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EDITORIAL

Samedi 18 mai 2013 6 18 /05 /Mai /2013 07:49

 18/05/2013

 

BENIN : Etat de droit ou Raison d’Etat ? L’honneur du Juge Angelo HOUSSOU jeté aux chiens par son employeur, l’Etat béninois

 

Par Benoît ILLASSA

 

 

« J’ai retenu que servir l’Etat ne signifie pas plier devant lui. Un fonctionnaire n’est pas un automate programmé pour obéir aux ordres, sans esprit de discernement, sans liberté d’initiative, sans responsabilité et sans créativité. Son éthique se confond avec celle de l’homme. C’est par rapport à cela que je me suis insurgé contre ce qui m’était apparu contraire aux droits de la personne humaine au cours de mon incursion dans les arcanes de la fonction publique » Adrien HOUNGBEDJI.

 

LE JUGE D’INSTRUCTION

 

Le juge d'instruction, Angelo HOUSSOU, a prononcé vendredi 17 mai un non-lieu pour l'homme d'affaire réfugié en France et ses présumés complices emprisonnés au Bénin. Ils sont accusés de tentative d'assassinat et association de malfaiteurs pour avoir tenté d'empoisonner Thomas Boni YAYI en octobre dernier. Le juge d'instruction aurait estimé que, comme il n'y a pas eu de passage à l'acte, il n'y a donc pas d'infraction constatée de tentative d'assassinat.

 

Suite à cette ordonnance de non-lieu, l’Etat béninois a déployé un arsenal médiatique et policier sans précédent pour manipuler l’opinion publique et jeter l’opprobre sur le juge, nonobstant l’appel interjeté par le Procureur de la République.

 

Selon le Code de procédure pénale, le juge d’instruction est un magistrat chargé d’instruire à charge et à décharge les enquêtes judiciaires. Il ne peut se saisir d’office et ne peut effectuer d’enquête que dans la stricte limite de sa saisine, cette limite étant fixée par le procureur de la République. Le juge d’instruction a pour mission de faire tout acte utile à la manifestation de la vérité. Il est libre d’enquêter comme il l’entend. Personne ne peut lui donner d'ordres et il est libre de mener les investigations qu'il juge utiles.

 

Enfin, à l'issue de l'enquête, le juge décide s'il y a des charges suffisantes pour renvoyer les mis en examen devant un tribunal ou une cour d'assises. Le juge ne se prononce donc pas sur la culpabilité, mais simplement sur le caractère suffisant des charges. S'il n'y a pas assez de charges, le juge d'instruction rend un non-lieu. Si le non-lieu a été décidé suite à une cause légale (les faits ne constituent pas une infraction, par exemple) l'ordonnance est irrévocable. C’est ce qu’a décidé le juge Angelo HOUSSOU dans le cas d’espèce.

 

Dans un pays comme la France, le juge d’instruction est très redouté. C’est le cas, par exemple, de la juge d’instruction Eva JOLY qui a instruit, dans les années 1990, les dossiers politico-financiers très médiatisés et très sensibles tels que des affaires concernant Bernard Tapie et l’entreprise ELF. En 1998, elle ira jusqu’à mettre en examen Roland Dumas alors Président du Conseil constitutionnel qui est contraint à la démission.

 

Cette supposée puissance du juge d’instruction va amener le Président français, Nicolas Sarkozy, à proposer, le 7 janvier 2009, la suppression du juge d’instruction. Cette proposition va soulever de vives critiques de la part des magistrats et de l’opposition quant à ses effets sur l’indépendance de la justice. La proposition ne fera pas long feu.

 

LE JUGE ANGELO HOUSSOU PEUT DEMMISSIONNER…POUR DEVENIR AVOCAT...

 

…Comme un certain Commissaire du Gouvernement, Adrien HOUNGBEDJI (1) :

 

« Le 30 novembre 1967, je débarquai à Cotonou, rempli d’espoir et bercé d’illusion. La réalité me rattrapa aussitôt. Dix-sept jours après mon retour au Bénin, un coup d’Etat militaire renversait le général Christophe SOGLO, lui-même arrivé au pouvoir suite à un putsch. A peine installé, le nouveau gouvernement manifesta la volonté de remettre le pays à l’endroit, en déclarant la guerre à la corruption. Emporté par son élan, il prit la décision de créer un tribunal militaire d’exception chargé de juger les actes de prévarication. Cette juridiction était composée d’un magistrat Président, de huit officiers assesseurs et d’un magistrat commissaire du gouvernement faisant office de ministère public.

 

Le nouveau pouvoir chercha un jeune homme pour assumer cette délicate fonction. Je fus choisi. J’avais vingt-cinq ans.

 

Dans le pays, la tension était à son comble. La vie quotidienne était rythmée par de nombreuses arrestations de hauts fonctionnaires, d’administrateurs et d’officiers. Impossible de dire si la volonté de nettoyer les écuries était le seul mobile, ou si les règlements de compte avaient pris le dessus. La campagne de moralisation de la vie publique lancée par le gouvernement semblait bénéficier de l’assentiment de la population.

 

Les deux premiers cas déférés furent instruits et jugés sans accroc et je pus soutenir l’accusation sans autre contrainte que ma conscience. Le troisième fut l’épreuve de vérité. Il s’agissait de juger l’intendant des forces armées, le commandant Chasme. Officier, il comparaissait devant ses pairs. Garde des sceaux trois semaines auparavant, il avait lui-même signé le décret de nomination des membres du tribunal.

 

La seule et unique pièce du dossier était une lettre du gouvernement demandant au ministère public de le faire comparaître. Mon embarras fut d’autant plus grand que la procédure imposée était celle du flagrant délit. Je sollicitai des instructions écrites. Elles vinrent sans tarder. Je devais requérir vingt ans de réclusion contre le présumé coupable ! L’audition de témoins à laquelle je fis procéder publiquement pour étayer l’acte d’accusation laissa apparaître qu’aucun fait de corruption n’était prouvé. Je suspendis donc la séance et informai le gouvernement que je réclamais la relaxe.

