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BENIN : Le périple de Benoit ILLASSA, premier Ambassadeur du Bénin auprès de l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie).

 

 

Propos liminaires

 

 

J’ai côtoyé le candidat Patrice TALON à Paris lors de son exil parisien et j’ai assisté à toutes les audiences au TGI de Paris. J’y ai introduit plusieurs amis avocats de notre continent. C’est plus tard que Patrice TALON me présentera Olivier BOCCO.
Nous déjeunions ensemble dans un restaurant proche du domicile de notre champion où nous avions nos habitudes. Lors de l’un de ses déjeuners, je demande à Patrice TALON d’être candidat aux présidentielles de 2016 au Bénin. Nous étions trois à table. Patrice TALON, Olivier BOCCO et moi-même. Le premier était en face de moi, le second à ma droite. Le principal intéressé me dira pourquoi pas toi. Je te vois bien occuper cette fonction. Le second me dira pourquoi pas moi ?
Au premier je dis ceci : je n’ai ni cette ambition, ni tes moyens. Au second, je dis que quand TALON sera Président, tu vas gérer ses affaires. TALON me demande alors de lui laisser le temps de réfléchir et consulter ses proches. Quelques jours plus tard, je saute dans un avion pour rejoindre Cotonou. De Cotonou, je rends à Womey (Porto-Novo) chez celui que nous appelons tous « le père du Président ». Je lui demande de bien vouloir m’aider à convaincre son neveu d’être candidat aux présidentielles de 2016 dans notre pays.
De retour à Paris, Patrice TALON me dira qu’il accepte d’être candidat mais pose une seule condition. Il ne sera candidat que pour un seul mandat de cinq ans non renouvelable. Pour lui, les présidents qui s’éternisent au pouvoir passent le premier mandat à préparer le second sans développer le pays. C’était là un point de divergence majeur. Je retourne faire une étude comparée et je reviens pour lui dire que, dans aucun pays au monde il n’existe un tel mécanisme. On peut exiger un mandat unique de sept ou neuf ans. Il n’en démordait pas. J’eusse alors recours à des sommités, plus expérimentés que moi. Il n’en démordra jamais jusqu’à la victoire d’avril 2016.
J’ai fait campagne au Bénin et j’ai accompagné le candidat au sud et dans les collines. On n’avait décidé qu’après la victoire, il n’y aurait pas de gouvernement de remerciement. Mieux, on devrait avoir un gouvernement de 20 membres. J’ai personnellement proposé un gouvernement de 16 ministres et 4 secrétaires d’Etat. Le Président me dira que, pour éviter un sentiment de frustration, il vaut mieux nommer 20 ministres pleins. Ce qui fut fait.
Après notre victoire, le Président m’a dit ceci :
« Même si pendant la campagne j’avais dit qu’il n’y aura pas de gouvernement de remerciement, toi tons cas est différent. Tu es mon frère et mon ami ». Il me demanda, à quatre reprises, où voudrais-je qu’il me nomme. Ma réponse n’a jamais variée : où tu le jugera opportun pour te servir et servir la République. Je ne lui avais encore jamais remis mon CV alors même que je lui avais remis les CV des amis qui venaient me voir à la maison. C’est ainsi que j’ai été le premier à lui remettre le CV de l’actuel DG du FNPEJ !!!
Le 10 avril 2016, le Président me téléphone pour me demander de venir lui remettre mon CV avant mon départ à Paris prévu pour le 12. Ce que je fis. Arrivé à Paris, quelques semaines plus tard, le Président m’appelle pour me demander de descendre à Cotonou. Je dîne chez lui, en tête à tête, autour d’un plat léger. Il m’informa alors qu’il a décidé de me nommer Ambassadeur du Bénin auprès de l’UNESCO à Paris. J’étais très content et je le remercie chaleureusement. Je fais la confidence à des proches dont un ami journaliste qui va écrire un article pour révéler l’information au grand public. Le secret d’alcôve étant désormais dehors, le Président de la République va subir des pressions énormes. Les tenants du statut quo ante vont alors décider de faire échouer cette nomination. Les raisons souvent invoquées étant que je n’étais pas un professeur de rang magistral. Face à ce tollé, le Président me rappelle à Cotonou pour me dire qu’il a décidé de créer une Ambassade auprès de l’OIF afin je puisse rester dans mon environnement habituel.

