02/07/2007
En marge de la journée de sensibilisation sur la Drépanocytose organisée par l’OILD (Organisation internationale de Lutte contre la Drépanocytose) le 30 juin 2007 au stade Charlety, cause à laquelle le champion n’a de cesse d’offrir son image, Lilian Thuram a accordé une interview à la rédaction d’Afrikara.com. Le défenseur traditionnellement à l’attaque sur les questions des droits de l’homme et le refus de la «bouc-émissairisation» des Immigrés africains particulièrement, en a profité pour exposer et clarifier ses vues sur les questions raciales, ethno-raciales qui gangrènent aujourd’hui les républiques européennes anciens Etats coloniaux et négriers.
Avec beaucoup de calme et discernement, sans esquive ni faux semblants, Lilian Thuram s’est livré à un exercice qui le passionne visiblement, contribuer à «rassembler» les gens, expliquer qu’«il n’y pas de fatalité», ni dans la situation de l’Afrique qui regorge de richesses et se meurt de pauvreté (paupérisation), ni dans la situation des Noirs en France.
Serein et décontracté, le Marron Thuram déroule un argumentaire pensé, enrichi de nombreuses lectures aisément décelables et une réelle volonté d’apprendre, de comprendre le monde et de transmettre cette compréhension.
Le racisme pour le sportif et le citoyen est «normal» dans une société où on a enseigné des siècles durant aux populations, dans le but de dominer et d’exploiter l’Afrique que «certains étaient supérieurs à d’autres».
«C’est devenu culturel, c’est le fruit de l’histoire», «si on venait vous dire et vous enseigner que vous êtes supérieurs aux autres vous n’éprouverez pas le besoin de remettre en cause ce que l’on vous aura enseigné».
De là découle l’analyse très fanonienne des «complexes de supériorité des Blancs» et des «complexes d’infériorité des Noirs».
Point particulièrement intéressant et pas nécessairement consensuel dans la réflexion du citoyen et marron Thuram, l’idée que ce sont les dominés qui doivent faire l’histoire, provoquer le changement, ce qui s’interprète en termes dialectiques comme la contradiction à porter à un système d’exploitation voué à être bousculé par les forces antagonistes du mouvement qu’il secrète. «Ceux qui doivent faire le plus d’efforts [d’affirmation] ce sont les Noirs, c’est eux qui subissent» Lilian Thuram n’insiste pas davantage d’autant que sa philosophie par moments un peu généreuse semble être de «comprendre l’Autre». Mais que pourrait-on déduire de cette position qui exhorte les dominés à lutter contre une situation qui leur est si peu avantageuse ? Qu’ils se fédèrent, s’organisent pour «entrer en république», qu’ils se fassent entendre et parlent peut-être plus souvent d’une voix sinon accordée du moins non discordante ? Un jour peut-être le citoyen Thuram ira au-delà de l’explication …
Sur la question de la «Discrimination positive» Lilian Thuram s’est montré très réservé, même hostile à ce principe qui est selon lui «le refus de l’égalité», qui correspondrait non pas à appliquer le principe républicain à tous mais à promouvoir quelques uns, d’une façon ou d’une autre. C’est en ce sens qu’il s’est prononcé sur l’avancée des questions de diversité en France, souvent annoncée comme une priorité des partis avant les périodes électorales et remise aux surlendemains aux moments fatidiques.
«Cela pourrait être un leurre de nommer une personne issue de la diversité. Une personne blanche pourrait avoir une action positive sur la condition et Noir et une personne issue de la diversité pourrait avoir une action négative pour l’avancée des Noirs.». Un regard certes non racialiste de la résorption des tensions et discriminations, du gap ethno-racial français mais qui pourrait être réinterrogé lorsque l’on a à l’esprit la conviction du même Thuram que ce sont les dominés (qui subissent) qui par conséquent doivent faire le plus d’efforts pour sortir de cette situation postcoloniale. Si donc la majorité blanche n’a pas nécessairement intérêt à voir fondre ses rentes historiques de situation n’est-ce pas aux Noirs accablés par les complexes d’infériorité construits pendant les siècles d’être à la tête des mesures de changements égalitaires ?
«Le plus important est d’élever la conscience politique de la société. Malheureusement beaucoup de propos que l’on a entendu ces derniers temps tendent tirer la société vers le bas» a conclu le capitaine de l’équipe de France revenu en grâce dans son club espagnol de Barcelone.
P.S : Extrait de l’interview accordée à Afrikara par Lilian Thuram le 30 juin 2007, grâce à l’aimable facilitation des organisateurs et de l’OILD
Afrikara
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