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Pensions des « indigènes », la fin d’un système inique ?

 

lundi 31 mai 2010, par Philippe Leymarie

 

Cinquante ans après la vague des indépendances, au moment où s’est ouvert à Nice un sommet Afrique-France, souvent dénoncé comme une instance néo-coloniale, la France en est toujours à tenter de mettre un point final à ce dossier honteux des inégalités de traitement des combattants issus de ses anciennes colonies, les « Indigènes ».

Ainsi, le Conseil constitutionnel, saisi par plusieurs ressortissants algériens, vient d’abroger plusieurs lois ayant institué de fait un système de « pensions à deux vitesses » : il perpétuait une différence de traitement entre ex-fonctionnaires français et étrangers titulaires de pensions civiles ou militaires de retraite, et résidant dans le même pays…

 

En clair, pour le Conseil, il n’est pas admissible – en vertu du principe d’égalité – que des Algériens et Français demeurant en Algérie ne touchent pas les mêmes pensions ou primes. Un système en vertu duquel un ancien sergent marocain bénéficie actuellement d’une retraite annuelle de 612 euros, alors que tout sergent français ayant servi dans les mêmes conditions (et versé les mêmes cotisations), perçoit 7 512 euros. Les écarts entre anciens agents civils ou militaires africains et français peuvent être de 1 à 10, parfois jusqu’à 15 …

 

 

Prix du sang

 

 

 

déflation des effectifs pré-positionnés,
appui à la construction des cinq forces régionales de paix « en attente » (30 000 hommes, à terme, relevant des principales organisations sous-régionales) ;
appui à un « système d’alerte », susceptible de détecter les conflits en amont ;
- soutien à un panel de « sages » (des personnalités se consacrant aux médiations dans les conflits), etc.

 

Au prix de ce déssaisissement au profit de l’échelon européen, qui est aussi une dillution et de fait un abandon [3], l’Etat français se sent les mains plus blanches – et la bourse moins percée ! Le nouveau cours franco-africain respire d’ailleurs le business : la main mise de Bolloré sur les ports, ou la main basse d’Areva sur l’uranium africain seraient-elles plus présentables que les équipées des Erulin ou Puga – des paras "à la Bigeard", sautant sur Kolwezi… [4]

 

On devait évoquer aussi à Nice les nouvelles menaces transnationales : le trafic de drogue colombienne en Afrique de l’Ouest, le terrorisme d’Al Qaeda au Maghreb islamique dans la bande sahélo-saharienne, et la piraterie au large de la Corne. Des thèmes plus rassembleurs que la question de la représentation future des Africains au Conseil de sécurité de l’ONU...

 

Notes

 

[1] Déjà, en octobre 2008, un tribunal de Bordeaux avait décidé de revaloriser les « pensions de retraite » (et non plus seulement les retraites du combattant et les pensions d’invalidité des blessés, qui l’avaient déjà été en 2007).

 

[2] En revanche, le conseil n’a pas rejeté la possibilité d’appliquer un coefficient différent pour échelonner les traitements en fonction du coût de la vie dans les pays, comme c’est encore le cas. Il reconnaît au gouvernement le droit de « fonder une différence de traitement sur le lieu de résidence en tenant compte des différences de pouvoir d’achat ». Il y a de la marge pour les combats futurs… alors que la plupart des intéressés seront sous terre !

 

[3] Le système RECAMP (Renforcement des capacités africaines de maintien de la Paix), une des réalisations les plus novatrices de ces douze dernières années, a été rebaptisé « Euro-Recamp », et a aussitôt disparu...

 

[4] Le colonel Philippe Erulin s’était illustré auparavant lors de la bataille d’Alger (cité dans des affaires de torture) ; le général Benoît Puga vient d’être nommé chef d’état-major particulier du président Sarkozy.

 

Source: Le Monde diplomatique



Tag(s) : #POLITIQUE FRANCAISE

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