 

Mais l’ordre de requérir vingt ans fut au contraire confirmé ; Chasme devait être condamné au nom de la raison d’Etat.

 

Je décidai de ne pas céder ! Au nom de l’Etat de droit. A la reprise de l’audience, je donnai lecture des instructions du gouvernement, et requis l’acquittement. La défense, constituée de la quasi-totalité des avocats du Dahomey et du Togo, s’engouffra dans la brèche !

 

Après une demi-heure de délibération, le tribunal rendit son verdict : vingt ans de réclusion ! En sortant du prétoire, j’eus le sentiment du devoir accompli et la certitude que ma carrière, à peine commencée, venait de prendre fin. Ma démission fut instantanée.

 

L’affaire fut grand bruit. L’opinion s’émut qu’un homme puisse être condamné sans preuve. Le gouvernement y perdit de son crédit, et la juridiction de son prestige. D’autant plus qu’au lendemain de ma démission, le Président rendit lui-même son tablier. Le tribunal fut aussitôt dissous, et les condamnés libérés.

 

Pour ma part, abandonnant la magistrature, je rejoignis le barreau pour y mener une carrière d’avocat ».

 

IB

 

(1) Il n’y de richesse que d’hommes, Adrien Houngbédji, éd. De l’Archipel, sept. 2005

 

 
 
 
Par illassa.benoit - Publié dans : EDITORIAL
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Jeudi 16 mai 2013 4 16 /05 /Mai /2013 20:18

16/05/2013

 

BENIN - La gouvernance du bruit au royaume du roi Yayi II: Passage de la démocratie à la royauté sur les vagues populistes

 

 

 

Le roi a marqué un gros coup en privant de liberté un des griots de sa cour qui a confondu sa poche et celle du royaume. L’opération s’est déroulée avec le coup de sang sur le trône et la capture médiatisée du coupable. La nation, témoin de l’un des exploits de fin de règne, va régénérer sa confiance à la couronne en guerre contre la corruption. La marche verte du chantre du changement n’a jusqu’ici pas porté ses fruits. Et on a continué à cueillir de la pourriture dans le jardin de la refondation sous le terreau de l’impunité. La mainmise sur le corrompu de la Sonacop ne fera pas descendre la cote de sa Majesté.

 

Le tintamarre qui monte des allées souillées de la pseudo-refondation rappelle à tous que le roi est hyperactif. L’arrestation d’Expédit Houessou a donné lieu à une grosse agitation et de la poussière soulevée par les moralisateurs en transe. Il eut un habituel bruit dans un traditionnel décor mais surtout du bruit. La stratégie est connue : rapport de l’Ige, procès expéditif au Palais et arrestation. Le Dg de la Sonacop n’a pas échappé à cette mécanique. La suite est souvent amusante. Combien de gros bonnets sont dans nos geôles ? La réponse invite au scepticisme.

 

La colère est encore au rendez-vous. Et ce n’est pas une nouveauté. Chaque prise dans la mare des corrompus provoque la montée d’adrénaline sur le trône. Yayi ne savait pas « que ce monsieur avait déjà percé des trous ». Il s’ensuit une grosse déception, source de la colère. « C’est catastrophique ! Nos entreprises sont mal gérées », lâche le Chef de l’Etat devant les jeunes à qui avait été promis le ballon. De la colère, sort l’annonce phare des audits dans les sociétés d’Etat. La menace n’a pas changé : « les DG qui seront pris, subiront la rigueur de la loi ; il n’y a rien à faire ». Voilà résumée la détermination du roi. On n’a donc pas vraiment bougé malgré le bruit autour du nouveau fossoyeur exhibé. Le pouvoir fait sa pub.

 

Du bruit donc pour célébrer le limogeage et l’arrestation du Dg jugé indélicat. Et trop de bruit dans la refondation. Les marches de soutien au roi font grouiller la rue pour beaucoup de bruit. Les messes d’action de grâce, les prières improvisées génèrent du bruit. Les réformes inachevées produisent du bruit. Le non respect de la parole donnée est assumé dans le bruit. Evidemment, les promesses se font dans du bruit. Le K.O aussi avait été fabriqué dans le bruit, « un bruit d’enfer » dira André Gide. Le royaume est en effervescence.

 

Le roi Yayi II ne tarit pas de bonnes intentions. Le pragmatisme brouillon et l’entourage vorace auront cependant achevé de réduire l’essentiel en chose inachevée. Le galimatias relayé par les partisans fanatisés a perverti le projet de refondation désormais voué à l’échec. « Les vrais miracles font peu de bruit » prévient Antoine de Saint-Exupéry. Le passage de la démocratie à la royauté sur les vagues populistes s’est réalisé dans le tumulte. Rien d’étonnant que le bruit soit le socle de la gouvernance.

 

La lutte contre la corruption a cédé au spectacle du bruit. Le destin choisi est celui du fiasco. L’affaire Expédit Houessou, nouvel épisode sulfureux de la bouffe organisée, expédie ses séquences bruyantes sans qu’au bout ne se profile un épilogue punitif et vertueux. Le tapage médiatique avec le sponsor de la refondation semble garantir le succès de l’opération. Le pouvoir joue ses atouts en continuant telle l’autruche à enfoncer la tête dans le sable. Sur la méthode, se développent les incongruités qui conduisent à discréditer les initiatives. L’introduction du populisme dans la croisade anti corruption a ôté au mouvement positif sa saveur.

 

C’est un principe consacré, le roi affectionne du bruit. Le Dg de la Sonacop, voyou déclaré puis débarqué dans la grotte des délinquants, l’a appris à ses dépens. Livré dans le bruit par Alidou Koussé et son Ige, il doit se défendre contre l’évidence et contre la colère du roi. Dans cette affaire de corruption à grande échelle, le peuple supposé artisan du K.O soutiendra par principe son roi.

