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VOLS, ESCROQUERIE ET ARNAQUE LES WEEK-END
Le règne des ‘vautours’ des réjouissances
 
     
 
Des rassemblements où l'on retrouve des invités indésirables
Au Bénin, les cérémonies familiales se transforment de plus en plus en ripailles, attirant une gent nouvelle, celle des parasites, communément appelés ‘’les vautours’’ des réjouissances. Il s’agit des femmes qui écument les manifestations sociales à la recherche d’objets à voler ou de personnes à escroquer. Incursion dans un monde de vices dans lequel les femmes tiennent le haut du pavé.
 
     
 
Date de publication : 13-07-2007
Auteur(s) / source : Rhétice DéoGratias
 
     
 

   Les réjouissances sociales sont devenues aujourd’hui le théâtre d’un étalage de tous les excès. Les familles, même éprouvées, ont toujours tendance à exhiber le symbole de leur fortune ou de leur réussite sociale. Les cérémonies funéraires, de baptême, de sortie d’enfant ou de consécration spirituelle qui réunissaient autrefois un cercle relativement restreint de parents, voisins et amis sont devenues aujourd’hui, d’excellents prétextes pour s’offrir plusieurs jours de fête. Pour ce faire, des millions sont dépensés, le plus souvent au prix d’énormes dettes ou de sacrifices.

   Au Bénin aujourd’hui, dès l’annonce d’une cérémonie, fut-elle funèbre, c’est une foule de personnes, parfois inconnues qui envahissent les lieux, attirées par la notoriété ou la richesse de la famille du défunt ou de l’heureux du jour. Alors qu’autrefois, les cadeaux étaient offerts aux familles ou personnes aux fins de les aider à faire face aux dépenses que nécessite l’organisation d’une cérémonie, de nos jours, les soutiens, financiers ou non sont plutôt fonction de la manière dont l’invité a été reçu au cours de la réception. Dans cet univers fait de calcul, d’hypocrisie et de solidarité de façade, se développe une nouvelle race d’invités qui sont de toutes les fêtes sans y être forcément conviés, et qui poussent l’audace jusqu’à affirmer appartenir à la famille qui offre la fête, surtout lorsque cette dernière est réputée être des plus munificentes de la ville. Awa Linda Odoun (sûrement un faux nom), appartient à la catégorie de ces rats qui écument les réjouissances, à la recherche d’objets à voler ou des familles à escroquer. Awa a été surprise le week end dernier, en flagrant délit de vol de sacs à mains, portables et autres ustensiles de cuisine à Vêdoko au cours d’une réception donnée par la famille do Rego, en mémoire d’un de ses fils décédé.

   Vêdoko, un quartier dortoir de Cotonou. Deux heures déjà que dans l’une des rues de ce quartier, un Disc Joker inonde, par ses décibels, les convives revenus d’un enterrement. Peu à peu, la rue se remplit, noyée par une foule d’invités, de parents, et autres parasites plus connus sous le terme de rats des réjouissances.

   En l’espace de quelques heures, la rue est devenue trop exiguë pour contenir la foule qui ne cesse d’augmenter au fil des minutes. Dans l’air, une forte odeur faite de mélange d’effluve de bière et de belles senteurs.

           Familles aisées, les grandes victimes

   A intervalles réguliers, des hôtesses occasionnelles viennent déposer sur les tables encombrées par des bouteilles vides, diverses bières et autres spiritueux fortement alcoolisés. Sur l’esplanade installée en face des convives, décorée pour la circonstance par de grands portraits du défunt, des artistes musiciens se relaient au micro, exécutant les titres phares de leurs albums respectifs. L’ambiance est chauffée à blanc par des hauts parleurs qui distillent, à mille lieues à la ronde, les délires d’un public survolté. Plus le temps avance, mieux les bouteilles se vident et davantage de casiers sont empilés les uns sur les autres.

    La musique augmente d’intensité, les artistes s’emballent pendant qu’autour des tables, les cuveurs s’enfoncent dans les bouteilles. Dans ce tohu bohu indescriptible amplifié par le bruit assourdissant des fanfares, des corps se trémoussent au rythme d’une musique que les oreilles entendent à peine, les pieds, alourdis par l’alcool balaient le sol poussiéreux et les corps déjà grisés manquent de s’écrouler. Pourtant, on est revenu d’un enterrement, donc un recueillement au cours duquel, beaucoup de larmes ont coulé.

   Soudain, des cris de menace fortement empreints d’insultes se font entendre dans un coin de la rue. En dépit de l’intensité de la musique, ces cris se font de plus en plus forts pour céder la place à des pleurs. Sanglotante, une voix féminine se confondait en pardon, suppliant un groupe d’hommes et de femmes d’arrêter leur supplice. A genoux, les deux mains croisées sur la nuque, une jeune femme, la trentaine probablement déjà bouclée se lamentait. Elle était complètement dévêtue par ses tortionnaires qui ne lui ont laissé qu’un léger dessous pour protéger son intimité. C’est Awa Odoun, (du moins le nom qu’elle a déclaré aux sapeurs pompiers), venue de son Tori natal abuser les populations de Cotonou. Sa tactique est simple.

