| | Abomey! Ville marquée par tant d’événements qui ont constitué une bonne partie de l’histoire du Bénin est située à environ 150 km de la capitale économique, Cotonou. Elle abrite une prison connue sous l'appelation prison civile d’Abomey. Construite en 1904 pour 150 détenus, la prison civile d’Abomey abrite actuellement environ 1500 détenus soit plus de dix fois sa capacité initiale. Ces prisonniers croupissent dans des cellules très exiguës, sans aucune aération. Le surpeuplement, les carences alimentaires et médicales, les détentions préventives à rallonge, constituent autant d’éléments qui compliquent l’existence aux personnes dans cette vieille prison dont la reconstruction est inscrite au budget national depuis 4 ans mais jamais réalisée. En définitive, seuls les murs de la façade extérieure et les locaux de l’administration pénitentiaire ont été réfectionnés et repeints. Ce qui donne l’impression que les prisonniers sont bien lotis. Mais en réalité, il s’agit d’une farce. Les bâtiments abritant les détenus ne disposent pas de toilettes. Ainsi, après leur fermeture, ils sont obligés de faire leurs besoins dans un grand pot placé dans un coin du bâtiment alors qu’il est exigu. Sur un enregistrement sonore, mis à notre disposition par un juriste qui oeuvre pour le respect du droit des prisonniers, «nous vidons les fosses septiques à mains nues sans aucune règle d’hygiène», a affirmé Jean, un détenu de la prison civile d’Abomey. Or le gouvernement met à la disposition des prisons civiles du Bénin une enveloppe financière annuelle de 600 millions de francs afin de procéder à l’assainissement et à la désinfection des prisons, explique le directeur de l’Ong Dapi Bénin, Dominique Sounou. Dans ce cas, il y a lieu de s’interroger sur la destination réelle de ces fonds. L’eau, une denrée rare à la prison d’Abomey La maison d’arrêt d’Abomey ne dispose pas de robinets d’eau en nombre suffisant. Ainsi d’octobre à février, les détenus sont confrontés à un problème crucial de pénurie d’eau et ils se lavent deux fois par mois. Dans ces conditions, l’hygiène corporelle devient un calvaire pour les femmes détenues qui n’arrivent pas à faire leur toilette. Durant la période de pénurie, «le régisseur se constitue en prisonnier pour compatir à nos douleurs… Il se consacre à nous et cherche des points d’eau partout pour nous satisfaire… Dans ce cas, il va vers les familles qui ont des citernes d’eau. Mais lorsqu’elles apprennent que l’eau ira à l’endroit des prisonniers, elles refusent en disant qu’elles ont été victimes de vol et braquages. A cet effet, elles estiment qu’il faut nous priver d’eau afin que nous mourions de soif. Ainsi, il faudrait que le régisseur s’approche conséquemment d’elles et les amadouent avant qu’elles acceptent d’offrir de l’eau aux détenus que nous sommes», explique Jean. Cette pénurie est liée au fait que la prison est située sur une hauteur et ne reçoit plus d’eau de pompe durant cette période. A cet effet, le Dispensaire ami des prisonniers et indigents a procédé au forage d’un puits dans l’enceinte de la prison. A en croire, le responsable de cette Ong, ce puits ne saurait couvrir les besoins de la population carcérale en eau. Les cellules des détenus ne sont pas aérées. Elles n’ont que de petites ouvertures servant de fenêtres ce qui pourraient entraîner l’étouffement des prisonniers compte tenu de leur nombre trop élevé. Ni lit, ni matelas, les prisonniers dorment debout. Avec la chaleur suffocante dans les cellules, ils transpirent et la sueur coule de leur peau comme une eau de ruissellement, raconte Dominique Sounou communément appelé l’ami des prisonniers. Ainsi, ils s’organisent afin que chaque détenu puisse dormir durant 3 heures de temps à peine. Aussi, Certains prisonniers dépourvus de tout, et même d’habits, vivent nus dans leur cellule et se servent de leurs mains pour cacher leur sexe avant d’aller à la rencontre de leurs visiteurs. D’autres, par souci d’économie, préfèrent conserver le seul vêtement qu’ils