 

Finalement, l’affaire Expédit Houessou est pour le roi un défi personnel. Les deux ans du K.O et de la refondation étant un échec, il fallait, et ce n’est pas moins salutaire, se relancer notamment dans la bataille érigée en priorité, la corruption. Et le roi cherche rédemption dans le bruit. Mais il sait que seule l’efficacité sauvera le mandat du K.O.

 

 

Sulpice Oscar Gbaguidi

http://www.notrebenin.com/

 
 
 
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Mardi 14 mai 2013 2 14 /05 /Mai /2013 16:41

 

BENIN: De la lutte sélective contre les DG corrompus ?

 

 

Publié le 14 mai 2013

 

 
 

Et quelques-uns se sont mis à tirer à boulets rouges sur le gouvernement. Pour beaucoup, si Expédit Houéssou avait été d’une certaine partie du pays, il aurait bénéficié du silence de l’Etat. Depuis le week-end dernier, il s’est trouvé des Béninois pour agiter le chiffon rouge du régionalisme au milieu du débat sur la bonne gouvernance dans notre pays. Les comparaisons vont alors bon train.

 

 

Tel directeur de l’ORTB, pourtant soupçonné de malversations, n’a jamais été inquiété par les services de l’inspection générale d’Etat. Tel autre, ancien directeur général de Bénin Télécom s’est payé le luxe de faire du pantouflage en devenant agent d’une société française qui avait justement postulé pour acheter sa société. Il n’a jamais été inquiété malgré les soupçons de délit d’initié qui plane sur lui. Tel autre coordonnateur encore, qu’une violente polémique a opposé à un ancien député, s’est retrouvé aujourd’hui au parlement à la place de son détracteur d’hier. Les soupçons n’ont jamais été levés et un voile épais plane toujours sur les dénonciations faites, sans que jamais l’IGE lève le plus petit doigt.

 

 

Pire encore, tel ministre, responsable de concours de recrutement, est toujours en poste après l’énorme scandale des manipulations terrifiantes qui ont montré à tous la face cachée des recrutements dans la fonction publique béninoise. Personne n’a été limogé, rien ne s’est passé. Doit-on encore parler du cas de la Sonapra de sinistre mémoire? Que non.

 

 

Dans tous ces cas, l’on soupçonne le Chef de l’Etat de protéger les cadres d’une certaine région, cependant que sa rhétorique anticorruption refait surface dès qu’il s’agit des cadres d’une autre. Les titres de certains confrères hier ont même fait penser qu’il s’agit d’une opération d’humiliation savamment orchestrée contre ExpéditHouessou qui serait victime de sa naïveté. Il serait tombé dans le piège de son militantisme, lui qui a fait des marches de soutien au Chef de l’Etat, organisé séances de prière sur séances de prière, multiplié les actions pour sa réélection en 2011. Il est aujourd’hui payé en monnaie de singe. Les commentaires salés qui en sont faits accréditent la thèse d’un assainissement sélectif : il y a deux poids deux mesures.

 

Lorsque tous ces pessimistes parlent, une seule question, fataliste à vrai dire, vient à mes lèvres : que voulons-nous pour ce pays ?

 

 

Oui, la lutte anticorruption a pu paraitre comme gangrénée par mille imperfections. Elle est à bien des égards perfectible, du fait du profond ancrage des habitudes de pillage incrustées dans les mentalités administratives au Bénin. Le mandarinat a créé chez nous des instincts prédateurs presque compulsifs. C’est à croire que Rhétice Dagba a raison lorsqu’il faisait un parallèle entre l’aggravation des actes de corruption et le niveau scolaire et universitaire des dirigeants.

 

Mais alors, je reste profondément choqué par le raisonnement étroit de ceux qui soulèvent la question régionaliste sur un sujet aussi limpide. Face à des actes de pure prédation comme ceux relevés la semaine dernière par l’IGE, la conscience nationale, toute bouleversée, devrait se soulever de façon unanime. Ce sont nos ressources qui sont dilapidées avec une si indécente volupté. Les auteurs de ces déviances sont aussi ceux qui viennent clamer que la SONACOP a besoin du concours de l’Etat pour faire face à ses difficultés de trésorerie. Un peu comme s’ils se moquaient de la décence la plus élémentaire ou nous prenaient pour des demeurés.

 

Non, face à la question de la gouvernance, les régionalismes étroits qui émergent de-ci de-là ont tendance à nous faire croire qu’on a tort de poursuivre tel ou tel du fait de ses actes antinationaux. L’on devrait au contraire exiger que ceux qui ne sont pas encore mis en examen le soient au plus tôt pour la manifestation de la vérité et de la vérité seule.

 

Qu’ils soient de Pobè ou de Toucountouna, de Grand-Popo ou de Kilibo, leurs actes nuisent à tous. Face aux routes qui ne sont pas construites, aux centres de santé insuffisamment équipés, ou aux écoles en chaume, les Béninois qui souffrent sont une part de ce pays. Chaque souffrance causée par la mauvaise gouvernance est une part des souffrances qui sont les nôtres. Penser autrement, c’est croire qu’il y a ici des Béninois qui sont moins Béninois que d’autres. C’est empêcher même que des solutions durables soient trouvées pour nous sortir d’impasse. C’est se rendre complice de ceux qui veulent profiter de nos riches différences identitaires pour perpétuer les vieilles habitudes qui nous menèrent à l’abîme.

 

Olivier ALLOCHEME

L'Evènement Précis
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Mardi 7 mai 2013 2 07 /05 /Mai /2013 09:10

 07/05/2013

 

 

BENIN- Le Président Emile Derlin ZINSOU sort de son mutisme à travers un best-seller que je vous recommande : « En ces temps là… » (1)

 

 

Par Benoît ILLASSA

 

 

L’un des trois anciens Présidents encore en vie du Bénin sort un livre qui fait l’évènement. L’Homme, très discret et très courtois, livre une partie de sa longue expérience politique. De son expérience parlementaire sous la quatrième République française à la Conférence Nationale historique en passant par sa gestion du pouvoir d’Etat au plus haut sommet de ce même Etat Dahoméen, puis Béninois. Cela vaut le détour…

 

Je ne suis pas un critique littéraire et je n’en ai ni les moyens, ni la prétention, ni la vocation. Je veux juste profiter de cette occasion pour lever un coin de voile sur ma proximité avec le Président E.D. ZINSOU et sur moi-même que, finalement, mes lecteurs connaissent peu. Cette fois-ci, l’occasion fait bien le larron !!!

