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Témoignage 19/10/2011 

 

Etudiants africains, Guéant nous rend service : osons rentrer chez nous

Par  Kocoumbo
Etudiant camerounais
 

Une valise (Erix ! /Flickr/CC)

 

 

La population étudiante africaine de France est en panique. Sur les lèvres de tous, un nom honni : « Guéant ». Sa circulaire du 31 mai 2011 restreint considérablement la liste des métiers ouverts aux ressortissants non européens.

Si votre métier n'est pas auditeur, comptable, ingénieur de processus et de systèmes, vous avez 95% de chances de voir votre demande de statut rejetée. Même en étant sur cette liste, les consignes officieuses font état d'un seuil d'acceptation de 25%. En gros, rentrez chez vous.

 

Je trouve la communication du ministère de l'Intérieur déplorable. Que dit le cardinal Guéant ? « Tout étudiant étranger a vocation à rentrer chez lui » à l'issue de sa formation. Rien de raciste, ni de xénophobe, ni même d'électoraliste au premier abord. C'est plutôt une rupture profonde avec la politique d'immigration choisie et ses relents de marché aux esclaves les plus robustes.

 

Panique à bord du bateau « afro-péen » : personne ne veut rentrer. Disons « pas tout de suite » ou « plus tard, quand nous serons sûrs » ou « quand ça ira mieux ». Cela en dit long sur nos mentalités à tous. Avant de retourner chez nous, nous voulons tous les filets de sécurité dont nous avons profité ici.

Certains attendent patiemment d'acquérir la nationalité pour pouvoir rentrer pour « être sûr au cas où ». Quand ils auront fini de se heurter aux plafonds de verre parisiens, ils attendront que l'on légalise enfin la double nationalité pour pouvoir se mouvoir des deux côtés de l'Atlantique.

« Nous raisonnons égoïstement »

Tellement typique de cette élite mondialisée que dénonce si bien Eric Zemmour, prétendant se mouvoir partout mais ne souhaitant surtout pas se fixer chez eux. Nous acquérons des diplômes, des compétences, mais nous ne voulons les mettre à profit que dans des pays qui n'en ont besoin qu'en supplément. Mais pas dans les nôtres, qui en manquent cruellement.

Messieurs du Collectif du 31 mai, la chance qui nous a été donnée de faire nos études en France n'implique pas en retour de se faire accepter comme travailleurs, une fois diplômés. Nous sommes prompts à parler de solidarité africaine, mais nous raisonnons égoïstement, chacun pour sa petite famille. Nous affichons pour la plupart un cynisme d'enfants gâtés alors que nous venons de contrées pauvres.

Tout le monde veut le développement mais personne parmi les plus intelligents des étudiants venant du Sud ne veut mettre la main à la pâte. Nous, les étudiants des pays africains, prompts à admirer le « modèle chinois », sommes en voie d'inventer notre modèle. Après « l'Afrique sans les Africains », c'est le développement de l'Afrique sans ses forces vives que condamne l'émigration.

Guéant nous rend « un fier service »

Et c'est là notre drame. Nous avons eu la chance de faire nos études dans des endroits que nous finissons par prendre pour acquis. Mais ces lieux ont été bâtis pour d'autres, avec le sang des ancêtres de ces autres. Je m'inscris donc en faux face aux discours de Sarkozy et de Guaino. Le drame de l'homme africain n'est pas tant d'être entré dans l'Histoire, c'est plutôt d'être trop entré dans l'Histoire des autres et de vouloir y squatter confortablement tout en cessant de réfléchir à la suite à donner à sa propre histoire.

 

Nous sommes un continent jeune qui semble avoir abandonné toute volonté de rapprocher le possible de l'idéal. A cet égard, en dépit des tragédies personnelles des uns ou des autres, je ne peux m'empêcher de penser que c'est là un fier service que M. Guéant nous rend. L'occasion, à notre corps défendant, de rentrer avec nos cerveaux, nos idéaux et nos tripes.

Voilà l'opportunité de changer nos pays si pauvres en tout. Peut-être que nous ne verrons pas seulement la révolution à la télé et chez les autres. Innovons, créons et surtout osons. Rentrons chez nous.

 

Cet étudiant camerounais qui a contacté Rue89 termine une thèse sur les relations internationales après un cursus universitaire en France. Il souhaite rester anonyme et témoigne sous pseudonyme. Il est concerné par les difficultés de changement de statut mais assure vouloir ensuite rentrer dans son pays.

 

Source: Rue 89

 
 
 
Tag(s) : #POLITIQUE FRANCAISE

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