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L'Observateur N°7686 DU LUNDI 02 AOûT 2010

 

 

France: L’agité de l’Elysée en fait un peu trop

  

 

Le moins que l’on puisse dire est que la mi-juillet a été des plus mouvementées en France. En effet, la vengeance y a pris le visage de la violence urbaine : dans un premier temps, des jeunes habitants du quartier de la Villeneuve, dans la ville de Grenoble, ont brûlé des voitures et tiré sur les forces de l’ordre trois nuits de suite, après la mort d’un malfaiteur abattu alors qu’il venait de tenter de braquer un casino :

le dimanche 18 juillet, c’était au tour d’une cinquantaine de gens du voyage d’attaquer une caserne de gendarmerie et de ravager le centre de Saint-Aignan, dans le Loir-et-cher, là aussi pour venger l’un des leurs, tué par un gendarme alors qu’il forçait un barrage. Une véritable « escalade de la violence » donc, pour reprendre les termes du chef de l’Etat français, Nicolas Sarkozy, qui a parlé d’évènements d’une « extrême gravité ».

 

Le premier bouc émissaire à payer de sa tête les violences de la Villeneuve est le préfet de l’Isère, Albert Dupuy, démis de ses fonctions et remplacé par celui de la Meuse, Eric Le Douaron, qui avait été auparavant, pendant six ans, directeur de la Sécurité publique à Paris. Pour ainsi dire, on fait appel à un flic pour rétablir l’ordre.

 

C’est lors de l’installation de ce dernier, le 30 juillet dernier, que le président français, dans un discours historiquement irresponsable, a fait le lien entre la délinquance et l’immigration. Parlant de « guerre nationale contre la criminalité », il a donné son propre avis sur la criminalité dans son pays en stigmatisant les « problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms (1) » : "Nous subissons les conséquences de 50 années d’immigration insuffisamment régulées qui ont abouti à un échec de l’intégration. Nous sommes si fiers de notre système d’intégration, peut-être faut-il se réveiller pour voir ce qu’il a produit.

 

Il a marché, il ne marche plus". Soulignant qu’en 2009 "le taux de chômage des étrangers non communautaires a atteint 24 %", soit plus de deux fois la moyenne dans l’Hexagone, Sarkozy veut qu’on évalue les droits et prestations auxquels ont aujourd’hui accès les étrangers en situation irrégulière.

« La nationalité doit pouvoir être retirée à toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un fonctionnaire de police, d’un militaire de la gendarmerie ou de toute autre personne dépositaire de l’autorité publique », a-t-il déclaré, prévoyant l’entrée en vigueur de ces mesures dès le mois de septembre prochain. Pour lui, il est donc clair qu’il y a un lien de cause à effet entre la délinquance et les difficultés d’intégration de certains immigrés.

En fait, l’équation est très simple si l’on en croit Nicolas Sarkozy : immigré = délinquant, et vice-versa. Son « théorème » traduirait donc l’échec de l’intégration en France. Une opinion d’autant plus marrante qu’elle émane d’un fils d’immigré, en l’occurrence descendant de Polonais. Il y a lieu alors de se demander si lui, « Sarko », comme on le surnomme, élu Premier des Français, n’est pas l’exception qui confirme la règle de l’échec dont il parle.

 

Force est de reconnaître que c’est purement et simplement irresponsable de tenir des propos semblables, qui plus est, pour un chef d’Etat, car il ne fait que pointer un doigt plus qu’accusateur sur une frange de la population, qu’il est censé diriger dans la liberté, la fraternité et… l’égalité. Si c’est vraiment là une porte de sortie que cherche Sarkozy, comme l’affirment ses contempteurs, pour échapper aux foudres des Français, qui s’abattent de nos jours sur son siège à l’Elysée, on peut dire qu’elle est maladroite, voire dangereuse.

Certes, on le sait actuellement en mauvaise posture dans les sondages et il est vrai qu’avec les scandales financiers dans l’affaire Bettencourt-Woerth, et la polémique sur le train de vie, élevé, de l’Etat, qui a valu la démission de deux de ses ministres…, il devenait urgent pour lui de trouver un sujet « parapluie » pour se soustraire aux feus des projecteurs de la polémique braqués sur sa personne, allant même jusqu’à squatter le plateau de tournage du film « Midnight in Paris », dans lequel joue son artiste de femme, Carla Bruni/Sarkozy.

Mais, pour ça, taper sur la « cible facile » des populations itinérantes et des immigrés, c’est dégueulasse. De plus, avec ces propos, électoralistes, on sent bien qu’il vient chasser sur le terrain du Front national, en épousant les idées de bon nombre de militants de la Droite. Cela suffira-t-il pour le tirer d’affaire ? Pas sûr du tout.

 

Quand bien même il serait assis sur des braises, le locataire de l’Elysée, déjà bien agité, en fait un peu trop. A lui de rectifier le tir s’il veut retrouver l’amour de tous les Français dans la perspective de la présidentielle de 2012, car l’adage le dit si bien : "Qui trop embrasse mal étreint" .

 

Hyacinthe Sanou

 

(1) Dans le langage familier, on utilise en France les termes : « Gens du voyage », « Roms », « Gitans », « Tsiganes » pour désigner les populations itinérantes

 

 

par

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Tag(s) : #POLITIQUE FRANCAISE

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