BENIN : Le périple de Benoit ILLASSA, premier Ambassadeur du Bénin auprès de l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie). Suite…
Episode N° 2 : Location de la Chancellerie devant abriter la Délégation Permanente du Bénin auprès de l’OIF à Paris
Le MAEC ne voulait pas du tout financer cette location. Le Bénin possède un patrimoine immobilier composé de quatre sites à Paris : l’Ambassade bilatérale, le Consulat Général, la résidence de l’ambassadeur bilatéral et une résidence appelée la maison des chauffeurs. Initialement, l’Ambassade bilatérale était située dans le même immeuble qui abrite aujourd’hui le Consulat général. Ce dernier et l’Ambassade bilatérale sont classés « monuments historiques » par la France. Ce patrimoine a été acquis par le Dahomey dans les années 60, après l’accession de notre pays à la souveraineté internationale, par l’un de nos Présidents assez visionnaire.
Durant la période révolutionnaire, ce patrimoine n’a jamais été rénové et se détériorait. Après la Conférence Nationale de 1990, les béninois de la diaspora de France ont remis un cahier des doléances au Président Nicéphore SOGLO. J’ai moi-même fait partie des cinq personnes désignées pour rédiger ce cahier des doléances dont la demande majeure était la rénovation de notre patrimoine immobilier à Paris. Le Président SOGLO ne donnera pas suite. C’est le Président KEREKOU revenu au pouvoir en 1996 qui va donner une suite favorable à notre requête. C’est lui qui va décider d’affecter un budget conséquent pour la rénovation du patrimoine immobilier béninois à Paris. Depuis, les Présidents qui se sont succédés ne font que du replâtrage.
C’est dans ces conditions qu’une fois nommé Ambassadeur, le Président de la République m’a instruit aux fins de louer des locaux devant abriter ma Chancellerie à Paris. En attendant de trouver un site qui correspond à ma lettre de mission, j’installai mon bureau dans le salon de ma résidence privée. J’utilisais ma voiture personnelle. Mieux, j’ai acheté, avec mes deniers propres, le premier ordinateur et la première imprimante pour les besoins de la Chancellerie. Cette situation va durer un peu plus d’un semestre.
Malgré mes réseaux français, je ne suis pas arrivé à trouver un site adéquat. Je fais appel alors à une dame exceptionnelle qui connaît bien le sujet et qui a déjà travaillé pour les chancelleries d’autres pays africains. En effet, les diplomates africains sont considérés comme des mauvais payeurs. Non pas à cause de l’immunité de juridiction, mais à cause du retard dans la liquidation des budgets du MAEC. Avant l’arrivée du Président TALON au pouvoir, le budget voté fin décembre de l’année N n’est liquidé qu’à la fin du premier semestre de l’année N+1. Ce qui met en difficulté les diplomates en poste dans nos représentations diplomatiques. C’est ainsi que, dans un pays européen du nord (avec un froid sibérien glacial), le chauffage fut coupé pour non-paiement des factures. Les diplomates étaient obligés de garder leur manteau sur eux pour travailler dans les bureaux.
Pour remédier à cette situation nuisible pour l’image de notre pays, dès son arrivée, le Président TALON a ordonné au Ministre de l’Economie et des finances la liquidation des budgets de fonctionnement dès le mois de janvier.
J’ai donc finalement trouvé un local qui répond aux exigences de la Haute Autorité. Il faut maintenant payer la caution et les premiers loyers. Là encore, le MAEC va me glisser des peaux de banane. Le ministère va me dire que les fonds ne sont pas disponibles. Or sans une adresse, je ne peux pas recevoir les courriers de l’OIF, ni ceux des ministères sectoriels et avoir une ligne téléphonique. J’utilise mon téléphone personnel et mon email personnel. Je ne pouvais pas ouvrir un compte bancaire professionnel au nom de la Délégation Permanente. Je comprends alors qu’on m’a nommé à un poste sans contenu et sans moyens.
J’en réfère au Président de la République qui m’a toujours soutenu dans mes démarches. Il me demande d’aller voir mon collègue, l’Ambassadeur bilatéral, pour demander un préfinancement. Ce que je fis. Mais celui-ci me dira que les fonds disponibles à la Chancellerie ne lui permettent pas de répondre favorablement à ma demande. J’en réfère immédiatement à la Haute Autorité par téléphone. Il s’en est ému de la situation et me demande de lui laisser la main.
Un vendredi nuit, à deux heures du matin, je reçois l’appel téléphonique de mon collègue ambassadeur bilatéral. Il me dit qu’il venait de raccrocher avec le Président de la République qui venait « de lui passer la savonnette ». Il me convoque le lundi suivant à neuf heures en présence de l’Attaché financier (AF) de l’Ambassade. Le jour J, c’est avec un chèque de banque au nom du bailleur que je quitte l’Ambassade bilatérale.
Et je me pose toujours des questions. Comment doit-on attendre l’intervention de la Haute Autorité pour gérer une affaire aussi banale que la location d’un lieu pour abriter une chancellerie ? J’aime dire souvent : le Président de la République doit gérer 35 ambassadeurs, 24 ministres, 12 préfets, 83 députés, les présidents des institutions de la République, ses homologues étrangers, les directeurs des entreprises publiques, etc. Or il n’y a que 24 heures dans une journée !!! Je continue de croire que le Président a besoin d’un Conseiller diplomatique au Palais pour suppléer les carences du MAEC. Ce poste stratégique est d’autant plus nécessaire aujourd’hui avec la fermeture unilatérale des frontières par notre grand voisin de l’Est.
Dans le prochain épisode, vous verrez les achats du mobilier et du matériel roulant et les difficultés du recrutement des collaborateurs recrutés localement. Il s’agit essentiellement de la secrétaire particulière (SP) et du chauffeur. Vous verrez que mon chargé de mission était quasiment en village de vacances. Pour chacun de mes collaborateurs, vous verrez que je n’ai jamais licencié personne et, en conséquence, j’ai quitté mes fonctions la tête haute. Aucune assignation devant le Conseil des Prud’hommes. Je laisse aussi une trésorerie florissante car, même dans ma vie personnelle et privée, quand j’ai un budget de 100, je fais tout pour ne pas dépenser plus de 70. En effet, la gestion en bon père de famille parle pour le Juriste que je suis et mon parcours professionnel plaide en ma faveur.
A très bientôt donc…
Benoît ILLASSA
Ambassadeur
Fait à Paris, le 18/11/2019
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