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Jeudi 02 février, 2012

 

SENEGAL: WADE est devenu aveugle

 

Par Souleymane Jules Diop

 

« Les postes éminents rendent
les hommes grands encore plus grands,
et les hommes petits encore plus petits »

LA BRUYERE

 


Oui, il va falloir que bientôt, à Dakar ou à la Haye, Abdoulaye Wade soit traité et jugé en criminel qu’il est. Et que suivent devant les juges, les bras menottés, les yeux hagards et les nerfs tendus comme des cordes, ceux qui conspirent lâchement avec lui. Il ne s’agira pas de juger un dictateur déchu qui s’est fait interpréter la Constitution à sa convenance, mais un criminel qui a donné aux policiers l’ordre de tirer sur les manifestants et de les laisser se vider de leur sang.


Sept morts en l’espace d’une semaine, c’est déjà insupportable. Et on ne sait plus quand Abdoulaye Wade deviendra enfin raisonnable, puisque tous ces drames ne suscitent chez lui que mépris et indifférence. Que du vent donc, que tous ces jeunes morts et ces familles éplorées. A partir de quel moment pourra-t-il comprendre que ce pays ne veut plus de lui et que plus il attendra, plus dure sera sa chute ? A partir de quel moment Karim Wade et les hommes qui se sont mis à lui obéir aveuglément comprendront-ils que tout est fini et que les crimes qu’ils commettront ne feront que nourrir la haine du peuple qui les chassera et constituer des preuves supplémentaires pour la Justice qui les poursuivra ? Comment donc ce clan qui agit comme une mafia à la tête de l’Etat peut-il être à ce point insensible au sang qui coule, aux jeunes qui tombent sous les balles des policiers alors qu’ils implorent la providence de les débarrasser de ce tyran ? Comment peut-il, Abdoulaye Wade, être insensible aux appels de la communauté internationale qui l’invite au retrait ? De la même folie qui s’empare des dictateurs et de la même ivresse du pouvoir qui le rendent aveugle face au sort qui l’attend.


Comment son système fonctionne-t-il ? Comme toutes les dictatures ordinaires, avec au cœur de son clan prébendier, son épouse et ses enfants. Sa compagne Viviane Wade, qui se fait passer pour une avocate ayant rencontré Abdoulaye Wade à la faculté de Droit, alors qu’elle était serveuse dans un bar de Besançon. Elle s’est constituée une Cour, une garde rapprochée, bénéficie, chose inimaginable jusqu’ici, d’une part dans le budget de l’Etat, exploite des plantes rares qu’elle exporte et vend en faisant travailler des employés du ministère de l’Agriculture. Son fils passe pour un génie aux yeux du père, alors qu’il a été un médiocre étudiant qui a produit le même mémoire de maitrise que sa sœur Rose Sindiely Wade, de quatre années sa cadette. Ils sombrent dès qu’on leur demande de parler un seul mot dans une langue sénégalaise. Mais ils ont droit à toutes les faveurs dans ce pays, où leur mère ne manque jamais de rappeler que nous sommes « sales » et avons « une sexualité débridée ». Ils voyagent en Jet privé, contrôlent la quasi-totalité de l’économie et des finances du pays. Le clan est complété par quelques courtisans véreux et quelques fonctionnaires corrompus qui n’ont aucune prise sur les réalités et les misères que vivent les populations. Naturellement, comme toutes les dictatures, ils bénéficient de complicités au sein de la hiérarchie militaire et policière qui leur donnent à la fois un sentiment de toute puissance et d’impunité.


Comme tous les dictateurs, Abdoulaye Wade s’est laissé aveugler, en pensant que la légitimité pourra toujours s’acheter, l’ordre pourra toujours s’imposer. A tous les journalistes qui lui faisaient par de la détermination de son opposition, des signes annonciateurs du chaos, il répondait que rien ne se passerait. Les manifestations du 23 juin ? « Ils m’ont surpris, ils ne me surprendront plus ». Et après ? « Rien ne se passera ». C’est sur cette répression qui s’est abattue sur les manifestants qu’il comptait et il faudra bien qu’il en réponde. Il a oublié que derrière le mur de politiciens qui se mettent en première ligne, il y a des millions d’hommes et de femmes exaspérés, fatigués de ses pratiques malhonnêtes et de ses mensonges à répétition. Les morts de ces derniers jours ne le convaincront pas de partir, il faut bien s’en convaincre. Ce sont des raisons pour qu’il s’accroche davantage au pouvoir, assuré maintenant que s’il le quitte, il sera interrogé sur son implication dans ces crimes.

 

Mais c’est au peuple sénégalais de se montrer ferme, c’est à son opposition de se montrer déterminée. Il faut que toutes les forces patriotiques s’engagent fermement, résolument, pour le faire partir. La communauté internationale, les Etats-Unis et la France en tête ont clairement indiqué la voie à suivre. Si nous nous montrons résolus, Abdoulaye Wade n’aura d’autre choix que d’abandonner le pouvoir. C’est aussi aux chefs religieux d’avoir plus de compassion pour les Sénégalais meurtris que de sympathie pour Abdoulaye Wade. Ils doivent lui demander de partir. Les responsables de la police et de l’armée qui ont fait entendre ces derniers jours leur différence et leur indignation patriotique doivent assumer leur responsabilité entière pour la défense de la République. Le moment est aussi venu pour que ceux qui, dans le Pds, portent le Sénégal dans leur cœur, se désolidarisent de ce dictateur et l’abandonnent avant qu’ils ne soient associés à ses crimes. Le député Wack Ly est le premier à s’en aviser, dans des termes qui ont été salués par tous les patriotes. Tous les élus du Parlement doivent suivre son exemple et faire cesser cette tragédie qui déshonore notre pays. Le Prix Nobel Wolé Soyinka le compare maintenant à Robert Mugabé et le somme de quitter le pouvoir. Sans aucun soutien extérieur, face à la détermination du peuple sénégalais, ce régime s’écroulera et Abdoulaye Wade partira. En fuite comme Mobutu ou à la déroute comme Gbagbo, il finira comme finissent tous ceux qui se sont laissés aveugler par leur soif de pouvoir. Rien ne peut laisser Abdoulaye Wade diriger ce pays après qu’il a suscité tant d’exaspération et causé autant de morts. Il est venu en libérateur élu, il s’en ira en dictateur déchu.


SJD

  

source: Seneweb.com


 


 

 
 
 
Tag(s) : #EDITORIAL

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