Etat africains pour qui le tripatouillage des textes de lois en leur faveur est un mode de gouvernance. Il suffit de se rappeler comment sa majorité a vidé la loi électorale de son intérêt, en ramenant l’élection présidentielle à un seul tour, dans le but inavoué d’éviter d’être confronté à un challenger devant qui il ne ferait pas le poids s’il devait y avoir un second tour« Qui vole un œuf volera un bœuf », et « l’appétit vient en mangeant », dit-on. Kabila qui a changé le code électoral à son avantage, n’hésitera pas à réviser la Constitution pour prolonger son bail au sommet de l’Etat. De ce fait, ce débat au sein de la mouvance présidentielle pourrait relever de cette indigne tradition de vastes mises en scène dans les « dictatures enrobées », pour faire croire que la modification de la Constitution est faite parce que le peuple le demande et non parce que le président veut rester au pouvoir. Il ne serait donc pas surprenant qu’au sortir de la réunion annoncée, on ait droit à une motion de soutien au projet de révision de la Constitution, pour permettre à Kabila de se mettre sur la ligne de départ de la prochaine présidentielle qu’il remporterait sans coup férir, étant entendu qu’en Afrique, on n’organise pas une élection pour la perdre.


C’est dire que le débat annoncé n’aura un intérêt réel que si le MSR est opposé au tripatouillage de la Constitution au profit de Kabila, et est prêt à tenir, quelles que soient les mesures d’intimidation et de répression qui seront dirigées contre ses militants. Si cela s’avérait, on peut penser que l’opposition trouverait là un allié important et que Joseph Kabila aurait du souci à se faire. Une voix discordante au sein de la mouvance présidentielle ferait inévitablement l’affaire des partisans de l’alternance. Déjà qu’il a été élu sans gloire en termes de suffrages lors de la dernière présidentielle, les marges de manœuvres de Kabila s’en trouveraient réduites tant au parlement que du côté des populations. En d’autres termes, une tentative de sauter le verrou constitutionnel limitatif du nombre de mandats présidentiels, qui lui interdit de se présenter à la prochaine élection présidentielle, serait, dans ce cas de figure, une mission périlleuse pour Kabila, que ce soit par la voie parlementaire ou par la voix référendaire. L’espoir qu’une partie de la mouvance s’inscrive dans cette dynamique est certes mince, mais sait-on jamais ! Il faut l’espérer pour le salut de la démocratie vraie en RDC et par effet domino, en Afrique.

 

Source : « Le Pays »

 

 

 
  
  
Tag(s) : #Politique Africaine

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