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 11-07-2012

 

Le Bénin se meurt dans l’étrange silence de ses illustres enfants !

  

Par Sulpice O. GBAGUIDI

  

La maison Bénin est en grande difficulté. Cette vérité est la chose la plus partagée par la nation témoin et victime de la grande crise qui déchire tous les tissus de la République au point de mettre l’économie en lambeaux et de semer la grosse inquiétude. On est tous ému par l’implacable évidence, hydre à mille têtes, dont l’impact aura contribué à l’état affligeant d’un tableau éventré du pays. Le réformisme proclamé tarde à libeller clairement son contenu face au coup de froid. Minée par une espèce de complicité du silence, la situation tourne à une dégradation irréversible.

 

A bord du navire, plus de huit millions d’âmes menacées de naufrage. Et toujours cet éternel silence des figures emblématiques du milieu, un silence qui vire à la connivence passive. Cependant que sonne l’impasse et la cloche du chaos économique. On n’en est plus à l’énigme de la refondation mais à celle que véhicule le silence de ces hommes d’ampleur inscrits dans les annales de l’histoire et dont l’étrange posture ruine nos espérances. Comme les espaces infinis qu’évoque Pascal, ce silence effraie le chroniqueur.

 

Il est étonnant que Nicéphore Soglo, Bruno Amoussou , Adrien Houngbédji et même Kérékou se condamnent au silence à l’heure cruciale où est infligé au pays un déplorable verdict économique. On sait et rien n’a encore démenti ce principe universel que les grands hommes s’illustrent quand leur peuple est en danger. L’enjeu, c’est la santé du pays, ce cher Bénin à qui beaucoup doivent leur succès personnel. Mais les Béninois vivent dans la psychose et la peur s’est emparée de leur existence. Kérékou et Soglo tous anciens présidents de la République, semblent pactiser avec l’indifférence. Houngbédji et Amoussou anciens présidents de l’Assemblée nationale et faiseurs de roi à une époque pas trop lointaine, sont en exil dans le silence. Et voilà cet inopportun refuge des dinosaures, ce silence malsain. Ce " silence dira Pierre Filion suppose beaucoup de complicités ". Et j’entends le bruit factice du bourdon de l’hypocrisie.

 

Les leaders historiques doivent répondre à l’histoire. Ceci implique leur engagement pour le bonheur de la nation. Deux attitudes s’offrent à eux : interpeller le pouvoir et faire de propositions de sortie de crise. Il leur faut alors se débarrasser des habits incommodants du silence pour laisser à la parole le droit de passer à la dénonciation. Que Kérékou , Soglo , Houngbédji et Amoussou montent enfin au créneau pour servir au pouvoir de la refondation le miroir de sa gouvernance et l’état de la nation ! Qu’ils sortent de la grotte obscure du silence pour donner espoir au peuple traumatisé par la déconfiture en cours ! Qu’ils parlent et justifient leur rang ! A l’aurore du renouveau démocratique sous Soglo, les anciens présidents nous avaient habitués à ces conclaves de sauvetage très féconds. Même si la pratique a paru stérile ces dernières années, elle devrait néanmoins être maintenue. Le peuple assommé par des crises tous azimuts a besoin de geste patriotique pour se délecter du dialogue au sommet.

 

Mais on se réduit ainsi à humer la vaine illusion. Les supposés leaders ont d’autres priorités que le souci de l’endiguement de la plongée fatale. Certains sont obsédés par les municipales et languissent d’ennui sous l’effet d’insomnie. D’autres ne respirent que l’oxygène des promesses d’une entrée au gouvernement. Ils en sont tourmentés jusqu’à perdre conscience et s’isoler de l’actualité, frappés par la hantise d’un remaniement et l’incursion négociée à coup de reniement et de félonie. Evidemment, la Lépi apprivoise, elle aussi, les consciences politiques à quelques mois de nouvelles échéances. On oublie que le vote est une affaire de gens sains et qu’il serait drôle de diriger une nation malade.

 

Pendant ce temps, le peuple rêve toujours du réveil de ces leaders. Mais la déconfiture se poursuit avec les imprudences du pouvoir et le silence des poids lourds de la République. Tout se joue dans l’abandon de charge morale et le renoncement à la responsabilité. On continuera à s’en plaindre sans que personne ne vienne à la rescousse. Et le pire se réservera le droit de s’annoncer à l’horizon.

 

Sce : Fraternité

 

Tag(s) : #EDITORIAL

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