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 14 Février 2013

   

BENIN : L’historique décision du Pape Benoît XVI peut-elle aider les gérontes béninois à laisser la place aux jeunes ?

    

Par Benoît ILLASSA

 

Lorsque j’ai appris la décision du Pape Benoît XVI qui fait la « Une » de l’actualité depuis quelques jours, je me suis souvenu de l’excellent éditorial de Marwane Ben Yahmed dans « JEUNE AFRIQUE »N° 2717 du 03 au 09 février 2013. Il s’agit d’un article prémonitoire intitulé « Si jeunesse pouvait… ». Par conséquent, cette chronique va y emprunter de larges extraits.

 

D’entrée de jeu, Marwane Ben Yahmed plante le décor : « les jeunes se sentent abandonnés ou exclus, peinent à s’imaginer un avenir dans leur propre pays, et, pis, semblent se résigner à l’avanie que leur font subir leurs aînés. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : une génération qui refuse de céder la place aux suivantes, les maintenant face contre terre sous les semelles de leurs souliers vernis. »

 

Léonid Brejnev, Iouri Andropov et Konstantin Tchernenko furent jadis des gérontes de l’Union soviétique. Qui l’eût cru, aujourd’hui, tous les présidents des Institutions du Bénin sont des gérontes. Ils ont pour noms, Albert TEVOEDJRE (Médiateur de la République), Alidou KOUSSE (Inspecteur Général d’Etat), Mathurin NAGO (Assemblée Nationale), Robert DOSSOU (Cour constitutionnelle), Ousmane BATOKO (Cour suprême), Théodore HOLO (Haute Cour de Justice), Nicolas ADAGBE (Conseil Economique et Social), Théophile NATA (HAAC) et enfin, la seule femme du groupe, Mme Koubourath OSSENI (Grand Chancelier).

 

Au Bénin, la vieillesse constitue encore une source de grande inquiétude. Pour nombre de personnes du 3ème âge, le quotidien continue de rimer avec abandon, mendicité, alcoolisme, pauvreté et maladies diverses…en l’absence d’une véritable politique d’assistance et de prise en charge de cette couche sociale par les autorités du pays.

 

Devenues désormais inactives, les personnes du 3ème âge se heurtent à de nombreuses contraintes. Il en est ainsi des maladies séniles et la pauvreté. « Après 60 ans, les vieillards sont confrontés à différents problèmes de santé notamment les troubles cardiaques, de la mémoire, de comportement, l’incontinence urinaire, le ralentissement du rythme d’exécution de certains actes, des conséquences découlant de la ménopause pour les femmes et de l’andropause pour les hommes…», explique le Dr Josiane Ezin-Houngbè, psychiatre à la Faculté des sciences de la Santé (FSS) de l’Université d’Abomey-Calavi.

 

Pour échapper à ce triste sort peu reluisant, certains gérontes malins ont décidé d’occuper tous les postes juteux de la République au détriment des jeunes. Ils ont été, pour la plupart d’entre eux, professeurs d’universités, ministres, fonctionnaires internationaux, etc. Même vieux, ils sont des carriéristes politiques puisqu’ils font de la politique leur métier et ne veulent pas se laisser guider par l’esprit de sagesse. Ils sont, ce faisant, des prostitués politiques, voire des hommes politiques alimentaires.

 

C’est ce que dénonce Marwane Ben Yahmed lorsqu’il écrit :

 

« Quelle est cette société qui n’offre qu’une alternative : subir ou s’évader, au sens propre (l’exil) ou figuré (internet, alcool, drogue) ? Cette jeunesse, dont la plupart de nos dirigeants aiment à seriner qu’elle représente leur préoccupation première, l’avenir de notre continent, les forces vives de nos nations, n’a d’autre choix que de se débrouiller seule et d’avancer les fers aux pieds… Cela signifie que, chez nous, une infime minorité, cramponnée à son fauteuil et à ses privilèges, dirige et décide sans se préoccuper de l’écrasante majorité »

 

Et il prévient :

 

« C’est une forfaiture, en plus d’un déni. Qui porte en elle les fruits vénéneux d’un bien triste avenir, celui d’une relève qui n’aura jamais été préparée à se voir transmettre le témoin. A moins qu’elle ne finisse par s’emparer de son dû de la seule manière qui lui reste : en l’arrachant des mains sclérosées de ceux qui, comme dit le proverbe malien « veulent faire leur temps mais aussi celui de leurs enfants »