 

En page 240, le Président E.D. ZINSOU clarifie :

 

« Rendons à César ce qui est à César. Si tout s’est bien passé, sans drame, ni effusion de sang, nous le devons à Kérékou et à Monseigneur Isidore de Souza. La plupart des officiers membres du gouvernement et des grandes instances du pouvoir étaient hostiles à un changement qui les ramènerait à leur place normale. Si Kérékou les avait suivi, n’avait pas résisté à la très forte pression qu’ils exerçaient sur lui, il est probable que nous aurions connu la situation dramatique qu’une attitude similaire provoqua dans d’autres Etats. »

 

Cet extrait me plaît à plus d’un titre car il permet de savoir qu’un peuple peut basculer dans l’impensable à cause de la folie de quelques hommes seulement. Rappelons seulement, qu’à l’époque, ni Kérékou, ni Monseigneur Isidore de Souza n’avaient appelé à des marches de soutien pour conjurer le sort. L’appel à l’intelligence des uns et des autres suffisait amplement.

 

Au cours de ma courte expérience sur terre, le Président E.D. ZINSOU fut l’un des hommes politiques qui m’ont le plus positivement marqué. Jusqu’à nos retrouvailles de ce 28 avril 2013, je me posais encore tant de questions. Dieu merci, j’ai aujourd’hui la réponse plus que symbolique.

 

De tous les hommes politiques béninois, quatre personnalités m’ont définitivement marqué et ont forgé ma ligne de conduite. Après la dernière rencontre avec le PR ZINSOU, j’ai découvert que nous étions tous issus de la bourgeoisie « provinciale. » De ce fait, nous aimons profondément notre pays à cause de notre farouche volonté de partage avec tous ceux qui ont moins de chance que nous. Ceci n’a pas toujours servi notre idéal. Nous étions et demeurons des incompris.

 

En effet, je suis né, comme mes mentors successifs (E.D. ZINSOU, Giriguissou GADO, Mathieu KEREKOU et Adrien HOUNGBEDJI) dans un milieu favorisé. Ma Grand-Maman maternelle fut la première femme fonctionnaire de la ville de KILIBO. Ses qualités furent reconnues par les premiers colons avant l’indépendance du Dahomey. L’une des propriétaires de la plus majestueuse propriété de la localité. Son fils (le petit-frère de ma mère – même père – même mère), mon oncle donc, fut l’un des tous premiers à intégrer le Lycée Victor Ballot (devenu plus tard le Lycée Béhanzin) avant de poursuivre ses études à Dakar, puis à l’Ecole de Santé-Navale à Bordeaux. Il devrait être le premier officier de l’armée dahoméenne postindépendance. Le sort en a décidé autrement, mais passons. J’y reviendrai longuement dans mes mémoires si le seigneur me prête longue vie.

 

Elevé par ma Grand-mère, j’ai donc baigné dans cette ambiance peu soucieuse des besoins matériels. J’étais le chouchou pour avoir perdu ma mère très tôt, à l’âge de six ans. Cette ambiance de protection, loin de favoriser les déviances, était propice à un engagement certain et la volonté de porter assistance aux plus démunis. Cette aisance était si manifeste que j’ai eu la chance de connaître le vin chez ma Grand-Maman bien avant de découvrir les grands crus du bordelais à Paris. En effet, Grand-Maman buvait chaque jour un verre de vin mélangé avec une petite quantité d’eau. Elle nous répétait que c’était bon pour le drainage sanguin, elle qui était du domaine médical !!! Mais, elle ajoutait aussitôt qu’il fallait le boire en quantité modérée. Elle décéda de la plus belle mort qui soit, à 83 ans, sans jamais avoir été hospitalisée.

 

C’est elle qui m’a enseigné comment tenir un verre à table, comment servir les hôtes et comment faire la cuisine. Etudiant à Paris, dans une faculté de droit du sixième arrondissement, l’un des quartiers les plus huppés de la capitale française, je n’ai donc eu aucun mal à trouver mes marques. Au contraire, je prenais mes rares copines féministes (elles étaient très peu nombreuses dans une faculté réputée pour être un refuge de bourges…) pour des « has been… » Ma Grand-Maman, elle qui n’a jamais foulé le sol de Paris, était bien en avance sur elles.

 

J’ai gardé du Président ZINSOU, le goût du secret. Par conséquent, dans les lignes qui suivent, vous ne lirez jamais un compte-rendu, ni une confidence de mes tête-à-tête avec mes différents amis politiques dont je cite les noms ici. Le reste, ce sera pour mes mémoires…

 

 

1) LE PRESIDENT EMILE DERLIN ZINSOU

 

Issus du même milieu favorisé, les codes, on les a dans le sang. Notre rencontre, à mon initiative, fut donc des plus sympathiques. C’était dans les années 1987, au moment où le Président ZINSOU présidait le parti U.D.P. qui deviendra plus tard l’UNDP, après la Conférence Nationale. Le « N » rajouté était destiné à formaliser le parti qui sortait de la clandestinité pour devenir national. Nous avions abattu un travail colossal pour sortir le Dahomey des mains de ses prédateurs d’alors tapis dans un parti unique sanguinaire, le PRPB.

