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02 août 2010

 

Du Dahomey au Bénin: de 1960 à ce jour, vague d’alliances sur fond de crise politique

 

Écrit par Euloge GANDAHO

 

1er Août 1960, 1er Août 2010, le Bénin célèbre le cinquantenaire de son accession à la souveraineté nationale. Le parcours a été long, difficile, parsemé d’embûches. Mais c’est aussi une histoire riche et passionnante pour le pays depuis sa colonisation par la France, les résistances à l’administration coloniale, les stratégies de lutte qui ont conduit à la création du 1er parti politique de l’époque, l’Union Progressiste Dahoméenne (UPD) dont le congrès constitutif se réunit à Cotonou les 05, 06 et 07 avril 1947. La volonté des dahoméens de prendre en main leur destin, les luttes et les sacrifices consentis pour se libérer du joug colonial n’ont pas enregistré que des succès. Il y a eu certes l’indépendance en 1960. Mais une analyse minutieuse de cette histoire émouvante, montre bien qu’il y a eu de très nombreuses alliances contre nature, l’instabilité politique pendant des décennies et surtout des problèmes sociaux-économiques.

  

Ce qui est considéré comme des succès pour le Bénin a été très tôt noyé dans des luttes de personnes et d’intérêts et moins d’initiatives qui n’ont pas permis au Dahomey d’alors, Bénin d’Aujourd’hui, de pouvoir avancer ou de progresser. C’est vrai que le coup d’Etat du 26 octobre 1972, la période révolutionnaire, les gouvernements dirigés par Mathieu Kérékou, la Conférence nationale de Février 1990, la nouvelle Constitution dont le Bénin s’est doté ainsi que la voie de la démocratie sur laquelle il s’est engagé, sont venus mettre un frein à la création touts azimuts des alliances contre nature dont plusieurs ont fini par voler en éclats. C’était la fin du festival des putschs dont les leaders politiques Kouandété, Hubert Koutoukou Maga, Sourou Migan Apithy, Ahomadégbé Justin Tométin et Emile Derlin Zinsou étaient les véritables maîtres d’œuvre.

Pour mémoire, on retient entre autres : le Parti du Renouveau Démocratique (PRD) de Sourou Migan Apithy, le Groupement Ethnique du Nord (GEN) créé par Hubert Maga qui devient plus tard Mouvement Démocratique du Dahomey (MDD) puis par la suite Rassemblement Démocratique du Dahomey (RDD). Justin Tométin Ahomadégbé, pour sa part, va transformer le Bloc Populaire Africain (BPA), une extension du Bloc Populaire Français de Schumann auquel il appartenait, en Union Démocratique Dahoméenne (UDD) section territoriale du Rassemblement Démocratique Africain (RDA).

Dans la course donc aux alliances ou aux contre alliances, on pouvait observer par exemple : UDD Convention (Zinsou) et Union des Indépendants du Dahomey (Paul Darboux) etc… Mais il faut également préciser qu’il y avait en 1958, le Front d’Action Démocratique (FAD) constitué des partis politiques non représentés au gouvernement du Prd de Apithy, le Rassemblement Démocratique Africain (RDA) du leader ivoirien Félix Houphouët Boigny. En opposition au RDA, s’est formé à Dakar le Parti du Regroupement Africain (PRA) sous l’impulsion de Léopold Sédar Senghor.

C’est pour dire que dans cette quête permanente du pouvoir et la préservation de leurs intérêts, ces partis politiques créés à l’époque au Dahomey, se sont affiliés à l’un ou l’autre de ces grands regroupements politiques au plan continental ou plutôt sceller avec eux de nouvelles alliances. Tout ce tableau qui a été présenté fait apparaître une farouche volonté de conquête du pouvoir des leaders politiques du Dahomey. Cela a longtemps occasionné des conflits et des blocages aux plans économique et social dans le pays. Mais à l’origine de ces conflits et crises, il faut citer, les réformes qui ont suivi la fin de la guerre et qui ont réservé une large place aux territoires d’Outre-mer dans les Assemblées lors des élections aux deux constituantes de 1946. On ne doit pas également occulter la Loi N° 56-619, du 23 juin 1956 connu sou le nom de loi cadre Gaston Defferre, dotant les territoires d’Outre-mer de l’autonomie interne. Elle constitue l’une des sources principales de nombreuses crises observées et surtout de la fracture profonde de l’espace politique.

Les années 50 et 60 ont été donc sérieusement marquées par cette instabilité dans bien de domaines. Et comme nous l’avons souligné, le coup d’Etat du 26 octobre 1972, la nouvelle idéologie prônée ou instituée par le régime révolutionnaire avec à sa tête le Général Kérékou ainsi que les changements opérés n’auront pas fondamentalement modifié les données. Il y a eu certes, l’arrêt des coups d’Etat, et l’instauration d’un parti unique, le Parti de la Révolution Populaire du Bénin ( PRPB). Plus de créations anarchiques d’autres partis politiques et plus d’alliances bizarres comme par le passé. Mais cette option, les abus et les problèmes de mauvaise gestion des affaires de l’Etat qui s’en sont suivis ont eu très tôt raison du zèle ou de la fougue des révolutionnaires.

