Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

 

Les médecins béninois hors de France !

 

  

Je profite de l’actualité pour donner une petite explication à un monsieur des fidèles lecteurs de nos chroniques. Il a un nom et une origine aussi peu français que les vôtres et le mien (Sarkozy ?), mais sous son air de poupée choyée, c’est un monsieur très important pour les Français. Il est, je crois, le chef de la police ou de la douane ou quelque chose dans le genre.

En tout cas, concrètement, il est chargé par le gouvernement français de reconduire les individus sous-développés à la frontière, de réduire la quantité de visas accordés à ce type d’individus, d’empêcher la prostitution et la mendicité, de fusionner toutes les associations musulmanes (mosquées) en une seule et gigantesque association financée par la France et dont les présidents (imams) ne seront plus désignés en vertu de la loi du premier juillet 1901, mais nommés (« formés ») par l’État français. Il est aussi chargé, je crois, de disperser les jeunes qui se regroupent dans les quartiers et de créer des spectacles antiterroristes dissuasifs pour les futurs candidats à la mort. Bref, c’est un monsieur qui a du cran pour que la France elle-même choisisse de lui confier, lui dont les parents n’avaient pas été reconduits à la frontière, ce qu’elle considère comme la priorité de ses priorités aujourd’hui.

 

Tout ceci pour dire que le Bénin ne souffre d’aucun problème de manque de médecins. Ce dont il a besoin en matière de santé, c’est d’abord plus de sous, même si déjà, souvent, le budget de l’Education nationale et celui de la Santé représentent à eux seuls environ la moitié du budget de l’État. Ce ne sont pas les médecins qui manquent. C’est la capacité administrative et financière à les répartir, à leur donner des moyens d’action à côté d’habitudes positives qui disparaissent (la consommation de l’infusion du kodo, tous les matins par les enfants, par exemple, qui cède de plus en plus au Nescafé au lait ou au Milo). Car, il faut le dire, nous avons du talent pour ne récupérer dans les apports de nos contemporains que les éléments de consommation les plus nocifs. Ce dont la santé béninoise a besoin, c’est d’équipements sanitaires modernes qui complète la compétence, la conscience et l’intégration sociale des médecins du Bénin. Ce dont la médecine béninoise a besoin le plus, c’est plus de capacité financière des citoyens pour payer les remèdes de plus en plus chers qui s’imposent et bouleversent leurs habitudes.

S’il y a des médecins d’origine béninoise en France qui exercent et qu’il n’y a pas d’autres médecins qui chôment, pour moi, et d’après ma logique en voie de développement, cela signifie qu’en France, il y a besoin de médecin aussi. Mais il y a plus que la logique. Il y a la vérité des faits.

Récemment malade, j’ai été confronté à cette médecine française. J’ai été invité à l’écrire. Ce n’est évidemment plus la peine puisque, quelques semaines plus tard, j’ai commencé à entendre la publicité d’un roman intitulé « Docteur, puis-je vous voir avant six mois ? » Un titre qui à lui tout seul résume la totalité de mon aventure tout en me rappelant les conditions dans lesquelles, à Cotonou, sans ambulance, ma compagne fut sauvée d’un semi-coma provoqué par une crise de palu, dans une clinique ordinaire où j’ai dû la transporter dans l’urgence. Les Français estiment que leur médecine est la meilleure au monde. Ce n’est pas faux ! c’est français.

Or, je constate que dans la meilleure médecine du monde, il vaut mieux avoir un rendez-vous avec la maladie, une année auparavant, choisir la bonne maladie pour ne pas se tromper de spécialiste, passer forcément par un généraliste (c’est la loi) dont le rôle n’est pas de soigner, mais d’écrire pour te prescrire des aspirines ou quelques bricoles que la pharmacie refusera de te vendre sans cette ordonnance, et un mot sans lequel le spécialiste ne te prendra pas, même six mois plus tard. Si tu es sous-développé en plus, tu dois refaire une énième fois le test du Sida, avant toute chose, et avec beaucoup de chance, quelqu’un te dira, dans la foule des personnes par où passer, le nom de ta maladie. En dix ans, depuis mon problème de dent, j’ai été confronté à la médecine française quatre fois. Quatre fois, j’ai subi ce genre de pratiques à Paris, au Sud et au Nord de la France. Et puisque pour un rhume ou des céphalées, les hommes d’État africains vont se faire soigner en France, je commençais à me demander si je n’étais pas malchanceux et à me dire qu’il n’était pas possible que les choses fonctionnent ainsi. La publication de ce roman auquel je faisais allusion me rassure à cet effet.

