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Thaïlande et Ukraine - l'opposition lance « un coup d'Etat populaire » : Les Béninois et les sujets du roi Boni 1er sont-ils bêtes ???



 

Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 01.12.2013


 

La police thaïlandaise a utilisé gaz lacrymogènes et canons à eau, dimanche 1er décembre, contre les manifestants qui menaçaient de prendre le siège du gouvernement, après des violences qui ont fait trois morts et des dizaines de blessés. Au cœur de la colère des manifestants, une alliance hétéroclite entre bourgeoisie conservatrice proche du Parti démocrate, le principal parti d'opposition, et groupuscules ultraroyalistes : une haine profonde du frère de la première ministre, Yingluck Shinawatra, le milliardaire Thaksin Shinawatra. Les manifestants accusent Thaksin, renversé de son poste de premier ministre par un coup d'Etat en 2006, de rester le vrai décisionnaire de la politique du gouvernement depuis son exil à Dubaï.

 


MANIFESTATION VIOLENTE ET SIT-IN



Deux visages du mouvement de protestation étaient visibles dimanche. Avec, devant une entrée du siège du gouvernement, quelques centaines de manifestants équipés de masques, essayant de déplacer les blocs de béton et de couper les rouleaux de fil barbelé, avant d'être repoussés par des gaz lacrymogènes et des canons à eau.


Devant une autre entrée, un sit-in pacifique était organisé et la formule « Berlin wall in Bangkok » (« le mur de Berlin à Bangkok ») peinte en lettres de couleur sur les parpaings. « Notre opération de ce jour doit être pacifique, non violente, avec une entrée polie dans les lieux », a d'ailleurs assuré Suthep Thaugsuban, meneur de l'opposition, devant ses partisans, avant de les laisser défiler vers le siège du gouvernement sans lui. 


Après l'occupation et le siège, cette semaine, de ministères et d'administrations, que les autorités ont laissé faire de crainte d'aviver la tension, les opposants ont été autorisés à pénétrer dimanche dans l'enceinte du ministère de l'intérieur. Les manifestants antigouvernementaux ont aussi pris le contrôle, dimanche, du siège de la télévision nationale PBS à Bangkok, ont fait savoir les forces de l'ordre. D'autres manifestants ont envahi un club de sports de la police au moment où Yingluck Shinawatra s'y trouvait, mais celle-ci a pu être évacuée par des agents qui l'ont conduite en lieu sûr, a déclaré un collaborateur du premier ministre.

 

Ukraine : un mouvement épidermique et spontané qui bouscule l'échiquier politique



LE MONDE | 02.12.2013



La colère a précipité dans la rue des centaines de milliers d'Ukrainiens, dimanche 1er décembre, rassemblés au coeur de Kiev pour revendiquer l'orientation européenne de leur pays et dénoncer les violences policières survenues quarante-huit heures plus tôt.


Neuf ans après la « révolution orange » qui avait empêché l'élection frauduleuse de Viktor Ianoukovitch à la présidence, les manifestants ont défilé en masse contre le même homme, à la tête d'un Etat secoué comme jamais. Leur objectif : empêcher qu'on leur vole une nouvelle fois leur avenir.


Lire aussi : A Kiev, « en 2004, on se battait pour une personne, aujourd'hui on se bat pour une idée »

 

On croyait les Ukrainiens en dépression démocratique profonde. La grande trahison qu'a constitué, aux yeux des manifestants, le renoncement du président à l'accord d'association avec l'Union européenne (UE) a servi d'électrochoc. Elle a ranimé le spectre d'une Ukraine inféodée à Moscou, d'une Ukraine condamnée par ses dirigeants au marasme subventionné, à la corruption, aux petits arrangements entre puissants copains. Les violences policières vendredi soir contre quelques milliers de manifestants ont même esquissé un possible destin à la biélorusse, où les matraques deviendraient l'ordinaire du pouvoir. Pour l'heure, ce n'est pas le cas.

La formidable crise de légitimité du président Ianoukovitch ne peut être traitée comme un simple accès de colère populaire. Elle laisse le régime face à une alternative étroite : la fuite en avant répressive ou d'improbables concessions politiques, au-delà du sacrifice de quelques lampistes.


Après plusieurs mois de consensus inédit entre le pouvoir et l'opposition au sujet de l'intégration européenne, chacun semble reprendre sa place, attribuée depuis la « révolution orange » de 2004. L'affrontement est de retour. Parfois au sens littéral du terme, à l'instar de ces activistes zélés cachés derrière des masques, qui ont tenté de prendre d'assaut l'administration présidentielle.


