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Kadhafi: Quand le Guide écrivait «Escapade en enfer»
  
  
     
Mercredi, 24 Août 2011 
  
 
 
 
 
Pourquoi Projecteur braque-t-il son spot sur Kadhafi ? Parce qu’il est un écrivain (Eh oui !), il a publié en 1998 un recueil de nouvelles au titre très prémonitoire, Escapade en enfer. Par ailleurs, le colonel  est un sujet de roman ou de film, tant il a la démesure, l’outrance et le destin des personnages de fiction.
 
En ces jours de tourmente, Kadhafi nous fait penser à des personnages de fiction. Comme Berenger1er, le vieux monarque de la tragédie le Roi se meurt d’Eugène Ionesco, il fait l’amère expérience du délitement de son royaume, qui  se rétrécit comme peau de chagrin, grignoté de toutes parts par les milliers de «rats» de l’insurrection venus de Benghazi. A l’extérieur aussi, il est devenu l’ennemi public numéro 1, l’homme à abattre que  des nains juchés sur les épaules de l’Occident  agonissent d’injures.
Ainsi en est-il d’Alexandre Najjar, l’auteur du portrait au vitriol «Anatomie d'un tyran : Mouammar Kadhafi», dont l’acharnement à déboulonner la statue ressemble à l’avidité d’un asticot devant une charogne putrescente. Nous n’avons pas lu le navet mais à suivre Najjar, venimeux comme un naja,  sur toutes les télés d’Occident, l’écume à la lèvre, l’injure à la bouche, le crachat vaste et l’épithète ordurière à fleur de lippe, on sait que son livre est une bave d’enragé.
 
Si le Guide est devenu un Roi Lear, esseulé, errant dans les vastes étendues  du désert libyen, abandonné de tous, il n’en fut pas toujours ainsi. Et il nous plaît de convoquer le temps des splendeurs, aux origines, le héros qui se créa lui-même par la force du caractère. Né dans une monarchie où tout est à jamais figé, les enfants naissant avec leur statut social chevillé au corps, le bâton de berger pour le fils du bédouin et le spectre au prince.
 
Pourtant, Kadhafi, enfant de basse extraction, va changer ce monde en renversant l’ordre ancien, tel Antar, le captif qui terrassa le lion dans les contes arabes. Il est resté  Gatsby le Magnifique, un homme dont le destin faisait rêver des millions de jeunes dans le monde mais aussi un homme à qui les puissants du monde n’ont jamais pardonné de ne pas s’être tenu à sa modeste place.
 
Aujourd’hui on brandit l’épouvantail du tyran, mais il y a eu aussi le masque de Zorro : Kadhafi dans sa cape de justicier croisant le glaive avec les exploiteurs. Ses diatribes enflammées  contre les Dracula de l’impérialisme, suceurs du sang des pauvres et ses largesses pour les pays en lutte pour leur indépendance comme la Palestine en ont fait l’ami du Tiers-monde. Et l’Afrique au Sud du Sahara a la bouche encore pleine des providences du Guide de sorte qu’elle ne peut décemment mordre la main qui l’a nourrie.
Et les années s’écoulant, le vertige des cimes et l’usure du temps ont tourné la tête du Guide. Narcisse nostalgique de sa jeunesse, le bel officier ténébreux est devenu une vieille idole, une rock star sur le déclin, plus préoccupée à cacher ses rides et son double menton qu’un politique attentionné. Poursuivant des chimères, entouré de thuriféraires, il n’a pas vu venir le désamour d’avec les masses. Le peuple libyen, même repu   des dividendes du pétrole, voulait bien changer d’horizon.
Comme disait Caligula : "On supporterait tellement mieux nos contemporains s'ils pouvaient de temps en temps changer de museaux" . En effet, voir  le même museau  boucher son horizon pendant quatre décennies peut donner le haut-le-cœur et faire tourner l’idolâtre en iconoclaste. Et le docile troupeau en une meute de fauves.
 
Ainsi avance le crépuscule des idoles, le noir descend sur les choses comme sur les rois. Mais ceux-ci ne se rendent pas compte qu’ils doivent sortir de scène et le rideau descend pendant qu’ils continuent leurs gesticulations. Savoir tirer sa révérence avec panache, c’est ce qui a manqué au Guide. Il aurait  mémorisé la tirade de McBeth sur la métaphore de la vie comme scène qu’il aurait  fait une sortie pleine d’éclat et de vivats.
 
Mais il reste au Guide une dernière carte à jouer pour entrer debout dans l’histoire. C’est l’épilogue qui le réhabilitera ou le disqualifiera. L’opprobre de la reddition ou le rachat par le martyre. Chez les Bédouins, la mort est un chameau noir qui vient s’agenouiller devant la tente ;  le Bédouin courageux l’éperonne pour disparaître derrière les dunes, le lâche se dérobe !
 
Peut-être que Kadhafi se choisira un destin à la Sidi Omar Mukhtar, le vieux résistant libyen  qui s’opposa à la colonisation italienne et mourut à 69 ans,  pendu le 16 septembre 1931 à Bregha. Ses dernières paroles furent :  «Nous ne céderons jamais, après moi viendront des personnes qui combattraient l’injustice... ma vie sera plus longue que celle de ceux qui me pendent.» Kadhafi a le même âge (69 ans) et il ne lui déplairait pas  de cracher cette tirade à la face des généraux de l’Otan avant d’aller, vaincu mais grandi, vers la potence.
 
Quoi qu’il en soit, à côté de l’odeur du souffre des derniers temps, on se souviendra des poussières d’étoiles et de rêves qu’il traînait dans son sillage. Et il continuera une autre vie dans les livres et sur les pellicules d’Hollywood, car son trajet inspirera les créateurs !
 

Saïdou Alcény Barry

L'Observateur Paalga



Tag(s) : #EDITORIAL

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