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28/03/2011

  

ÉLECTION 2011 AU BENIN: LE DOYEN O.B.Q. CHOISIT le Dr. Kessilé Saré TCHALA

  

 

Par Olympe BHÊLY-QUENUM

 

Mon choix est fait:c’est lui. Dithyrambique ou peu nuancée, une trombe d’informations m’envahit via mon site, davantage par Facebook et un zélateur a osé m’écrire avoir mis mon nom sur une liste! Par gentillesse, je ne dénonce pas l’auteur d’une telle incongruité, mais les candidats dont les partisans prônent les «talents, compétences politiques» et tutti quanti, gagneraient à freiner leurs enthousiasmes.

Sauf deux interviews du vrai praticien qui sait diagnostiquer les maux, prescrit le remède approprié ou suggère d’opérer parce qu’il est aussi chirurgien, voire de grande réputation, la presse béninoise semble considérer le Dr Tchala Kessilé comme un tocard; puisqu’il en est ainsi, il est mon joker et je vais me battre pour lui dans cette campagne présidentielle au Bénin; mais qu’il se rassure: quand bien même je ne serais pas largement octogénaire, j’ai trop de dignité, trop d’orgueil aussi pour pratiquer la politique du ventre, harceler un réussi en politique afin d’être récompensé ; c’est dire tout de go: ce que j’attendrai de vous, si vous êtes élu, est que vous pansiez le maximum des plaies du pays, le guérissiez des maux sociaux, culturels, économiques, ou politiques dont des citoyens ont été victimes par injustice ou arbitraire, etc.

 

Si un patient sur le billard pouvait s’intéresser à quelqu’un d’autre qu’au chirurgien qui devait l’opérer, j’aurais pu connaître le futur spécialiste en Endo-Urologie et en Lithotripsie extra-corporelle, quand il était Assistant du Docteur Fingeruth à Poissy: ma famille domiciliée dans cette ville, ma femme était bibliothécaire de la Bibliothèque des médecins et j’ai été opéré par le Dr. Fingeruth. Mais c’était dans un restaurant parisien que, parmi des Africains attablés, l’un d’eux vint me saluer quand je me suis assis à la table réservée; quand il se présenta, j’exprimai ma surprise: « C’est donc vous?» Il y eut en moi un déclic: le courant passait et je le maîtrisais.

 

- «Doyen, est-ce que je pourrais connaître vos coordonnées? Vous ne devinerez jamais mon émotion en vous voyant devant moi…»

 

Devinant sa pensée , me sentant rire dans mon for intérieur, je dis: « pour avoir eu affaire à des pages de l’un de mes ouvrages quand ils étaient jeunes, beaucoup d’Africains ne me croient plus vivant.»

 

- Dieu vous garde et vous gardera encore longtemps pour notre pays, dit-il.

 

Je lui donnai ma carte de visite; en téléphonant deux mois plus tard, il demanda s’il pouvait me rendre visite.

 

« Bien sûr, ma femme et moi résidons dans un petit village, à quelque 850 kilomètres de Paris.

 

-«Ce n’est pas un problème, j’irai là-bas quand vous serez disponible.

 

A la date convenue, du taxi qu’il avait pris à la gare de Nîmes, il m’informa qu’il était en route vers Garrigues-Sainte-Eulalie.

 

Apéritif, déjeuner de repas africain, repos, coq-à-l’âne en famille; ensuite retirés dans la Bibliothèque, notre hôte et moi avons fait le tour de l’essentiel des problèmes du pays natal; en supposant qu’il donnerait la priorité à la Santé, son domaine de compétence, je m’attendais à ce qu’il en abordât le chapitre; mais ce fut l’éducation; une demi-heure durant, il souligna l’importance de l’enseignement scolaire des jeunes, leur «formation culturelle endogène qui leur permettra de mieux appréhender les problèmes nationaux», «la maîtrise des langues maternelles», «l’apprentissage de deux langues internationales, en l’occurrence le français et l’anglais, pourquoi pas l’espagnol aussi?», «l’informatique, l’information et la lecture», etc.

 

Il se leva, avançant à petits pas devant les bibliothèques le long des murs et en parcourant les titres des ouvrages, il dit: «doyen, vous lisez beaucoup de traductions: allemand, hébreux, russe, polonais; les intellectuels de chez nous devraient se constituer en une association, en un mouvement ou un club présent dans les débats politiques et de société; j’ai vécu en Pologne…

 

- En Pologne ? Bof ! Comme les Béninois, les Daxomènous des temps anciens étaient des Juifs errants; il y a à Varsovie la sépulture d’un Quenum mort à la fin du 19ème siècle ou dans les premiers mois du 20ème; maintenant, en Israël, il y a des Quenum qui ne parlent que l’hébreux et l’anglais.

 

- Ancien interne des hôpitaux de Paris, mais aussi diplômé de l’Académie de Médecine de Varsovie, je sais me rendre utile en Afrique, en Europe et aux USA, dit-il, revint à sa place et évoqua les problèmes de l’agriculture, de la formation des paysans «comme au Mali où ils savent lire, écrire même grâce à la maîtrise de l’une de leurs langues maternelles.

 

- Je connais ce problème: j’ai effectué des missions d’évaluation au Mali; des paysans apprenaient à lire et à écrire en bambara, peul et tamasheq ; ce serait magnifique si ça pouvait être le cas au Bénin...