 

J’ai eu l’honneur d’être chargé par le Président ZINSOU d’amorcer les négociations avec les exilés politiques communistes du PCD à Paris pour un rapprochement bien avant la Conférence Nationale historique de février 1990 à Cotonou. De la même manière, j’ai eu des contacts avec des fonctionnaires de l’Ambassade du Bénin à Paris, Moscou, etc. L’un des fonctionnaires de l’Ambassade du Bénin à Paris, à l’époque, ancien Directeur de l’Office du Bac jusqu’à un temps récent, a fait des fiches au Président Kérékou sur moi. Il ne s’en cache même pas en privé. Après mon rapprochement avec Kérékou, j’ai vu ces fiches. Je l’ai depuis rencontré à deux reprises dans des restaurants à Cotonou. A chaque fois, je me suis présenté à lui. Les deux fois, il est parti en catimini sans demander son reste. La peur avait changé de camp !!!

 

Je retiens ceci du Président ZINSOU : « il faut vivre longtemps pour voir ses successeurs à l’œuvre… » En effet, ce n’est trahir un secret que de dire, aujourd’hui, que, contrairement à nous autres, le Président Boni YAYI est issu d’une famille pauvre, voir excessivement pauvre. Tous ses comportements doivent par conséquent être analysés à cette aune.

 

Aussitôt après l’investiture du Président actuel, en avril 2006, je me suis rendu à Cotonou pour rencontrer le Président ZINSOU et prendre la température. Le sage Homme me livra ses sentiments :

 

« Il nous a viré de la Présidence comme des malpropres alors que j’ai fait campagne pour lui… » Pour mémoire, le Président ZINSOU était jusqu’alors le Conseiller diplomatique du Président Kérékou. Cela rejoint l’analyse d’un ancien Président du Bénin, Nicéphore SOGLO sur les antennes de RFI quelques mois plus tard. Aujourd’hui encore, le sentiment du Doyen des anciens Présidents du Bénin encore en vie ne semble pas avoir changé. Pressé par moi de savoir pourquoi les anciens Présidents de la République du Bénin n’interviennent pas depuis le KO frauduleux de 2011 malgré la situation désastreuse du pays, le Président ZINSOU, le sourire en coin, me confie :

 

« Après le premier quinquennat, il a peut-être eu la baraka et pense qu’il n’a plus besoin des conseils de personne aujourd’hui – sic. » Mais il ajouta aussitôt :

 

« Ce qui me préoccupe, c’est l’emploi des jeunes dont l’horizon est sombre… »

 

Rendons à César ce qui est à César en rappelant que, c’est grâce au Président ZINSOU que le Bénin est propriétaire de l’Ambassade du Bénin à Paris, du Consulat Général, de la résidence de l’Ambassadeur et de la résidence des chauffeurs. C’est pour ne pas voir ses œuvres s’assombrir qu’il nous a aidés à faire pression sur Kérékou pour que ces biens soient rénovés. En effet, le Président ZINSOU fut le Premier Ambassadeur du Dahomey à Paris. Il est le Premier Président du Dahomey à soutenir l’indépendance économique du pays en déclarant que tous les dahoméens, quel que soit leur fortune, doivent participer à l’effort national en payant des impôts au prorata de leur revenu. C’est ce que nos aînés ont surnommé « Zinsou Takouê » pour ébranler son pouvoir. L’Homme était en avance sur son époque et c’est pour cela que, personnellement, je lui voue une admiration et une fidélité sans limite !!!

 

2) LE MINISTRE GIRIGUISSOU GADO

 

C’est ce grand Homme, récemment disparu, qui a été la cheville ouvrière de ma réconciliation avec le Général Mathieu KEREKOU. De ma famille élargie, il est surtout mon bel oncle pour avoir épousé l’une de mes tantes. J’avais à peine vingt ans lorsque, sur une moto (appelée à l’époque chaude de la révolution « Mon mari est capable »), j’amenais ma tante à son domicile alors qu’il était Ministre des Transports publics. J’avoue aujourd’hui l’un de mes péchés mignons à mes amis : c’est chez lui que j’ai découvert le CHIVAS et son arôme si incommensurable !!!

 

J’ai aussi découvert la solitude du pouvoir d’Etat qui m’a très tôt blindé. Vu de loin pour les dahoméens et les béninois, le pouvoir est magique et suscite toute sorte de convoitise. En tout cas, de cette expérience-là, j’ai appris à garder la tête froide. Ses frères tchabè ne lui ont fait aucun cadeau. Mais nous qui avions le privilège de le côtoyer de près savons ce qu’il endurait dans sa quête de réussir sa mission pour l’intérêt général. Ni l’argent, ni les honneurs n’étaient son moteur dans la vie. Comme chaque citoyen, il avait ses problèmes de cœur et ses problèmes de raison. J’ai beaucoup appris de lui, le sens de l’humilité.

 

Avec patience et persévérance, il m’a réconcilié plus tard avec le général Kérékou que je combattais. Ce fut après la Conférence Nationale. Son amour pour la jeunesse de son pays était à nulle autre pareille. Il avait décelé en moi un élément prometteur pour le pays. Ce qui rendait jaloux mes amis car, une fois, revenant de Porto-Novo avec ceux-ci pour lui rendre une visite de courtoisie, il m’a gentiment conseillé de revenir seul le voir pour échanger en tête-à tête comme on avait l’habitude de le faire à chacun de mes retours au pays.

 

Les mets les plus succulents que j’eusse jamais mangés au Bénin depuis que je suis en France furent chez lui. Il ne m’a jamais taquiné comme son enfant, ni comme un collaborateur. Il m’a toujours respecté comme un partenaire politique à qui il rêvait de transmettre le flambeau. Son décès me chagrine beaucoup et laisse en moi comme une œuvre inachevée. C’est une très grande perte pour la communauté Tchabè. Je pense, sincèrement, que lui vivant, le Président Boni YAYI aurait un peu plus de mesure dans ses tentatives dictatoriales et sa culte de la personnalité. Malheureusement, j’ose le dire, Amos ELEGBE, qui aurait pu jouer ce rôle aujourd’hui, s’est discrédité dans ses errements, dans ses compromissions et dans son absence de légitimité en pays Tchabè. C’est dommage non seulement pour lui, mais surtout pour Giriguissou GADO dont il a éhontement trahi la mémoire pour la postérité.

