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 Le Bénin, une«démocratie tapioca»?

 

BARCELONE (© 2012 Afriquinfos)

 

Les nouvelles qui nous parviennent du front font craindre le pire. L’aventure pointe à l’horizon, avec, pour corollaire, une descente vers les abymes.

 

Par Francis Kpatindé

 

02/11/2012 |

 

Avec ses sombres histoires d’empoisonnement, de poudre de perlimpinpin substituée à un analgésique, de substance radioactive destinée à répandre la mort, de drone digne d’un Géo-Trouvetout censé réduire en poussière l’aéronef présidentiel, le Bénin est de nouveau la risée de l’Afrique. Certains de ses acteurs politiques, son premier magistrat en tête, semblent avoir perdu de leur sérénité. La complotiteest en phase de pandémie, le pugilat est un sport prisé, les rumeurs les plus folles font office d’informations et la fatalité s’installe dans les cœurs et les esprits.

 

En l’absence d’autorité morale de poids (Monseigneur Isidore de Souza, Saint-Patron de la Conférence nationale de février 1990, n’est plus de ce monde !), les institutions républicaines sont en berne, l’initiative et l’audace fécondes, devenues denrées rares, l’imagination, en panne, et des chars sillonnent le macadam cotonois à la tombée de la nuit, comme si on était à Asmara ou Pyongyang. La route qui longe la façade maritime du Palais de la Marina est interdite de circulation de 19 heures à l’aube, obligeant les amours illégitimes et concupiscents à trouver refuge ailleurs.

 

Beaucoup d’élus et de professionnels de la politique, faisant fi du pacte républicain scellé au sortir de la Conférence nationale, se sont assis sur l’intérêt public et les valeurs qui fondent un Etat démocratique. Les intellectuels hurlent dans le désert et, bien souvent, confondent l’essentiel, le superfétatoire et le dérisoire. Quand ils n’ont pas ostensiblement fait le choix confortables, à l’image des trois fameux primates ornant nombre de salons africains, de « ne rien voir », de « ne rien entendre ». Et, surtout, de « ne rien dire ». Des syndicalistes sont inquiétés pour des vétilles dans un pays où la garde à vue semble en passe de remplacer la banale contravention de police.

 

Journaux, radios et télévisons ont perdu de cette impertinence gouailleuse qui faisait l’admiration des Nigériens, des Sénégalais et autres Ghanéens, propulsés, depuis, sur les premières marches au podium d’honneur. Méconnaissable, le Bénin a dégringolé dans les classements des organismes de défense des journalistes, alors même que nombre de ses indicateurs socioéconomiques ont viré au rouge. La situation est à ce point pitoyable que beaucoup d’observateurs avertis craignent que ce pays, cité depuis près d’un quart de siècle comme un « modèle», ne renoue avec ses vieux démons.

 

Rappelons à l’attention des plus jeunes qu’en des temps pas si éloignés, le Dahomey (ainsi appelait-on cet Etat turbulent à nul autre pareil) passait aux yeux du reste du monde pour un vaste laboratoire ès coups d’Etat, avec une valse ininterrompue de pouvoirs politiques aussi abracadabrantesques qu’éphémères. L’espace de quelques décennies, des régimes parlementaires, présidentiels, présidentialistes, un chef d’Etat dont la durée de vie n’excéda guère la pette semaine, un directoire militaire, un Conseil présidentiel trigonocéphale giratoire et un Gouvernement militaire révolutionnaire se sont ainsi succédé à la tête de l’Etat... L’instabilité était telle que le pays reçut le qualificatif, peu flatteur, d’« enfant malade de l’Afrique ».

 

Près d’un quart de siècle après la Conférence nationale, le voilà rattrapé par son passé. Les combinaziones et les intrigues de cour ont de nouveau droit de cité, les règlements de comptes sont monnaie courante. La catharsis et le sursaut, dans de telles conditions, sont-ils encore possibles ? C’est ce que semble croire des intellectuels de la diaspora, initiateurs, à la fin d’octobre, d’un « appel à l’apaisement du climat sociopolitique. » Venus d’horizons divers, de toutes sensibilités, les intéressés entendent opportunément rappeler aux pyromanes de tout acabit quelques élémentaires vérités : le complot ne saurait constituer, en démocratie, un moyen d’accession ou de maintien au pouvoir ; le président de la République se doit de prendre de la hauteur et incarner l’unité nationale ; toute manœuvre d’intimidation, d’où qu’elle vienne, ne peut que contribuer à ternir l’image du pays et brider la liberté d’expression ; en vertu de la Constitution du 11 décembre 1990, le second (et ultime) mandat du président Yayi Boni s’achève en mars 2016 et tout le monde est invité au strict respect de cette échéance et à la participation au sursaut civique indispensable à toute alternance de qualité…

 

Cette invitation à la sérénitéet à un retour aux fondamentaux de la démocratie béninoise sera-t-elle entendue dans le capharnaüm actuel ? On veut bien le croire, même si tout indique que le Rubicon est déjà franchi.

 

Afriquinfos

 

Tag(s) : #Politique Béninoise

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