 

«La masse ouvrière», «la culture et la sauvegarde du patrimoine culturel», «les problèmes sociaux, l’amélioration de la situation féminine», celle «des étudiants dont les formations permettraient d’en faire des patriotes utiles au pays, en évitant la fuite de trop de cerveaux…»

 

- J’ai oublié de vous prévenir de mon habitude d’enregistrer mes conversations avec des visiteurs de votre qualité, dis-je en l’interrompant.

 

- Oh non ! doyen, ne me faites pas ce coup-là, réagit-il avec un sang-froid que j’ai admiré.

 

L’enregistreur débranché discrètement, notre conversation reprit son cours où j’intervenais par petites touches; Maryvonne vint proposer de goûter et nous nous sommes retrouvés trois à table; il était 17heures quand Dr Tchala fit entendre que son train était à 17h30.

 

- 17h30 ? Je ne roule jamais à 100 kilomètres; même à 150, je n’arriverai pas à Nîmes avant le départ du train, argumentai-je et suggérai: pourquoi ne pas informer votre épouse et passer la nuit dans le calme d’un village viticole ? Demain, je vous emmène à Nîmes pour le train de 10h40, celui que nous avons l’habitude de prendrre.

 

Il acquiesça; nous avons pu aborder beaucoup d’autres sujets où le Bénin natal occupa nos matières grises au-delà de 2.heures du matin.

 

Je l’avais beaucoup écouté, cerné, un peu jaugé; le lendemain, en le conduisant à la gare, je posai la question délibérément passée sous silence:

 

«Dites-moi cher vrai Praticien, est-ce que vous seriez candidat en 2011 ?»

 

- J’avais senti que vous évitiez d’aborder ce domaine des choses ; mon cher doyen, en me considérant comme un de vos enfants, vous me feriez énormément plaisir en m’appelant Kessilé, dit-il et ajouta: me présenter à l’élection présidentielle ? J’y avais pensé, je réfléchis, mobilise mon énergie, prospecte les points d’achoppement qu’il faudrait, non pas contourner, mais y apporter ou proposer les améliorations idoines; pour moi, un tel processus impliquerait la consultation du peuple en cas de nécessité.

 

À la gare, en nous donnant l’accolade avant qu’il entrât dans le TGV, il dit: «Merci, doyen, un grand merci à Madame et à vous-même.» Il observa un instant de silence et me fit entendre: «mon très cher doyen, en 2011, je serai candidat à l’élection présidentielle et j’aurai besoin de votre soutien.»

 

La fermeté et le rythme de sa phrase ont fait parcourir mon corps d’un frisson de plaisir.

 

J’ai retrouvé nombre des souches de notre entretien de 2010 dans son interview à Zone franche » de Canal 3 , mais aussi dans un texte où, énonçant ses projets, il disait entre autres:

 

«C’est un projet bâti déjà sur la définition originelle du Bénin autrefois Danhomè.[…] un Etat de transit. Autrement dit en thème moderne, c’est un Etat prestataire de service. C’est ça le destin du Bénin. Et pour être prestataire de service, aussi bien en santé, en enseignement, en éducation, en service portuaire et aéroportuaire, en informatique, en agriculture, il faut être sérieux, préparer son pays pour l’accueil, modifier des lois, les adapter pour un business où l’homme riche sera heureux de déposer son argent et de le faire prospérer chez nous. C’est à partir de cette considération que nous allons développer notre pays et c’est possible. Du point de vue santé, le grand projet quasiment prêt est le pôle de santé d'excellence dont le coût avoisine un milliard de dollar, un aéroport international sécurisé qui autrement dit serait une sorte de second aéroport international de Lagos et la mesure qui semble spectaculaire mais nécessaire, c’est le transfert des structures administratives, gouvernementales dans la capitale, Porto-Novo, de façon à permettre au port une activité ample.[…] il faut retourner à César ce qui est à César.»

 

*

Subodorer des affinités politiques de droite, de gauche ou libérales dans cette déclaration, c’est se méprendre lourdement et, au lieu d’aider, s’avérer nuisible. Quant à moi, homme de gauche depuis plus de 60 ans, je dis: c’est audacieux; j’aime l’audace. En dernière analyse, ce qui a ajouté à ma décision de soutenir ce fils de la Donga et de me battre pour lui est d’une simplicité qui surprendrait d’aucuns; d’autres diraient qu’il fallait s’y attendre: via Internet, j’ai lu dans Le Matin du 04/02/2011:

 

«C’est après plusieurs réunions organisées à Cotonou, Houéyogbé, Comè, Bopa, Lokossa, Abomey, Dogbo, Grand-Popo, Porto-Novo et autres localités où il a ses militants que le Cercle des Amis patriotes a décidé d’œuvrer pour l’élection du Dr Késsilé Tchala à la tête de la nation béninoise à l’issue du prochain scrutin présidentiel.»

 

En l’occurrence, je me joins à eux: un fils de la Donga chez lui dans le Mono, c’est, quel que soit l’endroit du pays dont il est natif, se sentir Béninois sur la terre natale. D’autre part, se souvenant peut-être que Houéyogbé, Comè, Bopa, Domin, Lobogo, Sègbohouè et nombre des villages des rives du lac Ahémé sont ceux où j’ai campé quelques-uns de mes romans, l’Association pour l’Aménagement du Lac Ahémé avait «sollicité» mon «intervention pour la réalisation de ce projet».Hélas ! ceux pour qui rien ne réussit sans qu’ils aient d’abord obtenu des pots- de- vin avaient fait échouer ce projet.

 

Olympe BHÊLY-QUENUM.

 

Garrigues-Sainte-Eulalie, 27 Février 2011.

Tag(s) : #Politique Béninoise