Ne soyons pas hypocrites, si la liste d’attente dans les cabinets médicaux est si longue, c’est soit que la machine est mal huilée, soit qu’il manque des médecins ou encore les deux. Or, s’il manque des médecins, pourquoi ceux qui sont d’origine béninoise ne pourraient pas servir ? Pour qu’on ne dise plus : « Va voir le Béninois du coin, les médecins béninois sont sérieux » ? Très exactement comme on m’a déjà dit des médecins juifs ? Vaut-il mieux entendre cette exhortation vers les médecins juifs uniquement ? Sans doute, ce serait plus propre ! En quoi la présence de médecins d’origine béninoise gêne-t-elle la sécurité de l’État français ? Je défie M. Sarkozy d’apporter une réponse non biaisée à cette question.

(...)L’autre exemple, et je m’en arrête là puisqu’on pourrait en prendre dans chaque domaine, c’est la chirurgie. Il y a un petit village à deux cent vingt kilomètres de Cotonou (Cakaloké) où depuis des générations des individus d’une même famille se consacrent à une activité qui aurait été bannie depuis des lustres en France, sous prétexte de médecine illégale. Lorsqu’un membre est touché par une luxation, une entorse et même une fracture, sans autre blessure, cette famille soigne le membre par de simples massages. J’ignore si cela est scientifique, mais le résultat est positif à cent pour cent à condition que le malade soit pris en main dès le jour de son accident. C’est notoire quand bien même marginal. C’est presque gratuit, mais c’est très peu pratiqué parce que cela n’intègre pas les schémas des programmes de santé. Tout comme le papayer qu’on n’a pas attendu le professeur Montagnier pour intégrer dans nos gestes de guérison. Je veux dire qu’au Bénin, le médecin n’est pas un dictateur et le patient potentiel un assisté incapable de prendre lui-même certaines décisions de survie.

 

Enfin, ce que je voudrais expliquer à M. Sarkozy, même s’il estime que les explications empêchent de progresser, c’est tout simple. C’est qu’en réalité, la majorité de ces médecins n’ont même pas bénéficié d’aide ni de l’État béninois, ni de la France, pour payer leurs études. Leurs familles ont souffert pour accumuler des CFA et les envoyer étudier en France. Dans le contexte mondial actuel où l’employé a remplacé l’individu, il est totalement archaïque d’empêcher les gens d’offrir leur service où on en a besoin et où ils estiment, à tort ou à raison, qu’ils se vendent le plus cher.

Aussi pernicieuses qu’elles soient, des affirmations de ce genre discréditent radicalement les progrès qu’on semble attribuer à l’intelligence et nous ramènent vers une question d’origine toute simple : que voulons-nous au juste ? Et : ce que nous voulons est-il vraiment différent, positivement, de ce qu’expriment les individus que nous caricaturons pour les besoins de la politique ? Sans détour, je soutiens que les Français auraient été surpris d’entendre un M. Le Pen faire la même suggestion. Mais quand c’est un M. Sarkozy qui tient de ces propos, ils ne sont même pas relevés. Que l’on se rassure, si tous les médecins béninois de France décident de rentrer au Bénin, ils ne traverseront pas deux frontières ! Ils sont demandés ailleurs aussi, grâce à une réputation dont ils héritent.

Et vous savez comment on accueillerait votre discours au Bénin ? « Caramba ! Sa première copine a dû épouser un médecin béninois et il a mal ! »

Ce texte a paru dans La lettre des diasporas, bulletin d’information de la Médiathèque des diasporas (Cotonou).