Quant au processus démocratique en cours au Bénin depuis les années 90, il fut marqué par une période de stabilité au départ ou surtout les premières années où les acteurs politiques et ceux de la société civile étaient réellement animés d’une volonté de changement. Mais depuis les données ont changé et on peut, sur la base des difficultés auxquelles le Bénin est aujourd’hui confronté, dire que le multipartisme intégral consacré par la Constitution du 11 Décembre 1990, n’a pas fait que du bien pour le pays.

Intéressons-nous aux plus récentes alliances ou aux regroupements politiques qui ont retenu l’attention.

Mathieu Kérékou qui est revenu aux affaires en 1996 à la suite de l’échec aux élections du Président Nicéphore Soglo a bénéficié d’un second mandat (2001-2006) avant de connaître une fin très difficile due à la guerre de leadership, les querelles de personnes et les conflits d’intérêts qui ont miné l’Union du Bénin du Futur (UBF) qu’il a contribué à mettre en place pour soutenir son pouvoir. L’UBF lui a malheureusement fait connaître les pires ennuis, a fini par voler en éclat, avant le départ du Général Kaméléon des affaires.

Nous vivons aujourd’hui également les mêmes problèmes avec quelques nuances sous le règne du Président Boni Yayi. Car il n’y a guère de stabilité ou une cohésion digne du nom dans sa propre famille politique où à vu le jour, les Forces Cauris pour un Bénin Emergent (FCBE). Les divergences et les conflits de personnes et d’intérêts ont également ici conduit à la mise en place de l’UMPP, Union pour la Majorité Présidentielle Plurielle dans laquelle toutes les forces soutenant les actions du chef de l’Etat devraient se retrouver sans exclusion et sans discrimination. En réalité, ce nouveau machin n’a pu calmer les agitations, les querelles et les conflits de leadership au sein de la mouvance présidentielle. C’est une réalité à laquelle Boni Yayi doit faire face, s’il tient à concrétiser ses ambitions politiques dans les tout prochains mois et précisément en 2011.

Le camp de la mouvance présidentielle n’aura pas seulement à concilier les intérêts des mouvements et forces politiques antagonistes en son sein. Il doit également braver l’Union fait la Nation (UN) constituée des anciens partis politiques (Rb, Prd, Madep, Psd, leurs alliés Force-Clé). Partis qui avaient soutenu Boni Yayi au second tour de la présidentielle de 2006 à travers l’alliance Wologuèdè et qui aujourd’hui sont en parfait désaccord avec le Chef de l’Etat. Il faut ajouter à l’UN, tous les mouvements et coalition Abt acquis à la cause de l’actuel Président de la Boad Abdoulaye Bio Tchané qui sera probablement présent au front pour les batailles électorales qui s’annoncent. Boni Yayi, vu l’évolution des données sur le terrain, doit faire face à tous ces groupes politiques ou toutes ces alliances.

La crise à l’Assemblée nationale du Bénin en est une illustration parfaite. La mouvance au pouvoir a perdu la majorité au Parlement et l’opposition et ses alliés qui en détiennent les reines, lui imposent en toute occasion leur loi. Et voilà, le chef de l’Etat et son camp qui doivent batailler dur contre le G13 et tous ceux qui l’ont soutenu au départ et même des amis d’hier. Tout cela fait que le Dahomey qui n’a connu que l’instabilité politique durant des décennies, n’est pas encore au bout de ses peines en dépit de la voie de la démocratie sur laquelle, plus tard il s’est engagé. Lorsqu’aux décomptes, près de deux cents partis politiques prétendent qu’ils ont quelque chose à apporter à leur pays et près d’une vingtaine de candidats se présentent à la présidentielle alors qu’ils n’ont pas tous une base électorale, il y a de quoi à réfléchir. Il faut pour un parti politique, un idéal, une vision, un projet de société, puis après un programme de gouvernement, la mobilisation, l’adhésion des électeurs, leur conviction et la capacité de recueillir des suffrages et bien d’autres conditions. Nous n’en sommes pas encore là car les partis politiques, du Bénin n’animent pas encore tous véritablement la vie politique. Les alliances qui se créent ou se nouent de façon anarchique ces dernières années sont la preuve de la faiblesse de ces partis et leur incapacité à pouvoir seul conquérir le pouvoir et l’exercer. Il faut qu’on arrive à surtout mettre en place de grands regroupements politiques, des alliances durables qui de façon pragmatique ont une vision, des moyens et peuvent mettre en œuvre les stratégies nécessaires pour atteindre leurs objectifs. Il y a eu quand même des efforts visibles et des résultats concrets qu’on ne saurait après 50 ans balayer du revers de la main mais ils demeurent toutefois insuffisants et il est temps que le Bénin, son peuple apprennent à élire à la tête du pays, de vrais candidats représentatifs, des hommes de vision capable d’opérer ou d’aider la nation à progresser et non des magiciens et des corrompus. L’heure a sonné pour que ce pays cesse d’improviser et de quémander pour aller plus loin sinon à quoi servirait l’indépendance ?

Euloge R. GANDAHO



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