 

3) LE PRESIDENT MATHIEU KEREKOU

 

Que dire de plus qui n’ait pas été dit sur mes relations avec « le caméléon » ? Je l’ai servi loyalement avec la bénédiction de mes parrains ZINSOU et GADO. Il avait voulu me faire un Ministre de la République. J’ai décliné l’offre et je ne regrette pas mon choix de l’époque. Jeune papa de mon premier fils, j’avais décidé de privilégier ma carrière professionnelle dans l’hexagone pour me donner un métier et une perspective autre que celui d’ancien ministre, fut-il le plus jeune.

 

Avec un peu plus de recul, je constate ce que sont devenus les anciens ministres de l’aire Kérékou 2. J’ai appris à aimer le Président Kérékou et je sais qu’il m’écoutait. Mais hélas, il a donné la chance à beaucoup de cancres qui ont démérité.

 

La seule question qu’il me tarde de lui poser est celle-ci : M’aurait-il sciemment berné en me disant, de vive voix, que son dauphin était Adrien HOUNGBEDJI ?

 

Pour le reste, l’histoire l’a déjà sacralisé. Il est sorti par la grande porte. La chose est si rare en Afrique pour que, en toute sincérité, tous les démocrates béninois lui témoignent leur gratitude et leur reconnaissance.

 

4) ADRIEN HOUNGBEDJI

 

Vous l’aurez compris, le quatrième Homme politique béninois qui m’ait le plus séduit est évidemment celui que nous appelons affectueusement AH. J’aime les qualités humaines de l’homme et sa probité. Toutefois, notre rencontre fut très houleuse au départ. Comme quoi…

 

J’ai traversé le premier quinquennat des change-menteurs avec le Président AH, mes convictions chevillées au corps. Tout a été fait pour le salir à travers des tirades dignes des oukases. J’ai moi-même payé le prix fort de ma fidélité à travers une assignation du Président Boni YAYI devant le TGI de Paris. Une première !!! A ma demande, l’affaire est toujours pendante devant la Cour de cassation, la plus haute juridiction française. Mon pourvoi a été jugé recevable après les différents filtres. Ce qui constitue un boulet aux pieds du Président Boni YAYI. Le moment venu, je communiquerai sur cet aspect des choses. D’ores et déjà, il s’agit là d’un camouflet cinglant pour le ministron Max Awèkê.

 

Une fois le KO frauduleux passé, chacun porte sa croix en attendant 2016. Pour ma part, je garde d’excellentes relations avec le Président AH. Toutefois, l’histoire est encore fumante pour que je puisse esquisser la moindre conclusion. J’attendrai donc de voir la fin du scénario pour dévoiler ma part de vérité sur ce que je sais.

 

Je vais terminer cette contribution en citant les propos du Président ZINSOU sur les évènements du 16 janvier 1977 qui ont fait couler tant d’encre et de papier et sur lesquels beaucoup de béninois continuent de fantasmer.

 

L’ECHEC DU DEBARQUEMENT DES MERCENAIRES A COTONOU

 

« Dans la préparation de notre action, j’étais non seulement informé, mais aussi impliqué. Nous étions un groupe de compatriotes dahoméens à préparer une action de libération de notre pays du gouvernement qui y régnait au nom du marxisme –léninisme à peine lu et pas digéré, un pouvoir insupportable…Etant le chef de notre groupe à l’extérieur, j’ai été accusé de tout. Même Bob Denard, dans son livre sur ses interventions de mercenaires en Afrique, me met en cause de façon mensongère. J’ai tout assumé parce qu’un chef, même s’il n’a pas été obéi, est toujours, selon moi, responsable…L’intervention ayant échoué, nous n’avons plu retrouver la plupart de ceux qui suppliaient qu’on les libère. Certains d’entre eux sont devenus de violents dénonciateurs. Décidément, l’échec est orphelin… »

 

Tout est dans le livre !!! Pour la vérité et pour l’histoire.

 

 

IB

 

(1) « En ces temps là… », Riveneuve éditions, Paris, décembre 2012, 15 €www.riveneuve.com

 

 
 
 
Par illassa.benoit - Publié dans : EDITORIAL
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Vendredi 3 mai 2013 5 03 /05 /Mai /2013 21:29

03/05/2013

 

 

BENIN - Journée Internationale de la Presse: Libérez "le Béninois Libéré"

  

 

«Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous.» Montesquieu

 

mercredi 12 décembre 2012

Un an après la suspension définitive de son journal le ‘’ Béninois libéré’’ : Aboubakar Takou rond le silence

 
 
 La nouvelle est tombée un de ces jeudis du mois de décembre 2011 en début d’après midi. Un des organes de presse les plus lus a été suspendu définitivement et ses deux premiers responsables ont été interdits d’exercice de la profession du journalisme. Réduisant ainsi la sphère médiatique béninoise. Un an après cette décision de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC), nous nous sommes rapprochés du directeur général du quotidien le ‘’Béninois libéré’ Aboubakar Takou. Dans le franc-parler qu’on lui connait, il s’est prononcé sur sa suspension, ses différentes démarches et sa nouvelle vie.
 

Aboubakar Takou, cela fait un an jour pour jour que votre journal a été interdit définitivement de parution et vous-même avec Eric Tchiakpè votre DP avez interdit d’exercer le métier de journalisme au Bénin jusqu’à nouvel ordre par la HAAC. Pouvez-vous nous rappeler les circonstances de l’audience du 08 décembre 2011 ? 
 