   Des témoins informent qu’elle a infiltré la famille do Rego qu’elle a intégrée depuis plus de trois jours, prétextant d’un lien de parenté avec la première épouse du défunt, décédée deux ans plus tôt. Elle a réussi à se confondre à la foule des servantes au service des convives et aurait même chanté avec la chorale venue animer les veillées de prière à l’intention défunt.

   Profitant de la confiance placée en elle par toute la famille, l’intruse fouillait de fond en comble toutes les pièces de la maison, n’hésitant à défoncer et s’introduire dans celle du défunt pendant que les autres membres dansaient au rythme endiablé de la fanfare. Malheureusement pour la voleuse, un jeune homme, membre de la famille remarqua ses va-et-vient incessants et fut intrigué par le gros ballot qu’elle traînait derrière elle. L’intéressé somma la maraudeuse de dévoiler le contenu de son colis. Le ballot à peine déposer, elle détala, suivi du jeune homme qui criait à tue tête : « au voleur ! ». Rattrapée, elle fut contrainte de s’expliquer sur son comportement et de déballer ses bagages. Elle vida le gos sac et là, surprise générale : trois portables perdus au cours des deux premières veillées de prière qui ont précédé l’enterrement, deux tissus Bazin et des voiles de tissus communément appelés ‘’Léssi’’, de superbes assiettes aux rebords dorés, trois sacs à mains, des assiettes, des colliers de femmes avec de beaux pendentifs constituent l’essentiel du contenu. Il n’en fallait pas plus pour que des coups de poings et de lanière, des gifles pleuvent sur elle. Elle dut son salut aux sapeurs pompiers qui la sauvèrent de la vindicte populaire. Autrement, elle passerait le supplice du feu, qui consiste à brûler tout voleur pris en flagrant délit.

            Les Vautours dans la cour des familles

   Surnommées ‘’les vautours’’ des réjouissances, elles sont nombreuses, ces femmes à décider de vivre des vols et autres larcins dont elles se rendent coupables sur les lieux de fête. Ces femmes, venues généralement des coins les plus reculés de Cotonou, sillonnent la ville à la recherche d’une cérémonie de baptême, de mariage, ou de décès. Elles ne ratent jamais les bulletins nécrologiques de la radio ou à la télévision afin de disposer du maximum d’informations sur leur victime. Elles vont à l’église tous les week end pour mieux se confondre aux foules des invités officiels et n’hésitent pas à faire des intrusions dans les familles, au grand dam des liens de parenté. Les cérémonies de décès sont les plus prisées, car elles constituent une occasion exceptionnelle pour nombre de familles de rendre les derniers hommages au défunt. Eplorées, elles sont peu regardantes de la foule de personnes venues partager leur affliction.

   Leurs tactiques varient d’une famille à une autre. La plus classique consiste à faire irruption dans la famille du défunt, toutes en pleurs, en poussant des hurlements à la limite de l’hystérie. Pris de commisération, les familles éplorées, même sans les connaître entreprennent de les consoler. Sur insistance de la foule, elles acceptent difficilement d’assécher leurs flots de larmes. Mesurant le degré de réussite de leur petit numéro, elles s’installent confortablement et commencent par louer lourdement les vertus de la personne décédée. Peu à peu, ces intruses se confondent aux membres de la famille, offrant généreusement au besoin, leur disponibilité à accomplir toutes les tâches. Elles s’arrangent pour que l’on leur confie les diverses emplettes, soit du tissu devant servir d’uniforme le jour de l’enterrement ou les condiments destinés à la préparation de la ripaille. L’argent en poche, elles se volatilisent, au grand désespoir de toute une famille abusée. A défaut, ces femmes se munissent de petits sacs en plastique dans lesquels elles volent nourritures et condiments qu’elles vont revendre ; Elles sont toujours munies de petits sachets noirs ou de morceaux d’étoffe qu’ils dégainent et remplissent avec une stupéfiante dextérité, de reliefs de nourriture.

    Parmi ces "rats" des réjouissances, on retrouve des voleuses de chaussures, de sacs à mains, d’habits et même de lingeries intimes. Mais lorsque le pot au rose de ces habiles voleuses arrive à être découvert, l’ardoise à elles flanquée est très salée. Elles subissent généralement la vindicte de la population, qui les dénude, les humilie avant de leur ôter le souffle. Mais pour l’heure, ces femmes, continuent d’écumer les manifestations dans les villes et villages éloignés de leur domicile, là où elles sont sûres de ne pas être reconnues. Leurs victimes se comptent par centaine chaque année, et les récurrentes arrestations opérées dans leur rang n’ont guère émoussé leur ardeur. Le phénomène s’étend de plus en plus sur les autres villes du pays en dépit de la grande méfiance des populations.

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