ont en leur possession. Heureusement, que des personnes de bonne volonté par l’entremise de l’Ong Dapi se manifestent pour leur offrir des habits et certains produits de première nécessité. Des mets qui laissent à désirer et état sanitaire préoccupant Mal nourris, les prisonniers peuvent rester plus d’un an sans consommer des repas enrichissants. A titre indicatif en fonction de l’avis d’appel d’offres pour fournitures de mets aux détenus des prisons civiles du Bénin datant de 2005, les prisonniers ont droit à un repas par jour. Ainsi, ceux de la maison d’arrêt d’Abomey consomment les lundis et jeudis de l’haricot avec de l'huile rouge et du gari, les mardis et vendredis c'est du gari et des galettes d’arachide, le mercredi, pâte de maïs et sauce de légume aux poissons. Les samedis et dimanches, ils consomment successivement du riz avec de la sauce aux poissons et la pâte de maïs à la sauce aux légumes et viandes. Pour Dominique Sounou, l’Etat béninois se bat pour assurer quotidiennement à chaque prisonnier une ration alimentaire qui s’élève à 200f cfa ce qui revient à environ 400 millions de francs cfa pour les 8 prisons civiles du Bénin. Mais à en croire ce dernier, la ration alimentaire servie aux détenus est en dessous de 160 f cfa le plat et la qualité des mets laisse à désirer. A la prison civile d’Abomey, les rigoles pour le drainage des eaux usées sont à ciel ouvert. Ce qui facilite la naissance et l’éclosion des larves entraînant ainsi des moustiques qui à leur tour, propagent les maladies telles que le paludisme et autres affections parasitaires alors que les agents de santé affectés dans ces établissements pénitentiaires ne disposent d’aucun plateau technique médical encore moins des produits pharmaceutiques pour faire face aux urgences, explique Dominique Sounou, dont l'Organisation non gouvernementale a reçu l’agrément de veiller à la santé des détenus. L’état sanitaire très préoccupant de ces détenus reflète les conditions abominables dans lesquelles vit la population carcérale de la prison d’Abomey. Plusieurs détenus souffrent de la gale, d’infections parasitaires et d’autres maladies. Vivant sans moustiquaires, les crises de paludisme sont fréquentes. S’agissant des maladies de la peau l’Ong que dirige Dominique Sounou, a mis au point un savon spécial pour l’hygiène des détenus, ce qui les protège contre la gale et les maladies de la peau. La personne humaine bafouée Aux termes du droit international, les droits des prisonniers sont garantis dans les principes des Nations Unies pour la protection de toutes les personnes sous toute forme de détention ou d’emprisonnement. Cette convention donne le droit au prisonnier d’être traité comme un être humain. Pour le citoyen béninois, les droits sont garantis par la constitution du 11 décembre 1990 même le prisonnier a ses droits restreints. Cependant certains droits inhérents à sa personne lui sont garantis. On peut citer : le droit à la vie, le droit à la liberté, le droit à la sécurité et à l’intégrité de sa personne (article 15 de la constitution), la garantie de la loi, la protection contre les traitements inhumains et dégradants (article 18 de la constitution) et la liberté de conscience et de culte. A cela, il faut ajouter les droits spécifiques reconnus aux prisonniers. Il s’agit : d’être libéré à la bonne date, d’être traité équitablement et avec humanité, d’avoir les trois repas quotidiens (petit déjeuner – déjeuner, dîner), avoir du gouvernement les rations alimentaires, les vêtements, la literie, les nécessaires pour la toilette, les médicaments , les fournitures médicales et les soins médicaux. Bien qu’à vouloir sélectionner certains de ces droits universellement reconnus, et l’adapter aux détenus de la prison civile d’Abomey on peut tenter de dire que dans cette prison, il n’y a eu aucun droit des prisonniers qui soit respecté. Peut – on dire que les détenus de la prison civile d’Abomey sont traités équitablement avec humanité lorsque pour dormir ces derniers sont obligés de le faire à tour de rôle et quelque fois debout. Est-il acceptable pour un Etat de droit que des détenus soient obligés de vider les fosses septiques à main nue sans aucune règle d’hygiène alors même que certaines structures de l’Etat ( l’armée, la police et la voirie) détiennent des camions affectés à ce travail ? Pourtant au Bénin, tout cela se passe devant tout le monde sans crainte. Si sur les 1500 détenus de la prison civile d’Abomey plus de la moitié sont en instruction donc bénéficiant toujours de la présomption d’innocence comme le souligne l’article 17 de la constitution du 11 décembre 1990, l’on est tenté de se dire que tout le monde peut s’y retrouver. A titre d’illustration, il faut se rappeler que courant 2006 le Maire de la ville d’Abomey s’est retrouvé dans cette prison et a pu voir et vivre ne serait-ce pour un moment cette situation déplorable. Il urge alors que l’on revoit la politique carcérale au Bénin en faisant des réformes de fonds. Par ailleurs, tous les problèmes qui se posent dans les prisons au Bénin prennent naissance à la justice. Cette justice est minée par des maux qui ont pour nom : le manque de personnel et de moyens matériels adéquats de même que la corruption et les détournements. Par exemple, pour environ 1500 détenus, il n’ y a que deux juges d’instruction pour étudier les dossiers des prévenus. Cet état de chose, à en croire un juriste, fait que certains détenus ont effectué 10 ans de détention préventive. Ces faits sont confirmés par le responsable de l’ong Dapi, pour qui c’est après 12 années de détention que les autorités judiciaires se sont rendus compte de l’erreur judiciaire ayant entaché le dossier d’un détenu. Malheureusement, ce dernier a été libéré sans aucun dédommagement. Ce que désapprouve Dominique Sounou, pour qui les détenus devraient être dédommagés après leur libération, ou tout moins avoir droit à une prime de déplacement. A cet effet, il n’en veut pour preuve le cas d’un détenu qui est encore gardé en prison après avoir purgé sa peine parce qu’il a perdu contact avec ses parents et n’est pas en mesure de payer les 5 000 f de caution indispensable pour sa libération. Par ailleurs, un autre détenu qui venait d’être libéré a été arrêté quelques heures après pour avoir voulu dérober le portefeuille d’une personne à la gare routière d’Abomey. La raison évoquée par ce dernier lors de son arrestation est qu’il n’avait pas de l’argent pour se rendre à Bantè, son village situé à environ 150 kilomètres d’Abomey. Une chance aux enfants des détenus D’après les investigations menées par le Dispensaire ami des prisonniers et des indigents, 70 % des prisonniers béninois sont en détention préventive. Au nombre de 7163 qu’ils sont, il y a 4% de mineurs, 12 % de femmes et 84 % sont des hommes. Au même moment 21602 enfants de prisonniers sont laissés pour compte et se baladent à longueur de journées. Parmi ces enfants de prisonniers, certains ont déjà rejoint leurs parents dans les maisons d’arrêt après deux ou trois ans pour les mêmes motifs de vols et autres. A cet effet, il urge que le gouvernement tout en prenant en compte l’intérêt des victimes mette en place des peines constructives et non privatives de liberté qui favorisent la réintégration sociale des détenus, explique Dominique Sounou. Dans ce cadre l’ong Dapi a pris en charge 216 enfants de détenus condamnés de la maison d’arrêt d’Abomey. Ces derniers fréquentent une école spécifiquement construite pour eux où ils sont répartis dans les classes allant au cours d’initiation à la terminale. Deux chambres louées en face du siège de l’Ong Dapi servent d’internat à quelques enfants de détenus dont le domicile est situé très loin de l’école. Mieux, à en croire Dominique Sounou, son Ong a préparé et présenté au baccalauréat un détenu qui a réussi. Cette initiative sera reprise à la rentrée académique 2007/2008 avec d’autres détenus explique ce dernier, qui n’a pas manqué de déplorer le fait que l’Etat ne lui vient pas encore en aide. | |