Le Quotidien ''Le Béninois Libéré'' de Aboubakar TAKOU
Aboubakar Takou :Merci chers confrères de l’opportunité que vous m’offrez de revenir sur ce cauchemar. En effet, ce 08 décembre, nous avons été contraints de répondre à une convocation express à la limite policière de la HAAC. Je reviens sur le thème convocation express parce que la tradition qui garantit la défense dans la plupart des invitations classiques de la HAAC aux auditions publiques n’a pas été respectée. C’est le mercredi 7 décembre aux environs de 18h 30minutes que la convocation nous a été remise au siège du journal et figurez-vous sans objet. Dans les coulisses, nous avions déjà été informés des motivations de Théophile Nata et ses hommes. On savait déjà que l’ordre venait d’en haut de faire disparaitre notre journal ‘’ le Béninois libéré’’, Eric Tchiakpè et moi de l’univers médiatique béninois. C’est pourquoi, nous avons exigés de la HAAC des garanties pour notre défense avant de répondre à l’objet qu’ont venait de nous notifier à l’instant. En effet, Edouard Loko et ses amis voulaient qu’on répondre d’une opinion qu’on a écrite sur le sommet du Conseil de l’Entente (CE) qui se déroulait au Bénin. Nous nous sommes refusés à tout commentaire tant que les garanties pour notre défense ne nous auraient pas été accordées. Et ce fut le crime. De réquisitoire tiré sur les cheveux, des insultes grotesques indignes d’un responsable d’une institution, des commentaires désobligeants bref, tous les ingrédients étaient au rendez-vous pour tenter de justifier l’illégal, l’arbitraire et la connerie. Voilà de quelle marmite est sortie l’interdiction définitive de votre journal préféré, mis ous scellé du siège du journal, un local qui ne nous appartient même pas, et l’interdiction à Eric Tcchiakpè et moi d’exercer le métier jusqu’au bon vouloir des ‘’juges’’ de la HAAC.

Il parait que vous avez été aussi dure envers la HAAC ?
 
Dure ! Si rappeler à cette institution son droit à la défense, chose reconnue garantie dans la constitution du Bénin est un crime, alors on aurait été coupable de la pendaison. Ce que je retiens par contre, c’est que l’éducation que Eric Tchiakpè a reçue de feu son père commissaire de police puis avocat et moi-même de mon feu père fonctionnaire de police ne nous permet pas d’insulter quelqu’un à plus forte raison d’adopter un comportement irrévérencieux à l’encontre des conseillers d’une institution. Mieux, nous n’avons même pas versé dans les caniveaux duquel nous tirait un des conseiller visiblement en plein dans les diatribes incestueuses en mélangeant le nom de sa Sainteté le Pape à l’enfer en nous condamnant au passage. Bref, les images existent et témoignent bien de ce qui s’est passé ce 08 décembre.

Et comment vous avez encaissez ce double coup ?
  
Très sportivement. Vous savez, j’aime le sport, j’ai fait les arts martiaux. Il faudrait plus pour m’ébranler.

Vous avez dit tantôt que votre siège est mis sous scellé, entre la HAAC et vous, qui paie les frais de loyer , étant entendu que l’immeuble n’est pas votre propriété ? 
 
Cher confrère, voilà l’une des raisons pour lesquelles Eric Tchiakpè et moi avions fait le mort depuis notre retour de cavale. Il y a des choses qui vont fâcher nos compatriotes et livrer la HAAC a une vindicte populaire si on les sort. Imaginez qu’on a poussé à la chasse à l’homme jusqu’à mettre sous scellé l’immeuble appartenant à autrui depuis un an. Nos matériels, effets personnels du bureau pourrissent, se dégradent dans un appartement hermétiquement fermé depuis un an. Et pour curieux que cela puisse paraitre, je continue de payer tous les mois les frais de loyer au propriétaire. Il m’a été interdit d’exercer un métier dans lequel j’évoluais depuis 17ans et d’où je tenais cent pour cent mes revenus. Je ne suis pas frigoriste, je n’ai pas appris la menuiserie, je ne suis pas qualifié pour enseigner dans un collège et je ne me suis jamais essayé au commerce et voilà qu’on m’interdit le métier qui est le mien. Ça c’est la décision de la HAAC Nata. Peut être qu’on veut nous pousser Tchiakpè et moi à recourir aux vols pour assurer notre pitance familiale et nous éventrer un jour avec une kalachnikov pour dire un jour à l’opinion publique que nous étions des bandits comme un conseiller de la HAAC a su si bien le dire sur une radio internationale dans la semaine de la sanction.

Quelle a été la position de vos confrères et des associations professionnelles au prononcé de la décision ?
 
Nous avons eu des soutiens de l’immense majorité des professionnels des médias du Bénin. Mais des soutiens cachés. Car la consigne tétait claire d’une part et qui quiconque soutiendra le béninois libéré et ses responsables allait vivre plus que le courroux du régime et celui des patrons des associations professionnelles invitées pour la circonstance pour soutenir la position officielle c’est-à-dire celle du régime et dictée par la HAAC. Mon doyen Vincent Foly de la Nouvelle Tribune qui a osé braver les interdictions avait à l’époque reçu pour son compte. Trois semaines de suspension pour de prétexte fallacieux et une série de menaces de suspension définitive s’il continuait à parler là où tout le monde est contraint au silence. Chers confrères, Nous étions la proie facile d’un système. D’autre part, il faut reconnaitre qu’aucun professionnel ne voulait parler du cas Béninois libéré au risque que la HAAC ne le hache. Les associations professionnels avaient la collusion avec le régime jusqu’à parlé de sanction pédagogique au sujet de la décision funeste de la HAAC . Mais en un an, l’eau a coulé sous le pont et les signataires de ce communiqué régimiste sont entrain eux aussi de découvrir le visage lugubre du régime.

Vous-même, vous êtes président d’une association de patrons de presse à t-on appris.
 
Evidement, j’étais le président du PNPB et c’est ce qui m’a valu la rivalité inutile de mon grand frère et jeune frère dans la corporation et responsable du CNPA-BENIN. Permettez-moi de ne pas épiloguer sur cet aspect de la chose. Après ma suspension, et pour faire dans le droit, c’est mon premier vice président Arimi Choubadé dont je salue ici le courage et la confraternité qui a pris les rennes du PNPB. Il a fait ce qu’il a pu. Mais qu’est- qu’il pouvait dans un environnement aussi embrigadé avec des injonctions du pouvoir et les intimidations de la HAAC.