 

Premier épisode : Les résistances du MAEC

 

J’ai été nommé Ambassadeur, Délégué Permanent auprès de l’OIF par le Décret pris en conseil des ministres du 16 septembre 2016. J’étais à Paris et je rejoins Cotonou pour des formalités administratives avant ma prise de service. Au MAEC, on me demande d’aller moi-même chercher mon Décret de nomination au Palais de la République. Premier couac. Qu’à cela ne tienne, je vais voir le Secrétaire Général du Gouvernement qui me donne copie du précieux sésame que je vais remettre au MAEC. Dès cet instant, j’ai compris que « les allogènes » ne sont pas les bienvenus dans la maison. Après, je rencontre pour la première fois le ministre des Affaires Etrangères lors d’une audience avec le Chef de l’Etat. Il annonce qu’il va me déléguer un chargé de mission. Je demande à mon tour au ministre que, s’agissant d’un poste nouvellement créé, j’avais besoin qu’il me délègue des cadres du ministère pour la réussite de ma mission. Il acquiesça devant la Haute Autorité.
En novembre 2016, je devrais me rendre au 16ème Sommet de la Francophonie à Antananarivo (Madagascar). J’appelle le DAF du MAEC pour demander l’établissement d’un billet d’avion pour mon déplacement. J’obtiens une réponse laconique : « nous n’avons pas un budget pour votre représentation diplomatique car toutes nos lignes budgétaires sont épuisées ». J’appelle immédiatement le Président de la République pour lui rendre compte. Il s’étonne de la réponse qu’on m’a servie et me demande de patienter. Avant même le retour de la Haute Autorité, vingt minutes plus tard, j’avais mon billet aller/retour dans ma boîte mail.
A Madagascar, j’ai brillamment remplacé le ministre des affaires étrangères qui ne viendra qu’à la veille de la clôture du Sommet. En effet, avant d’être Ambassadeur, j’étais, cumulativement avec mes fonctions de Juriste de haut niveau, consultant auprès de l’OIF. Donc j’étais un habitué de ces grandes messes. Lors du déjeuner avec le ministre, le dernier jour du Sommet, celui-ci me tança pour me montrer toute la haine qu’il avait contre ma personne : « vous aviez écrit un article contre moi sur votre blog intitulé : Agbénonci, l’oiseau rare de Tévoédjrè. Mes klébés avaient voulu vous attaquer, c’est moi qui ai calmé leur ardeur. Mais sachez que je suis un homme libre et responsable. Je ne reçois pas mes ordres de Tévoédjrè. C’est sans doute une vue de votre esprit… ». Il a prononcé ces mots devant plusieurs témoins dont l’actuel SG (il était à l’époque Directeur des Organisations Internationales - DOI) du ministère, Hervé Djokpé, Adolphe KPATCHAVI et le Professeur Paulin HOUNTONDJI, sherpa du PR auprès de l’OIF. Loin de m’ébranler, je me suis souvenu des conseils que m’ont donnés certains hauts fonctionnaires béninois que j’ai eu la délicatesse de consulter avant d’aller rejoindre mon poste.
Revenu à Paris, il me fallait trouver un local pour abriter ma chancellerie conformément aux instructions du Président de la République. En attendant, mes bureaux sont installés dans mon salon. J’ai des missions que je dois accomplir à l’OIF. En effet, le Bénin préside le Groupe de travail intitulé : le français dans le monde. Sauf erreur ou omission, c’est le plus grand groupe de travail à l’OIF. Contrairement à ce qui a été véhiculé par des mauvaises langues, le Bénin n’est pas le seul pays à avoir des ambassadeurs à l’OIF. La Côte d’Ivoire et l’Arménie ont des Ambassadeurs dédiés à l’OIF. Beaucoup d’autre pays trichent avec les textes. En effet, l’OIF n’a pas d’accord de siège avec la France. Curieux non ? Alors, pour remédier à cette lacune, beaucoup de pays nomment des Ambassadeurs, soit au niveau bilatéral, soit à l’UNESCO. Ce qui était le cas du Bénin auparavant. Je vais découvrir le pot aux roses par un pur hasard. C’est lorsque le Consulat Général de France à Cotonou va refuser de livrer un visa à mes collaborateurs qui devraient venir du Bénin malgré les passeports de service délivrés par le MAEC. J’ai été voir l’Administrateur de l’OIF à ce sujet. Parallèlement, j’ai introduit une demande à la Commission politique de l’OIF. La majorité des pays membres m’ont suivi une demande dans ce sens a été adressée à l’Administrateur pour réviser les accords entre la France et l’OIF. Cela devrait être acté au dernier Sommet de l’OIF en Arménie. Mais ma présence dérangeait le ministre des affaires étrangères, Aurélien Agbénonci. Alors que c’est moi qui ai préparé tous les actes de ce Sommet.
Ce fut la même chose quand Madame Michaëlle JEAN, SG de l’OIF s’est rendue en visite officielle au Bénin. Aurélien Agbénonci a tout fait pour que je ne sois pas du voyage. Le Président de la République qui m’a toujours soutenu n’a pu rien faire.

Dans le prochain épisode, vous allez découvrir les peaux de banane qu’on m’a glissées avant que la Haute Autorité ne tranche en ma faveur pour la location du siège de la chancellerie !!!

IB

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Tag(s) : #Politique Béninoise
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