Bénin an quarante -sept. C’est dans quelques jours et le pays s’y prépare. Et si, à la veille de l’événement, nous nous laissions aller à faire un rêve, un grand et beau rêve qui nous aide à saisir, sur l’écran de notre imagination, le Bénin, tel que nous souhaitons qu’il soit, c’est à dire un Bénin loin, bien loin de nos rivages actuels que nous savons infestés de fantômes et hantés par bien des démons.
Le Bénin de nos rêves, c’est d’abord un pays qui retrouve l’homme dans la plénitude de sa dignité d’être pensant, un être doté de ce merveilleux outil qu’est l’esprit. Un pays qui place l’homme à la place qui n’aurait dû jamais cesser d’être la sienne, c'est-à-dire la première, dans une société de paix, de progrès et de solidarité.
L’homme est la ressource première dont dispose un pays. Il prévaut sur l’argent qui ne réfléchit pas. Il est au-dessus des ressources du sol et du sous-sol qui sont à son service. L’homme mérite, par conséquent, de tenir un rôle central, fondamental, dans tout ce qui se fait de bien, de bon, de beau, et de vrai. L’homme est l’alpha et l’oméga dans tout développement digne de ce nom.
Mais on n’est pas leader pour rien. C’est pourquoi l’homme, pour rester le premier de cordée et tenir son éminente préséance se doit de se doter des atouts maîtres que sont le savoir, le savoir faire, mais aussi le savoir être, étant bien entendu que « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. » Il lui faut également une bonne santé. Comme on le sait, la santé n’est donnée autant qu’elle est cultivée. Car, c’est toujours dans un corps sain que cherche et que trouve à se loger une âme saine. « Mens sana in corpore sano ».
Le Bénin de nos rêves, c’est une forte vision d’avenir, un peu comme un faisceau puissant de lumière qui balaie les ténèbres de la nuit, éclaire non seulement les routes du présent, mais dévoile les horizons lointains d’accomplissement et de réalisation. C’est le Bénin projeté par les Etudes nationales de perspectives à long terme, dans le scénario dit « Alafia » : « Un pays phare, un pays bien gouverné, uni et de paix, à économie prospère et compétitive, de rayonnement culturel et de bien être social » C’est déjà le Bénin émergent avant la lettre, un Bénin qui fait la fierté de ses enfants.
Un Bénin, par conséquent, qui a su bannir de son vocabulaire le délestage, ayant su mettre ses cadres à contribution pour résoudre définitivement le problème de l’énergie. Une énergie produite en abondance, utilisée à bon escient, au service de tous, du premier citadin au dernier habitant du plus humble hameau du pays, une énergie provenant de ses nombreux barrages, de ses multiples centrales thermiques et hydroélectriques.
Un Bénin qui cesse d’être manchot ou unijambiste sur le plan agricole notamment, ayant mis fin à la dictature du coton resté longtemps sa filière agricole de prédilection. Contemplons, à présent, le Bénin de l’ananas et de l’anacardier, le Bénin des cultures de contre saison et des fleurs en tous genres, le Bénin de la banane plantain et des agrumes. Ce Bénin agricole reconfiguré est le beau fruit d’une révolution verte aboutie, avec son pendant industriel prospère et dynamique. Ce Bénin agricole a congédié la houe et fait ranger la daba au magasin des accessoires. De jeunes agriculteurs modernes, sortis de nos meilleures institutions agronomiques, s’imposent comme la belle et fière avant-garde d’une relève paysanne réussie. Ils s’affairent autour des machines agricoles qui tracent les sillons d’un Bénin nouveau, résolument tourné vers l’avenir, sans perdre la tête, sans vendre son âme, respirant l’air pur et tonique d’un environnement assaini.
Un Bénin qui produit aussi l’essentiel de ce qu’il consomme, ayant brisé les chaînes d’une dépendance de l’extérieur qui n’a que trop duré. Dépendance matérielle, d’une part, qui nous avait alors taillé un destin de mendiants vivant de l’aumône et de la charité des autres. Dépendance mentale et intellectuelle, d’autre part, qui nous avait réduit à penser avec la tête des autres. Dépendance spirituelle, enfin, qui nous soumettait aux principes d’un catéchisme écrit d’autres et aux enseignements de gourous venus de loin.
Dans ce Bénin de l’esprit créatif réhabilité, les hommes et les femmes de culture, les travailleurs de l’esprit, intellectuels, inventeur, innovateurs, savants, artistes créateurs, longtemps à la peine sont à présent à l’honneur. Assis à la droite du Père, dans leur éminente fonction de co-créateurs, ils partagent avec Dieu le privilège d’ordonner le chaos, de donner vie, d’animer de vie la matière inerte, d’explorer les dédales de la mémoire, de sonder les arcanes de l’imagination, de couvrir la surface de la terre d’oeuvres de beauté, synonymes d’éternité.
Où sont-ils les jeunes, semence d’avenir enfouie dans la terre qui porte la dépouille d’aussi valeureux fils du Bénin que sont Gbèhanzin ou Bio Guerra ? Des jeunes formés dans nos écoles et universités, des jeunes ayant définitivement conjuré le spectre de l’échec scolaire massif et des lendemains qui déchantent, des jeunes aguerris, compétents, talentueux s’illustrant brillamment sur tous les registres de la connaissances, sur tous les fronts de l’excellence. En sciences, mais aussi en lettres, en gestion, mais aussi au sport, au football en particulier. Nous ne faisons plus de la figuration, mais nous gagnons. Nous ne nous condamnons plus à regarder les exploits des autres à la télévision, mais nous sommes de la fête, au cœur de la fête, nous sommes les rois de la fête.
Nous voici rendu au bout de notre rêve, d’un rêve tout en couleur qui nous révèle un Bénin tel qu’il pourrait être si nous le voulions et si nous en décidions ainsi. Avions-nous eu tort d’avoir rêvé ? Victor Hugo, en tout cas, a raison d’avoir gravé ces quelques mots dans le marbre inaltérable de notre inébranlable certitude : « Il n’y a rien que le rêve pour créer l’avenir. L’utopie d’aujourd’hui, c’est la chair et le sang de demain. »
Jérôme Carlos
La chronique du jour du 27 juillet 2007
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