Nous avons appris quelques semaines après votre suspension que vous avez rallié Lomé au Togo alors même que le Président Faure était au sommet de Cotonou.  
 
On n’a pas quitté Cotonou de notre propre chef. Eric Tchiakpè et moi avions fui dans la nuit du 25 décembre lorsqu’on nous a appris que le régime voulait nous voir en prison pour nous empêcher d’ester la HAAC en justice . Pour la petite histoire, sachez qu’un confrère de la place proche du Chef de l’Etat était à mon domicile pour me sonder au sujet de nos perspectives suite à cette décision barbare de la HAAC. Je luis disais alors, que dans un environnement aussi gangrené, seule la justice de mon pays nous sortirait de ce bourbier. Celui-ci disait que cela n’allait pas faire plaisir au chef de l’Etat. Néanmoins, je lui ai fait croire que j’allais déposer ma requête auprès de la Cour Suprême dans la semaine du 25 décembre. C’est l’erreur qu’il ne fallait pas faire. La conséquence, c’est qu’une dizaine de gendarmes était à mon domicile le 26 décembre aux environs de 8 heures avec pour ordre de me présenter au procureur. Dieu merci Thiakpè et moi étions déjà à Lomé. Et contrairement aux prévisions diaboliques du conseiller Akobi de la HAAC qui disait à l’audience du 8 décembre 2011« Qu’on allait être tué dans les capitales des pays dont les Chefs d’Etats étaient à Cotonou » nous avons été bien reçus par les autorités togolaises qui nous ont même accordé l’asile après que rapport du ministre Togolais de l’Intérieur a été fait à son homologue Béninois Benoit Dègla comme le stipule la tradition en la matière. Nous avons vécu pendant près de 10 semaines dans les hôtels avant que reporters sans frontières (RSF) ne nous demande de rentrer au pays et que ça fera trop gros après nous avoir mis en difficulté que le gouvernement béninois se trouve le plaisir de nous jeter en prison. Reconnaissons que jusqu’à ce jour nous n’avons plus été inquiétés. C’est le lieu aussi de remercier RSF qui n’a de cesse de faire des communiqués, d’adresser des lettres aussi bien à NATA de la HAAC et à Boni Yayi du Bénin.

Avez-vous finalement saisit la cour suprême ?
  
Bien sûr que nous avons saisi la cour suprême de notre requête.

Que dévient les cadres du Journal et vous-même ?
  
Nous sommes depuis contraints au chômage et à la misère. Quand quelqu’un tombe sur un grain de maïs, il fait l’effort de le partager avec les autres. Notre seul espoir étant que la justice de notre pays nous rétablisse.

Nous avons appris que vous avez initié une série de rencontres avec certains professionnels des médias béninois. De quoi était question ?
  
Pas grand-chose. J’ai simplement invité les professionnels des médias à la solidarité, parce que le constat est amer que nous faisons tout pour les autres jamais pour nous même. Imaginez par exemple le cas des journalistes de le ‘’POTENTIEL’’ qui comme nous au Béninois libéré sont aussi en train de boucler un an de chômage forcé du fait de l’humeur de la HAAC. Car faut il encore le rappeler, il n’y a pas à ce jour à la HAAC une nomenclature des sanctions pour savoir que telle dérive correspond à telle sanction ainsi de suite. Les‘’juges’’ de la HAAC se confondent à des êtres supérieurs et regardent la tête du client pour inventer une sanction. J’ai invité les confrères à une prise de conscience face à la monstruosité que constitue une HAAC au service de l’exécutif et surtout de son chef.

Que fait Aboubakar Takou aujourd’hui ?  
 
J’ai pensé que le bon sens allait interpeller aussi bien le régime en place que son bras armée la HAAC à l’observance d’une certaine conduite raisonnable en corrigeant le crime mais que ne fut pas ma surprise ! Donc je suis là, j’observe, je souffre bien évidemment mais je vais mettre au profit de mon pays le fruit de mes réflexions. Je prends des contacts, j’écoute des aînés et je remercie d’ailleurs du Bénin qui à travers leurs syndicats respectifs ont introduit dans leurs revendications la levée des sanctions d’interdictions qui pèsent sur certains journalistes et organes de presse au Bénin. Vous savez, la tyrannie d’un prince dans une oligarchie est mois dangereuse pour le développement économique disait MONTESQUIEU que l’apathie d’un peuple dans une démocratie. De ma position de chômeur, j’ai aujourd’hui l’avantage et même le privilège de vivre ce qu’en dure le béninois moyen dans un contexte où seules les voix pour chanter les louanges du régime Yayi sont autorisées. Ne marche aujourd’hui au Bénin que celui qui veut dire des choses pour faire plaisir aux‘’rois’’. C’est dangereux, car comme l’a si bien écrit KARL MAX dans le manifeste du parti communiste : « Dans des conditions bien déterminées, tout phénomène tend vers son propre contraire ». Trop c’est trop, il faut que ça finisse. Que DIEU veille sur le Benin !

Votre mot de fin pour conclure cette interview
  
L’actuel président de la Cour Constitutionnelle du Bénin, alors ministre du Président KEREKOU disait en quelque sorte ceci : Quand un enfant qui a faim pleure, il ne faut se mettre à le brutaliser mais il faut courir à lui préparer son biberon. Les béninois souffrent dans leur chaire, vivent mal et très mal. Le pouvoir en place aurait mieux à faire à laisser les béninois s’exprimer que de fabriquer des baillons pour les condamner encore au silence. Travaillons tous à éviter à notre pays des situations regrettables car c’est dans l’accumulation de petites frustrations que naissent les grands conflits. Que cette mandature de la HAAC tire leçon de ces quelques mots. Je vous remercie.
 
Propos recueillis par Euloge Assiando
Par illassa.benoit - Publié dans : EDITORIAL
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