Les leaders de l'opposition ont appelé les manifestants à ne pas répondre aux « provocations ». L'un d'eux, Arseni Iatseniouk, a mis en garde contre la volonté supposée de Viktor Ianoukovitch d'instaurer l'état d'urgence, en profitant des débordements. Mais les leaders de l'opposition orientent-ils réellement la colère populaire, ou se contentent-ils de la traduire en mots ?


LE RÔLE DES RÉSEAUX SOCIAUX


Dans ce mouvement, les réseaux sociaux ont joué un rôle déterminant, à la différence de 2004. C'est par Facebook et Twitter que les images des répressions policières, vendredi, ont circulé. C'est par eux que le mouvement Euromaïdan (du nom de la place de l'Indépendance, Maïdan en ukrainien) s'est propagé. C'est par eux qu'on a appelé à manifester. Le parallèle est frappant avec la fièvre civique qui s'était emparée de Moscou contre les fraudes électorales, en décembre 2011.


Ce mouvement de protestation est spontané, épidermique. Beaucoup de jeunes dans la rue n'ont aucune mémoire de l'Ukraine communiste. Leur exaspération est due à l'inertie qui paralyse leur pays. Mais en l'absence de leaders, il n'est pas dit que leur mobilisation se maintiendra sur la durée. D'autant que, mis à part le boxeur Vitali Klitschko, nouveau venu en politique, les chefs de l'opposition sont pour la plupart déconsidérés. Les anciens « orangistes » ont gâché tant d'occasions au pouvoir, qu'ils sont les premiers responsables du retour à la présidence de Viktor Ianoukovitch, en février 2010.


Mais cette mobilisation exceptionnelle bouscule l'échiquier politique ukrainien. Elle permet à l'opposition de présenter un front uni, et de mettre de côté, pour l'heure, la question de son leadership. Les orateurs ont défilé pour réclamer, outre le renvoi du ministre de l'intérieur, des élections présidentielle et parlementaires anticipées.


Les événements de ce week-end peuvent accentuer les divisions au sein du Parti des régions, au pouvoir. Plusieurs députés pourraient quitter cette formation dans les prochains jours, alors qu'elle ne bénéficie pas de majorité à elle seule à la Rada.


Une nouvelle coalition est-elle possible ? L'opposition appelait à bloquer le fonctionnement des institutions centrales, lundi 2 décembre, et non pas à ferrailler au Parlement. Reste à observer l'attitude des « siloviki », les responsables des structures de sécurité.L'énorme nervosité policière depuis vendredi pourrait trahir des divergences entre responsables sur la conduite à tenir.


IANOUKOVITCH AFFAIBLI


Une des clés de compréhension de l'Ukraine moderne est le pluralisme oligarchique, qui la différencie de la Russie. La diversité dans la couverture télévisée des manifestations l'illustre. L'un des actionnaires de la chaîne Inter TV, favorable au mouvement, n'est autre que Serhi Liovochkine, qui, jusqu'à vendredi soir, était le chef de l'administration présidentielle. Sa démission, peu après les violences policières, est un indice précieux des divisions au sein des élites.


En Ukraine, personne ne peut prétendre à un monopole politique, économique ou médiatique, contrairement à la Russie. Or, Viktor Ianoukovitch et son clan, très privilégié depuis trois ans, suscitent l'exaspération d'une partie des puissants, qu'ils lorgnent ou pas vers l'UE. Il est peu probable que Rinat Akhmetov, le milliardaire de Donetsk, qui fut le financier du Parti des régions, défendra le président à tout prix. Même doute pour Dmytro Firtash, homme-clé du secteur énergétique.

M. Ianoukovitch sort très affaibli de la séquence de Vilnius. Il a tourné le dos à l'UE en se comportant en épicier cupide. Cet apparatchik résilient mais sans envergure a joué à l'Européen convaincu pendant des mois. Mais, au dernier moment, il a choisi les intérêts à court terme – l'argent promis par Moscou – à la longue marche exigeante vers l'Europe. Il a privilégié l'opacité et le confort des siens – son fils Alexandre est l'une des fortunes ascendantes du pays – à une promesse de développement basé sur des normes modernes. Même si le coût économique de l'accord d'association a été très sous-estimé par l'UE elle-même.

C'est ce peuple trahi qui est sorti dans la rue. La foule ne représentait pas les 45 millions d'Ukrainiens, que l'on sait divisés géographiquement et linguistiquement. Mais elle en était la frange la plus éclairée sur le plan civique, la plus active. Et la plus déterminée.

 

 



 
 
  
  
Tag(s) : #Politique Béninoise