Depuis quelques heures, un nouvel épisode prend corps dans le feuilleton déjà très brumeux de la privatisation de l’outil industriel de la Sonapra. Au lendemain de l’abrogation par le président de la République du décret autorisant la création de la Sodéco, de nouveaux éléments d’analyse prouvent que des individus mal intentionnés avaient sciemment présenté il y a quelques jours au chef de l’Etat de fausses informations l’ayant conduit à annuler la création de la Sodéco. ...
Une étrange conjuration a actuellement cours dans l’entourage du chef de l’Etat concernant la création de la nouvelle société d’égrenage de la Sonapra, la Société pour le développement du Coton (Sodéco) et cette conspiration est caractéristique de la haute mafia qui entoure la filière cotonnière dans notre pays. En effet, dans le dossier très nébuleux de la cession de l’outil industriel de la Société nationale pour la promotion agricole (Sonapra) et de la création de la Sodéco, il est désormais évident que certains individus ont abusé de la confiance du président Yayi Boni en lui présentant des documents assez controversés pour l’amener à abroger le décret de création de la Société pour le développement du Coton. Cela visiblement dans le but de nuire au ministre d’Etat Iréné Koupaki, mais aussi de voir la réforme de la Sonapra actuellement en cours échouer. De fait, au regard de quelques recoupements et vérifications faits au lendemain de la décision prise par le chef de l’Etat d’abroger le décret portant création de la Sodéco, il apparaît « évident » que la communication présentée en conseil des ministres et qui a permis au chef de l’Etat d’invalider la création de la Sodéco est fondée sur du faux et de graves amalgames. Cette communication, signée conjointement par le ministre d’Etat chargé de la Défense nationale, le ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche et le ministre de la Réforme administrative et Institutionnelle est étrangement orientée vers une désinformation qui n’a pas épargné le chef de l’Etat lui-même. Dans cette communication par exemple, la répartition du Conseil d’administration telle que présentée au chef de l’Etat est erronée. On y stipulait en conseil des ministres que sur 10 administrateurs de la Sodéco, l’Etat béninois, les Collectivités locales et les producteurs avaient respectivement 1 administrateur, la Société commune de participation 3 administrateurs, le personnel de la Sodéco et les Personnes ressources respectivement 2 administrateurs. Or cette répartition n’a jamais été adoptée au cours de l’Assemblée Générale du 12 octobre 2007. D’autre part, il est aussi écrit dans la communication présentée au chef de l’Etat que la Sodéco a été créée sans que celle-ci ne clarifie sa position sur les questions relatives à la commercialisation de coton graine et au dénouement du crédit intrants au titre de la campagne 2007-2008. On se demande ce que la nouvelle société à créer a réellement à voir avec le crédit intrant pour la campagne 2007-2008. C’est à croire en effet que l’on cherche à abattre la société avant sa création, car sinon pourquoi voudrait-on que la nouvelle entreprise assume les pertes de l’ancienne Sonapra en ce qui concerne la commercialisation du coton et les crédits intrants ? D’autant d’ailleurs que la Sodéco ne peut être responsable de la commercialisation du coton graine puisqu’il est de notoriété que la Cspr en est responsable. Tout ceci amène à se poser des questions. On a avancé que le chef de l’Etat a été trahi dans la création de la Sodéco, mais en réalité aujourd’hui on se demande de quel côté se situent les traîtres. Dans cette affaire, la crédibilité du ministre d’Etat Iréné Koupaki a été mise à mal. Et l’on se pose également des questions à ce sujet. Car, le ministre Koupaki, comme les signataires de la communication présentée au chef de l’Etat sont tous membres de l’ « Autorité de mise en œuvre des réformes structurelles » créée par le Chef de l’Etat lui-même en juillet 2007. Alors, pourquoi des membres de l’Autorité de mise en œuvre des réformes structurelles se mettraient-ils ainsi des bâtons dans les roues ? Cette autorité a donné son avis sur tout le processus qui a conduit à la décision d’autoriser le ministre Koupaki à engager avec l’adjudicataire les formalités requises pour la création de la Sodéco. Pourquoi donc des membres de la même Autorité introduisent une nouvelle communication en conseil des ministres déniant ce pouvoir au ministre Koupaki, qui plus est, en l’absence de ce dernier ? Pourtant, pour la création de la Sodéco, le ministre Koupaki pouvait s’il le désirait se passer d’une assemblée générale constitutive. On peut penser qu’en choisissant d’associer les membres de l’Autorité de mise en œuvre des réformes, le ministre Koupaki a visiblement voulu montrer la transparence du processus. Pourquoi aujourd’hui a-t-on cherché à montrer quand même que le processus a été corrompu ? Il semble évident qu’au-delà du préjudice orchestré à l’endroit du ministre d’Etat Koupaki, c’est tout le processus de réforme de la filière cotonnière que l’on tente de saboter. Et dans ce domaine, il n’est peut-être pas excessif de dire que le chef de l’Etat Yayi Boni n’est pas encore au bout du tunnel dans sa volonté de redorer le blason de l’or blanc béninois.
Abdourahmane Touré
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