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lundi 07 mai 2012

 

François Hollande, la force irrésistible d’un homme «normal»

 

Par Claire Arsenault

Il ne s’est jamais désuni, il n’a pas perdu sa concentration. Ces épuisants mois de campagne avec en ligne de mire l’Elysée, ne l’ont pas affaibli. Bien au contraire, au fil des semaines, chacun a pu voir le candidat François Hollande prendre de l’envergure. Celui dont on doutait en octobre 2011 qu’il tienne la distance face au pugnace Nicolas Sarkozy a ainsi fendu l’armure au point d’inverser les rôles et de faire du président sortant son challenger.

 

 

 

 

 
 

Même dans leurs pires cauchemars, bien peu parmi l’entourage de Nicolas Sarkozy avaient imaginé que François Hollande puisse ravir à leur champion son deuxième quinquennat. Une fois éliminé Dominique Strauss-Kahn, englué dans les méandres judiciaires, la route leur semblait bien dégagée. Personne n’a jamais redouté François Hollande et de cette sous-estimation il a justement fait un atout, expliquait-il encore récemment.

Parti à l’assaut de la magistrature suprême comme deuxième choix du Parti socialiste, l’ancien premier secrétaire est parvenu sans esbroufe à imposer son style lui qui, justement, laissait croire qu’il n’en avait aucun. Les Français l’ont découvert en 1992. Pour le grand public, il est « Monsieur Royal », le compagnon de Ségolène Royal avec qui il a quatre enfants et qui vient alors d’être nommée ministre. C’est elle qui est dans la lumière alors que lui se tient en retrait. Et c’est encore elle qui lui grille la politesse en 2007, alors qu’il est le patron du PS, pour faire la campagne socialiste face à Nicolas Sarkozy, qui l’emporte.

 

Homme de rassemblement

 
 
 
 

 

Devant Nicolas Sarkozy, le président le plus atypique qu’ait connu la France, François Hollande se réclame d’être seulement « normal ». Celui dont le président sortant a dit qu’il était « nul », s’est bien gardé de le détromper. Pourquoi l’aurait-il fait alors que son autorité, son agilité intellectuelle et son flegme se sont imposés à tous et singulièrement au cours du fameux face à face télévisé du 2 mai. Nicolas Sarkozy s’y est montré fort de son expérience alors que François Hollande lui a opposé son authenticité.

Lui dont on a raillé la mollesse et l’indécision est bien davantage un homme de consensus. François Hollande le montre dès 1984 au Parti socialiste où il est d’emblée de ceux qui créent les « transcourants », peu tenté déjà par les querelles de chapelles. Tous les journalistes qui viennent de suivre sa campagne ont d’ailleurs noté que les mots « rassemblement » et « rassembler » émaillent chacune de ses interventions, au point parfois, relèvent-ils, de confiner au tic de langage.

Nicolas Sarkozy, comme d’autres, lui a plus souvent qu’à son tour fait le reproche de n’avoir aucune expérience ministérielle. Certes, il n’a jamais été ministre, mais François Hollande réplique en invoquant un précédent d’envergure, Barack Obama qui, lui non plus, n’a jamais été membre d’un gouvernement américain… En tout cas, il n’a pas à rougir de son parcours entamé le 12 août 1954 à Rouen où il naît fils d’un médecin ancré très à droite et d’une assistante sociale à la sensibilité de gauche.

Attendre son heure

 
 

Bachelier, il fait du droit, HEC, l’Institut d’études politiques puis l’ENA. Militant à l’Union nationale des étudiants de France-Renouveau en 1974, il part en stage aux Etats-Unis cette même année dans le cadre de ses études. Il y étudiera le fonctionnement de la restauration rapide, notamment McDonald’s et Kentucky Fried Chicken. Dans un récent entretien publié dans le New York Times, il reconnaît d’ailleurs « avoir hésité à faire carrière dans les cheeseburgers » alors qu’il a adopté ces derniers mois un programme alimentaire qui l’a délesté de plusieurs kilos, lui l’amateur de vin, de fromage et de chocolat.

Foin donc de restauration rapide, même s’il a conservé selon sa compagne depuis 2006, la journaliste Valérie Trierweiler, « un certain goût pour les hamburgers », il choisit la politique et adhère au Parti socialiste en 1979. Il intègre la Cour des comptes, puis devient chargé de mission à la présidence de la République en 1981 dans la foulée de l’élection de François Mitterrand avant d’être directeur de cabinet de deux porte-parole du gouvernement Pierre Mauroy. Conseiller municipal d’Ussel en 1983 avant d’être adjoint au maire de Tulle, il est élu député de Corrèze en 1988, mandat qu’il perdra en 1993 pour le retrouver en 1997.

En 1995, Lionel Jospin en fait son porte-parole pour la présidentielle qu’il perd face à Jacques Chirac. Elu premier secrétaire du Parti socialiste en 1997, François Hollande restera aux manettes du parti jusqu’en 2008. Il sera investi candidat du Parti socialiste et du Parti radical de gauche en octobre 2011 après l’avoir emporté devant Martine Aubry lors de primaires.

« Les ennuis commencent »

Depuis, François Hollande en a surpris plus d’un et le moins étonné n’est certainement pas Nicolas Sarkozy. Presque toujours en deuxième ligne, François Hollande attendait son heure, « laissant du temps au temps » comme il a souvent entendu François Mitterrand le préconiser. Ne bousculant rien, celui que l’on n’attendait pas là a réussi à transformer le « tout sauf Sarko » de bien des électeurs en vote d’adhésion à son égard. Aussi pudique et secret que Nicolas Sarkozy est extraverti, François Hollande s’est révélé l’égal de son adversaire comme stratège.

Animal politique que bien peu ont su débusquer, François Hollande ne prétend pas être éclos de la dernière pluie. « Je m’y suis préparé », aime-t-il répéter. Une préparation, étape après étape, qu’il a menée depuis qu’il a quitté la tête du PS. Ce qu’il a appelé le « Rêve français », son ambition pour la France, se réalise ce 6 mai 2012. Son humour légendaire qu’il a un peu mis sous le boisseau durant la campagne a néanmoins ressurgi vendredi quand, interrogé sur les premiers mots qu’il prononcera s’il est élu, François Hollande a confié qu’il pensera à ce qu’a dit
Léon Blum en arrivant au pouvoir : « Maintenant, les ennuis commencent »… Pour lui, en effet, le plus dur reste à faire.

 
 
 
Source: RFI
 
 
 
Tag(s) : #EDITORIAL

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