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Les petits métiers de l’inondation à Cotonou
BÉNIN - 5 juillet 2007 - PANAPRESS
Les inondations conséquentes aux dernières pluies, qui se sont abattues sur la capitale économique béninoise, ont fait naître de nouvelles activités lucratives auxquelles s’adonnent les jeunes sans emplois des quartiers de Cotonou touchés par ce phénomène cyclique.

 

Le remblai des voies dégradées, le curage des caniveaux, l’ouverture de tranchées d’écoulement d’eau et évacuation d’eau des habitations inondées, sont entre autres activités nées de l’imagination des jeunes Cotonois pour lutter contre les dernières inondations qui ont défiguré plusieurs quartiers de la métropole béninoise.


 

A "Fidjrossè–Calvaire", un quartier résidentiel que l’eau submergeant le pont rend inaccessible depuis trois semaines, un groupe de jeunes s’attèlent du matin au soir à faciliter le passage aux passants, soit en les aidant à traîner leurs engins, soit en leur faisant traverser l’eau, moyennant quelques piécettes. Cette activité apparemment banale rapporte à chacun de ces jeunes entre 3.000 et 5.000 FCFA par jour et permet ainsi de joindre les deux bouts, en attendant la fin des pluies pour retomber dans la dèche.

 

Vêtu d’un tee-shirt noir sur une culotte Jeans crasseux, Albert, un jeune déscolarisé, parcourt tous les jours les 5 km qui séparent sa maison de ce fameux pont à la recherche de sa pitance journalière. Ainsi, du matin au soir, ses amis et lui aident les passants à traîner leur motos hors de l’eau, d’autres jeunes les attendant à quelques pas de là pour le nettoyage. Les mobylettes sont facturées 100 FCFA, les motos 200 et les voitures embourbées entre 500 et 1.000 FCFA, pour ce service.

 

"Quant aux femmes qui reviennent du marché, nous leur indiquons le passage le moins périlleux après avoir fait traverser leurs bagages. L’opération qui ne dure que 10 à 15 minutes nous rapporte parfois 200 FCFA selon la générosité de la personne aidée", renseigne le jeune débrouillard.

 

De deux au départ, ils sont maintenant six dans son groupe, dont trois de chaque côté du pont, pataugeant toute la journée dans l’eau stagnante qui tarde à vider les lieux.

 

A trois km à l’est de ce pont, plusieurs autres jeunes gens, houe, pioche et bassines à la main s’activent à remblayer les trous creusés par la pluie sur une voie à quelques encablures de la clôture de l’aéroport international de Cadjèhoun.

 

A la vue d’un passant, deux d’entre eux qui tiennent les bouts d’une corde la raidissent, obligeant l’usager à mettre quelque chose dans la cagnotte avant d’être autorisé à continuer sa route.

 

Ce système, qui profite finalement à tout le monde, permet aux jeunes d’aider à remblayer à peu de frais les voies dégradées en attendant l’intervention de la mairie ou des services publics. Pour être rentable, le remblayage des voies se fait aux heures de pointe, où pressés par le temps, les gens ne se font pas prier pour apporter leur appui financier à l’initiative de ces jeunes, pour la plupart désoeuvrés.

 

Durant toute la semaine, les différentes voies d’accès non bitumées des quartiers accueillent ces jeunes qui se retrouvent en fin de journée chacun avec au moins 1.000 FCFA.

 

"La saison pluvieuse est une aubaine pour nous les chômeurs et nous en profitons au maximum en attendant la saison sèche", se réjouit Florent, un jeune du coin qui dit être au chômage depuis quelques mois.

 

A Akpakpa, un autre gros quartier de Cotonou, d’autres jeunes s’organisent pour aider les populations sinistrées à évacuer l’eau de leur maison moyennant quelque pécule qu’ils se partagent en fin de journée.

 

"Il nous arrive quelques fois de les aider à faire sécher les effets et à les ranger après avoir débarrassé les chambres du visiteur incommode", précise l’un d’entre eux.

 

Les inondations ont atteint cette année une ampleur insupportable dans les quartiers de Cotonou et de certains arrondissements avoisinants comme la commune d’Abomey-Calavi, suite aux pluies diluviennes qui s’abattent depuis quelques jours sur la partie méridionale du Bénin.

 

Cette situation alarmante caractérisée par de nombreuses habitations et rues sous les eaux et une insalubrité généralisée, faisant redouter diverses affections et épidémies, a préoccupé les autorités qui ont décidé de la mise en œuvre d’un plan spécial d’urgence pour faire face aux conséquences des inondations à Cotonou et ses environs.

 

Le pompage des eaux dans les habitations avec le concours des services compétents de l’Armée, la sensibilisation des populations aux règles d’hygiène, l’assainissement des points d’eau, la prévention du paludisme, du choléra et de la diarrhée par la distribution des moustiquaires imprégnées et la mise en place de médicaments appropriés dans les centres de Santé des arrondissements, sont entre autres dispositions prises par le gouvernement, qui envisage également d’appuyer financièrement la mairie de Cotonou dans le cadre de ses actions de lutte contre ce phénomène cyclique.

 

Il a été également mis en place un comité inter ministériel chargé de sillonner les différents arrondissements concernés à Cotonou et à Porto-Novo et d’identifier les zones sinistrées. Ce comité jouera ultérieurement le rôle de comité de pilotage et de gestion des inondations.

 

Selon des statistiques récentes, les inondations touchent chaque année environ 10.000 logements à Cotonou (près de 10% des logements) et 300 à Porto-Novo, la capitale (1% des logements).

 

Des pertes importantes sont également liées à la destruction des cultures, même si celles-ci sont partiellement compensées par les bénéfices économiques générées par les cultures de décrue.

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Tag(s) : #INEDITS
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