 

(...)L’autre réalité, revêche, preuve également de l’indignité des personnes concernées au regard de la dette de formation qu’elles ont parfois envers leur État, c’est que la plupart ne sont même pas employées à leur juste valeur. Un certain nombre servent d’aides-soignants avec leur grade de médecins. Et tout en s’humiliant ainsi au regard du prestige de leurs collègues européens, elles sont forcément efficaces pour les missions qui leur sont confiées. Ces médecins-aides-soignants-sous-développés ne prennent en revanche la place de personne. Au moment où l’État français fait la cour à des aides-soignants espagnols ou d’ailleurs, voici que des individus de niveau d’étude supérieur, qui en plus maîtrisent votre langue parfois même mieux que certains parmi vous, se livrent au même prix, et la plus grande récompense que vous leur apportez, c’est de suggérer qu’ils constituent un problème d’immigration. C’était trop curieux pour ne pas être évoqué !

La semaine dernière, j’écrivais qu’il n’y avait pas beaucoup de dentistes au Bénin. Dimanche, ce monsieur a redit à la télévision qu’il y avait moins de médecins béninois au Bénin qu’en France, en prenant soin d’ignorer mes deux autres révélations, à savoir que les habitudes hygiéniques de la masse ne nécessitent peut-être pas davantage de dentistes et que d’ailleurs s’il y en avait plus, ils chômeraient parce qu’il n’est pas certain que la population ait les moyens de les payer. De là à suggérer que les médecins français d’origine béninoise retournent au Bénin, il y a quarante-trois ans d’hésitations, de réflexions, et six mille kilomètres que M. Sarkozy n’a pas hésité à franchir en un clin d’œil, du bas de son plateau de télévision.

Je suis certainement le plus épouvanté, le plus choqué, de voir que des praticiens pour la formation desquels l’État sous-développé a sacrifié des deniers importants de ses maigres ressources aient si peu de morale pour ne pas retourner servir, en retour, le même État, si peu de dignité pour laisser croupir leur propre peuple dans la maladie en s’investissant au luxe d’autres populations (puisque tel est le raisonnement). Mais, n’en déplaise à M. Sarkozy, parfois, souvent même, j’allais dire presque toujours, l’explication des phénomènes peut permettre de mieux les comprendre, d’éviter des contre-vérités et de leur apporter une réponse adéquate.

Au Bénin, en effet, pays sous-développé en voie de développement, il y a beaucoup de médecins. Il y a même beaucoup de médecins de qualité. En tout cas, il y a des médecins qu’on va voir quand on tombe malade et qui vous auscultent, vous soignent. Ils ne sont que moyennement débordés, sauf au Centre hospitalier et universitaire de Cotonou où il se pose, depuis de nombreuses années, hélas ! de sérieux problèmes d’organisation administrative et qui ont pour conséquence d’accumuler des cas graves et finalement de rendre cet endroit peu fréquentable. La compensation à cet absentéisme est la prolifération des cliniques ou cabinets médicaux (où exerce d’ailleurs quelques rares Français, mais surtout les mêmes médecins du CNHU).

Mais ils demeurent assez chers pour la capacité de la majorité des citoyens qui, pour les petites maladies s’adressent au centre de santé le plus proche car il y en a généralement un. Feu le docteur Alfred Comlan Quenum, les équipes professorales de la faculté des sciences de la santé et l’ancien régime du PRPB ont fait, chacun à son niveau, de gros efforts en la matière, pour un État qui existait depuis seulement une vingtaine d’années, et cela mérite d’être signalé.

Je ne vais pas revenir sur le vieux débat concernant les mesures du développement : combien de médecins pour combien d’habitants, etc. Il me semble aberrant. L’exemple du cure-dents que je donnais la semaine dernière parmi tant d’autres convient clairement pour dire que la quantité de dentistes ne détermine pas, à elle seule, la bonne santé dentaire d’une population. De même, le fait qu’il n’existe qu’un hôpital psychiatrique pour tous les sept millions de cerveaux béninois ne rend pas les béninois plus débiles que n’importe quel autre peuple. Ils ont d’autres types de comportements sociaux qui compensent la capacité biologique des individus à assumer « l’anormal », d’autres types de thérapies même et d’autres possibilités de guérison en cas de maladie. En revanche, pour y voir déjà servi, je sais que ce seul centre psychiatrique a besoin de plus de moyens financiers pour mettre en œuvre plus judicieusement encore les programmes et plans de suivie, d’insertion et peut-être même de soins.

 

Camille Amouropar
Publicité
Tag(s) : #ACTIVITES MILITANTES
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :