ADRIEN HOUNGBEDJI
Un destin de Président ou d’opposant ?1er octobre 2007
par Angelo DOSSOUMOU, Karim Oscar ANONRIN
La voie du salut ?
Adrien Houngbédji, depuis 1990, à la conférence nationale des forces vives, était déjà un homme dont l’étoile destine aux grands postes politiques de l’Etat, du moins apparemment, et au regard de la carrière qui a été la sienne depuis les lendemains de la conférence nationale : député sous toutes les cinq législatures, président de l’Assemblée nationale des première et troisième législatures, maire de la ville de Porto-Novo (élu puis démissionnaire), candidat malheureux à toutes les élections présidentielles de l’ère du renouveau démocratique.
La présidence de la République ! Voilà le grand rêve de l’homme. Il ne jure que par cela. Toutes ses actions y sont focalisées. Il n’a de cesse d’y engloutir sa fortune et celle de ses soutiens politiques, locaux et extérieurs. Il ne lui reste que l’accession à la magistrature suprême pour que sa vie soit enfin couronnée. Seulement, cela ne lui a jamais réussi. On peut même oser affirmer que cela lui réussit de moins en moins. Car lorsqu’on scrute l’horizon 2007, on n’a pas l’impression que Adrien Houngbédji se positionne sérieusement comme l’alternative crédible qui pourrait intéresser les volontaires d’un changement à la tête de l’Etat.
Même s’il gardait encore quelques chances de finir par monter sur le piédestal et accéder à la plus haute fonction de la république, il lui faut cependant se comporter de sorte à se positionner au sein de l’opinion comme celui qui pourra valablement incarner ce changement. Mais aujourd’hui, on ne le sent pas très déterminé à y travailler. Avouons-le, il doit être très difficile de jouer aux opposants face à un Boni Yayi intrépide qui donne l’impression de nous montrer un autre style de gouvernance qui ne manque pas de séduire, en tout cas au moins en apparence.
Que devrait faire alors Me Adrien Houngbédji ? Se résigner ? Non. Ce n’est certainement pas la meilleure option. Faire l’effort de faire contre mauvaise fortune bon cœur, prendre son courage et son destin aussi à deux mains et jouer aux opposants ? C’est peut-être la voie du salut pour lui. Mais là encore, il y va de main vraiment morte. C’est vrai que son intervention dans la gestion au parlement du contenu de la loi sur le service militaire, notamment lorsqu’il prévenait contre le caractère anti constitutionnel du texte de loi, fut une très bonne sortie. La Cour constitutionnelle lui a d’ailleurs donné raison par la suite. Mais, ce fut le seul exploit. La sortie qui a suivi fut un échec. La réaction dans le dossier de la gestion de la crise du Gsm par le gouvernement fut maladroite et malheureuse. C’était peut-être une malchance. Il était venu dans un monde trop vieux, puisqu’il a réagi le jour où le début de sortie de crise eut lieu.
L’opposition ne lui sourit donc pas. Il n’a certainement pas un destin d’opposant. Pourtant, il n’a fait que l’opposition toute sa carrière politique durant. Hormis la malheureuse parenthèse de deux ans passés au gouvernement de Kérékou. La présidence de la république ne lui sourit non plus. Faut-il alors qu’il se résigne ? Voilà que le mot retraite n’existe pas en politique.
Les actions de Me Adrien Houngbédji depuis mars 2006
A l’arrivée du président Boni Yayi au pouvoir, Me Adrien Houngbédji, son challenger au second tour des élections présidentielles de mars 2006, a brillé par son mutisme sur les grands dossiers d’actualité nationale. Pendant que plusieurs autres leaders politiques et leurs partis rejoignaient le camp de la mouvance, le leader des Tchoco-tchoco se refuse de définir clairement son appartenance politique. Beaucoup l’attendaient dans une opposition farouche au régime du président Boni Yayi. Mais rien n’y fit. Il aurait fallu la tenue à Lokossa de l’université de vacances de sa famille politique, le Parti du renouveau démocratique (Prd) pour entendre les premières déclarations de Me Adrien Houngbédji après les présidentielles de mars 2006. A Lokossa, le président du Parti du Renouveau Démocratique (Prd) Adrien Houngbédji a enfin commencé par clarifier sa position sur l’échiquier politique béninois. " ... le sentiment qui prévaut aujourd’hui dans l’opinion, lorsqu’elle se penche sur la gestion des affaires du Pays, c’est un sentiment d’improvisation, de cafouillage et de dispersion. Et les coups médiatiques, les prouesses de la communication ont bien du mal à dissimuler ce sentiment de navigation à vue. Cinq mois de gestion, c’est court. Mais 5 mois, c’est bien assez pour doter le pays d’un document d’orientation, et d’un Programme d’action du Gouvernement... ", avait-il déclaré dans son discours. Lors de sa tournée dans son fief du département de l’Ouémé le jeudi 31 novembre 2006, il a laissé entendre qu’il n’est pas opposant au gouvernement de Yayi Boni. " Nous ne ferons pas d’opposition à Yayi Boni. On ne s’oppose pas aux hommes mais à des programmes d’action. Et au cas où tous les projets chantés pour Porto-Novo venaient à être entièrement exécutés à temps et en qualité, nous serons derrière lui et nous le conduirons devant vous ", avait il affirmé. Après cette déclaration à Porto-Novo, les supputations dans l’opinion sont allées encore de plus belle. La position de Me Adrien Houngbédji, par rapport au régime du changement était vue par beaucoup comme mitigée. Voilà près de 18 mois que le Dr Boni Yayi est au pouvoir, et force est de constater que le Prd et son leader Me Adrien Houngbédji, glissent dans l’opposition. En témoignent les nombreuses critiques faites par des membres du parti sur l’action du gouvernement. Au cours d’un meeting à Akpakpa dans la 15ème circonscription électorale, Me Adrien Houngbédji, n’est pas allé par quatre chemins pour traiter le gouvernement, de ’’gouvernement ventilateur’’. Dans un passé récent à l’Assemblée nationale, il a brillé par son opposition à la loi sur le service militaire pour une question d’ordre préjudiciel sur ladite loi. Ce qui a même conduit le Prd à saisir la Cour constitutionnelle qui a rejeté cette loi unanimement votée par les députés de la majorité présidentielle. Dans la même dynamique, Me Adrien Houngbédji est monté au créneau deux mois après la suspension des réseaux Gsm Moov et Mtn exerçant au Bénin. Il s’est insurgé contre la décision du gouvernement de suspendre lesdits réseaux tout en dénonçant la pratique de ces deux opérateurs sur le marché de téléphonie mobile au Bénin. La dernière déclaration de Me Adrien Houngbédji qui montre clairement son avancée dans l’opposition est la mise en garde faite aux membres de la cellule de communication de la présidence de la République a qui il reproche de l’avoir, à maintes reprises diffamé. C’était lors d’un meeting de remerciement à Porto-Novo. Nul doute donc que Me Adrien Houngbédji sort de plus en plus de son mutisme.
Opposition au Bénin : Adrien Houngbédji et les calculs politiques
Adrien Houngbédji et l’opposition au président Boni Yayi ont du plomb dans l’aile. La remarque mérite d’être faite plus d’un an après l’accession au pouvoir de l’ex directeur de la Boad. En effet, la position de l’ex président de l’Assemblée nationale, maire de Porto-Novo, challenger de l’actuel locataire de la Marina aux dernières élections présidentielles de 2006 sur le paysage politique béninois reste jusqu’ici, l’une des plus ambiguës. Faute d’une opposition politique déclarée ou d’un engagement ferme dans la mouvance présidentielle, le leader des Tchoco Tchoco, prédestiné par beaucoup d’observateurs, aux lendemains du deuxième tour des consultations électorales de 2006, à donner la réplique à l’homme du changement, serait peut être en train d’être victime pour la énième fois de ses calculs politiques qui lui ont joué plus de tours que fait du bien. Quand on sait aujourd’hui, que l’un de ses plus grands défis doit être de soigner son image ternie par un passé politique tumultueux, beaucoup restent sceptiques. Démissionnaire du gouvernement de Kérékou II en 1997 avec les ministres de son parti politique pour des raisons d’incompatibilité d’humeur, de la tête de la mairie de Porto-Novo, capitale du Bénin en 2003 pour, à l’en croire, sa non disponibilité à s’occuper des problèmes mineurs de ses administrés, l’homme n’est jusqu’ici pas parvenu à mettre définitivement derrière lui les vieux démons qui ont pesé lourd, quant à sa défaite en 2006 face à Boni Yayi. Tout portait à croire qu’après le tandem Mathieu Kérékou-Nicéphore Soglo, les portes de la Marina lui étaient largement garanties. Erreur, c’est un inconnu sur le paysage politique national qui lui ravit la vedette. Les populations ont préféré faire l’expérience d’un homme neuf. Du coup, Adrien Houngbédji, contrairement à Nicéphore Soglo qui est volontairement passé de la présidence à la Mairie de Cotonou, n’a plus que son siège de député à l’Assemblée nationale. En plus, le président Boni Yayi, dans ses actions ne l’aide visiblement pas à avoir mieux que sa cote de popularité d’avant les présidentielles de 2006. Alors, que reste-t-il au Prd et à son leader pour changer la donne politique au Bénin ? Adrien Houngbédji a son destin politique en main. Et assurément, il passe par un choix conséquent et une confiance à toutes épreuves entre l’homme et ses partisans.
Hésitation suicidaire de Adrien Houngbédji
Le silence dans lequel se mure Me Adrien Houngbédji, depuis plus d’un an quant à la ligne politique du Prd aura du mal à lui profiter pour les échéances électorales futures. Déjà, ces positions mi-figue mi raisin ne lui ont pas porté chance lors des dernières élections présidentielles. Malheureusement, les leçons de la débâcle de 2006 sont loin d’être tirées dans la maison arc-en-ciel. Ainsi, le Parti du renouveau démocratique (Prd) et son leader, après plus d’un an d’observation des actions du président Boni Yayi, n’ont jusqu’ici pas réussi à se situer de façon claire sur l’échiquier politique national. Prendra-t-il la tête de l’opposition ou appuiera-t-il son challenger ? La thèse la plus probable à l’époque et la plus attendue était que Me Adrien Houngbédji et son parti animent l’opposition. En ce qui concerne la position actuelle du Prd, à moins qu’ils veuillent que les éternelles hésitations continuent par leur jouer des tours, les Tchoco Tchoco doivent se démarquer au plus tôt. Dans un pays où l’intransigeance de l’électorat sur la clarification des positions ainsi que son respect n’est plus à démontrer, il aurait fallu que si Me Adrien Houngbédji veut faire de l’opposition, il le fait et dans le cas contraire, il reste à la mouvance pour défendre dans un ’’gentleman agreement’’ les actions du gouvernement. Il est donc temps que Me Adrien Houngbédji, qu’on sent beaucoup plus dans une stratégie d’opposant, le fasse sans porter des gants. Sinon, les mêmes causes produisant les mêmes effets, il risque au bout du rouleau de s’en mordre les doigts.
Quel espoir pour Adrien Houngbédji en 2011 ?
S’il est encore trop tôt de parler des élections présidentielles de 2011, il n’est d’aucun doute que Me Adrien Houngbédji demeure le seul probable challenger du président Boni Yayi, aux présidentielles de 2011. Beaucoup ont encore en mémoire, la situation de 1996 avec le président Nicéphore Soglo qui, contre tout attente, a perdu les élections présidentielles malgré ses bonnes actions à la tête du pays. Il avait été battu par le président Mathieu Kérékou qui l’a ainsi empêché de faire dix ans au pouvoir. Me Adrien Houngbédji pourra t-il faire revivre ce passage de l’histoire politique du Bénin devant le chantre du changement en 2011 ? Bien malin qui pourra le dire. En tout cas, il n’est d’aucun doute que le chef de l’Etat, le président Boni Yayi, ne se laissera pas faire. Il l’a d’ailleurs si bien compris qu’il s’engage chaque jour que Dieu fait à redonner confiance à toutes les couches de la société béninoise. Il entend faire du Bénin un pays émergent. Il s’est engagé dans la lutte contre la corruption, comme ne l’a jamais fait un président de la République au Bénin. Il force le respect et l’admiration de plusieurs personnalités du pays connues pour leur opposition au régime défunt. Tout ceci lui rapporte en terme de popularité et par conséquent en terme d’électorat. Me Adrien Houngbédji, quant à lui s’est engagé dans une profonde réforme de son parti. Il entend en faire désormais un parti ouvert à tous et où tout le monde a droit à la parole, comme s’il voulait finir avec les vieilles habitudes qui font des partis politiques au Bénin, la propriété de leurs leaders. En 2011, Me Adrien Houngbédji aura 69 ans et l’âge limite pour briguer la magistrature suprême est 70 ans selon la Constitution du 11 décembre 1990. Mathématiquement, Me Adrien Houngbédji peut toujours se présenter aux présidentielles de mars 2011. Il jouera ainsi sa dernière carte. Mais l’espoir est-il encore permis pour le leader du Prd de diriger un jour le Bénin ?
ADRIEN HOUNGBEDJI: Un destin de Président ou d’opposant ?
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