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La Compagnie Cotonnière, un négociant singulier

 
 
  • jeudi, 20 septembre 2012
 

La Compagnie Cotonnière, la Copaco, fêtera vendredi à l’Hôtel national des Invalides ses 150 ans d’existence. Elle est l’une des plus anciennes maisons de négoce du coton en Europe. Elle a la particularité d’avoir comme actionnaires, pour une part significative, les sociétés cotonnières africaines.

 

Retour au milieu du XIX siècle où les deux frères Jules et Jacques Siegfried, fils d’un négociant et grand voyageur, créent la société Siegfried Frères en 1862 à Mulhouse. Originaires d’Alsace, un des berceaux de l’industrie textile française, les deux frères concentrent au départ leur activité de commerce avec les Etats-Unis. Mais très vite la guerre de Sécession éclate, et le coton américain se raréfie. Or à cette époque, la suprématie des Etats-Unis sur la production mondiale de coton était presque totale, privant ainsi l’industrie européenne de sa matière première, dont la rareté fit bondir le prix. La guerre de sécession est en quelque sorte une opportunité, qu’a su saisir Jules Siegfried. Ce dernier, ayant attrapé le virus des voyages dès son enfance baignée par les récits de son père, s’aventura en Inde, les bras chargés de commandes. Très vite, il y installa une succursale, à Bombay, qui fit leur fortune. De 1863 à la fin de la guerre mi-1865, les ordres pour du coton indien se multiplient. Avec le retour à la paix, les Etats-Unis redeviennent progressivement le premier fournisseur de coton et les frères Siegfried ouvrent une succursale à la Nouvelle Orléans. Son frère Jacques quitte la société en 1865, remplacé par son frère Ernest. Présent dès le départ au Havre, les frères s’y installent définitivement avec l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne en 1871. Jules Siegfried y mènera une carrière politique importante. Au Havre où le port se développe rapidement avec notamment l’importation de café, coton et bois.

A la fin du XIX siècle, Olivier Senn, gendre d’Ernest Siegfried, avocat et spécialiste des marchés à terme, prend la direction de la Copaco. Place que reprendra son fils Edouard Senn en 1923.

 

Après la guerre 39-45, une évolution très liée à l’Afrique

 

Tout ou presque est à reconstruire en France après la guerre 1939-45. L’industrie textile est en crise, début de son déclin qui s’accentuera dans les années 60-70. En outre, le Havre et son port sont entièrement détruits. Il semble toutefois qu’émerge la volonté de réduire sa dépendance vis-à-vis du coton importé, en particulier des Etats-Unis, et d’assurer son approvisionnement via son empire colonial. Dès 1903 avec la création de l’Association cotonnière coloniale, la France se préoccupait déjà de développer la culture du coton dans ses colonies, mais avec des résultats mitigés.

 

Après guerre, sous l’impulsion d’Edouard Senn, est créé en 1946 l’Institut de recherche du coton et des textiles (IRCT) en charge de la recherche agronomique sur le coton en Afrique et au Maghreb. Il contribuera trois années plus tard à la création de la Compagnie française pour le développement des fibres textiles (CFDT), qui mettra en place les filières cotonnières en Afrique occidentale.

 

En 1949, l’Afrique produit environ 660 000 tonnes de coton, soit quelque 9% de la production mondiale, qui provient pour les deux tiers d’Egypte et du Soudan, et dans une moindre mesure d’Ouganda, du Congo Belge, du Mozambique, du Nigeria, du Tchad. Dans les années qui suivent, les cartes africaines seront complètement redistribuées avec l’émergence des pays francophones et la stagnation voir le déclin des autres pays d’Afrique subsaharienne. Une croissance qui ne sera pas remise en cause par les Indépendances dans les années 60. En moyenne, la production des pays de la Zone Franc a cru de 8% par an pour représenter plus de 50% de la production d’Afrique sub-saharienne au début des années 2000 contre seulement 3% en 1949 et 75% des exportations.

 

L’activité de la Copaco sera intimement liée au développement des filières cotonnières appuyées par la CFDT et la coopération française. Sans en avoir l’exclusivité, elle commercialise de plus en plus le coton africain de la CFDT et l’étroitesse des liens fera que la CFDT deviendra en 1990 son actionnaire principal. A ses côtés, et c’est une particularité de la Compagnie cotonnière, se trouvent les sociétés cotonnières africaines. D’un peu moins de 200 000 tonnes dans les années 80, les volumes traités par la Copaco s’élèvent dans les années 90 à plus de 400 000 tonnes. Si, elle entretenait des relations privilégiées avec l’Afrique Zone Franc en position de quasi-monopole, le développement de la concurrence a fait que les sociétés africaines vendaient aux fils des années aux conditions du marché, au plus offrant, et donc pas forcément à la Copaco.

 

Un coup dur

 

La longue et chaotique privatisation de Dagris (ex CFDT) dont le groupe Advens, fondé par Abbas Jaber fut adjudicataire en 2008 et qui devient Géocoton, la crise des sociétés cotonnières africaines avec la division par près de deux de leur production en 4 ans, la perte de vitesse de Dagris dans les filières africaines et la crise financière de 2008 ont porté un coup dur à la Copaco. En outre, de nouveaux intervenants sont arrivés dans le négoce du coton, des groupes puissants, multi produits, à l’image du groupe Louis Dreyfus déjà présent et qui garde sa suprématie, comme les Singapouriens Olam et Noble ou encore le suisse Glencore. Et la forte volatilité du marché à terme du coton ces quatre dernières années fragilisent tout le négoce. Les risques de contrepartie se sont considérablement accrus ces derniers mois ; l’International Cotton Association (ICA) a recensé 242 demandes d’arbitrage en 2011, soit 5 fois plus que la moyenne habituelle, et encore 135 sur le premier semestre 2012.

 

Priorité à l’Afrique

 

Aujourd’hui, Copaco, qui a réduit sa voilure, se positionne, sous la direction de Georges Toby depuis mars 2011, plus comme une plateforme de distribution du coton. Parallèlement, la Compagnie Cotonnière, la plus ancienne en Europe, exceptée la société suisse Paul Reinhart, créée en 1788 et toujours aux mains de la famille Reinhart avec à ses commandes la septième génération, investit dans la création de valeur ajoutée dans la filière et d’une meilleure valorisation des sous-produits du coton. L’Afrique demeure sa priorité d’intervention.

 

Source: Ecofin

 
Tag(s) : #POLITIQUE FRANCAISE

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