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L’éléphant ivoirien a les pieds cassés

 

 

Publié le 06 décembre 2010

 

 

L’éléphant ivoirien a les pieds cassés. Après un processus électoral pourtant exemplaire porté à bout de bras par la communauté internationale, la Côte-d’Ivoire se retrouve maintenant avec deux présidents, l’un reconnu par tous les pays du monde et l’autre qui se maintient par la seule stratégie du fait accompli.

 

 Comme à la belle époque, Laurent Gbagbo s’est refusé à remettre « son » pouvoir à Allassane Ouattara, refusant dans le même temps de reconnaître le verdict des urnes et truquant de façon particulièrement grossière les résultats du deuxième tour.

 

Je ne parlerai pas de cette « volonté de puissance » pour parler comme Nietzsche, qui prend à contre-pied celle de tout un peuple floué dans son désir d’alternance. Je ne parlerai pas de ce recours à la ruse grotesque comme moyen de contournement de la légalité. Je parlerai peut-être de ce Conseil Constitutionnel félon qui a donné une caution légale à une initiative antirépublicaine.

 

Mais je m’interrogerai réellement sur cette démocratie tropicalisée qui génère crises et conflits dans les Etats et beaucoup moins de développement, alors que nous en espérions tous une amélioration substantielle du niveau de vie des populations. Vingt ans après le début des processus de démocratisation en Afrique, le bilan de l’ancrage des vertus et normes démocratiques dans les mentalités est mitigé, voire piteux.

 

L’Afrique est-elle prête à cette démocratie occidentale ? La question reste largement posée.

 

Entre 1952-2004, 73 putschs réussis ont été recensés sur le continent dont 35 pour la seule Afrique de l’Ouest. 101 Chefs d’État ont été chassés du pouvoir par la force dans les cinquante années qui ont suivi les indépendances.

 

Les « 2/3 d’entre eux ont été tués, emprisonnés ou condamnés à l’exil », estime un chercheur. La diminution de ces pronunciamientos ne doit rien à la mansuétude des hommes politiques ou des militaires. En dehors du sommet de la Baule en Juin 1990 qui a fait de la démocratie une conditionnalité de l’aide française, il y a que l’ensemble des pays européens a ajouté l’article 366 bis à la quatrième Convention de Lomé (1995), qui est une clause de non exécution des partenariats entre l’Union Européenne et les pays d´Afrique, des Caraïbes et du Pacifique en cas de manquement aux règles de l’Etat de droit.

 

Toute remise en cause brutale de l’ordre constitutionnel est sanctionnée par la suspension de l’aide extérieure et la mise au ban de la communauté internationale. C’est ce qui est arrivé à Eyadéma et Mugabé et c’est ce qui attend Gbagbo et ses complices.

 

Malgré tout, les dictateurs africains tiennent bon, qu’ils soient civils ou militaires, vieux opposants parvenus au pouvoir ou jeunes turcs ayant « ramassé » le pouvoir dans la rue. La recette est connue. Pour se maintenir au pouvoir, rien de tel que des élections « arrangées ».

 

La plupart des Chefs d’Etat ont réussi ce passage en force, refusant l’alternance à la tête des Etats par le trucage du verdict des urnes. Quelques-uns ont joué et perdu, dont Nicéphore Soglo qui aura tout fait pour empêcher la publication des résultats de la présidentielle de 1996, avec la complicité du Président de la CENA à l’époque, Léopold Dossou.

 

 Le fair-play extraordinaire d’Abdou Diouf qui a perdu son fauteuil en 2000 au Sénégal, aura fait exception dans un environnement de tricherie et de fraude généralisée. Les oppositions, même « chevronnées », s’activent à instaurer le désordre comme mode d’accession au pouvoir. Si ce ne sont pas les présidents sortants qui entretiennent le chaos pour se maintenir (cas des tentatives désespérées de Mathieu Kérékou en 2006), ce sont les opposants eux-mêmes qui le font (cas de Gbagbo en 2000).

 

Il n’y a que le Mali et le Nigeria qui aient échappé à cette règle. La foire électorale est devenue une vaste escroquerie, celle des populations qui ne savent pas vraiment pourquoi elles votent, celles des politiques qui ont transformé la démocratie en un business, celle encore de la prétendue société civile qui se sucre bien en profitant des subventions internationales pour faire de « l’observation » ou de la « prévention ».

 

Tenue à bout de bras par la communauté internationale, la démocratie africaine dans sa version actuelle, est pratiquement une camisole de force que les politiques endossent difficilement.

 

Le débat n’est pas comment faire pour améliorer l’école, produire plus, assurer un avenir à la jeunesse et alléger la fiscalité, ou encore comment améliorer le système de santé. Il est à comment accéder au miel du pouvoir par tous les moyens ou s’y maintenir contre vents et marrées…Est-ce cela la démocratie ?

 

Olivier ALLOCHEME



 
 
Tag(s) : #Politique Africaine
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