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04-02-2010

 

Inquiétant exil de deux septuagénaires béninois fatigués des change-menteurs

 

 

Écrit par Paul Emile da Silva

 

Cadres supérieurs de la nation à force d’application. Carrière normale pour Madame, éclatante pour Monsieur, deux ou trois fois médaillé. Ils ont tout vu du Dahomey et du Bénin, mais pas ce changement-là.

 

 

Mis chaos ce coup-ci, ils ont décidé d’aller finir ailleurs qu’au Bénin. ‘‘Il n’a pas déçu, il a trahi’’, martèle l’homme avant de préciser que ‘‘l’on ne fait pas ça à tout un peuple’’, et d’interroger dans le vague et dans le vide s’il a quelque part, chez lui, l’effigie d’un plus vieux que lui dont le regard lui parle. ‘‘C’est plus efficace que Dieu dont personne ne sait l’âge et à qui l’on fait dire le même et son contraire’’. Colère et rage.

 

Un vieux couple fatigué de tous les espoirs qui n’aboutissent jamais. De vingt à soixante-dix ans, ils ont participé à tous les combats pour le rayonnement du ‘‘quartier latin de l’Afrique’’ auquel ils étaient fiers d’appartenir. Un pays plein de talents, plein de cadres valeureux, ils s’en glorifiaient. Et rien, toujours rien au bout du compte, malgré tous les efforts, malgré tous les sacrifices. Achevés par le coup du changement avorté, ils ont pris la poudre d’escampette. A leur mort, si leurs cadavres intéressent un parent fol amoureux des macchabées, il ira les ramasser en Amérique du nord, car c’est là-bas, très loin de nous, qu’ils sont allés chercher l’antidote au désespoir béninois, en se disant qu’il serait trop bête de mourir en terre de désespoir, surtout que l’au-delà, dans leur conception des fins dernières, c’est le lieu des souffles retournés dans le grand souffle, sans distinction et sans plus.

 

Il faut dire qu’ils ont les moyens de se payer le luxe de fuir ‘‘le piège sans fin’’ béninois. Mais nous autres qui n’avons pas de tels moyens ? Plus inquiétant est le fait qu’à plus de soixante-dix ans, ils n’aient pas pu ne pas fuir le Bénin. Que les jeunes quadragénaires le fassent, d’accord : ils ont encore un petit bout de vie active devant eux, et l’on comprend qu’ils ne veuillent pas le gaspiller sur le chantier des batailles délibérément perdues. Mais que des septuagénaires prennent eux aussi la tangente, que nos cimetières – c’est pratiquement cela – se vident pour fuir le changement, c’est préoccupant. Et les derniers thuriféraires dudit changement devraient peut-être commencer à réfléchir, pour fuir eux-mêmes, quel que soit leur âge, car l’inquiétant exil de deux septuagénaires, dû à leur inattendue et inédite trahison ne devrait plus les laisser dormir tranquilles au milieu des épaves d’espoirs qu’ils ont éventrés. Mais en ont-ils seulement conscience ?



 

Tag(s) : #EDITORIAL
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