 

Le plus célèbre de ces gérontes béninois est, naturellement, l’octogénaire Albert Tévoédjrè. Voici ce que, dans le quotidien Daho-Matin du 25 février 1961, Paul Hazoumè écrit à son propos dans un article intitulé « Réponse au petit commis Albert Tévoédjrè» :

 

«…Albert Tévoédjrè avait fait des études en vue de devenir professeur. Mais, aujourd’hui, il se croit obligé de ramper pour vivre. Et dire que si quelqu’un s’était avisé de lui faire couper sa bourse quand il était étudiant peu laborieux, peu sérieux à Dakar et à Toulouse, les âmes sensibles n’eussent pas manqué de crier à l’injustice. Et pourtant, c’eut été un grand service qu’on eût rendu à ce pays. Tévoédjrè n’eut pas été préparé ainsi à trahir la plus noble des causes, celle de ce Dahomey qu’on avait saigné pour allouer une bourse à son futur traitre… »

 

Ironie de l’histoire, 52 ans plus tard, le renard continue de ramper devant plus grand que lui !

 

« …Caméléon, il ne change pas seulement de couleur de peau, mais aussi celle de son âme, selon les nécessités de l’heure. Il s’était mis du côté de son Afrique et a gémi sur son sort dans son livre « L’Afrique révoltée ». Vous le croyez sincère, vous vous disposez à l’encourager dans sa défense de la cause de l’Afrique, vous lui témoignez votre sympathie.

 

Mais, subitement, il fait volte-face. Il s’étend à plat ventre et se met à ramper pour obtenir les faveurs des puissants du jour. Il sait jouer des coudes pour aller occuper la première place à côté des maîtres provisoires de notre République, les encenser… Je suis sûr que si demain l’orage qui menace, éclate et balaie, comme un fétu, la clique des jouisseurs qui se trouvent à la tête de cette nation, … Tévoédjrè demanderait à se mettre au service du parti qui gouvernerait…Chez Tévoédjrè, la faim est doublée d’ambition exagérée… »

 

A la veille de l’élection présidentielle de Mars 2006, voici ce que, dans un article intitulé « Halte à l’imposture » paru dans le quotidien Fraternité du 03 février 2006, le Professeur Antoine Détchénou écrit :

 

« Arias sait tout, comprend tout. Il a fait le tour du monde, foulé de ses pieds tous les continents : l’Europe et l’Amérique, l’Asie et l’Océanie. L’Afrique est sa chambre à coucher. Sa maison privée : la Banque Mondiale, le Fmi, le Bit, l’Oms, la Bceao, la Boad, la Fao, l’Unesco, …que sais-je encore ? On pouvait croire que pour avoir beaucoup voyagé, il serait « revenu plein d’usage et de raison » comme Ulysse, « vivre parmi les siens le reste de son âge ».

 

Non, la raison fait défaut à Arias, la déraison est son moindre défaut. Insatisfait d’avoir trouvé Dieu, quelque part, là-haut, et Dieu lui a dit : j’ai trouvé mon élu. Il se nomme Yayi Boni. Suivez-le. Ah, l’imposture ! Le recours à l’homme providentiel!... 1996. Arias et consorts ont fabriqué un autre messie avec un homme fatigué, en fin de course. Ils nous ont présenté l’auteur du second évangile selon Saint Mathieu. Mais cet évangile était apocryphe. Comme le figuier maudit, il s’est desséché et a desséché le pays…

 

Après plus d’un demi-siècle d’engagement dans l’arène politique marqué par tant de coups reçus et donnés, tant de médisances, de calomnies et de haines tenaces et fétides, le temps est venu de te libérer de toutes les outrances, de te taire, de « t’éclipser ». L’expression vient de toi. Alors éclipse-toi. L’indispensable réconciliation avec tes frères …est à ce prix. »

Le 28 février 2012, la ministre béninoise chargée des Relations avec les Institutions, Mme Safiatou Bassabi a annoncé que Boni Yayi avait décrété chaque 28 février, date de la clôture de la Conférence nationale des forces vives de la nation, comme Journée du Consensus national. Cette année, c’est le jour choisi par le Pape Benoît XVI pour rendre son tablier.

A cette occasion, il serait judicieux que les gérontes béninois tendent la main à la jeunesse pour les aider à mettre le pied à l’étrier.

IB